Séance de rattrapage : NO de Pablo Larrain

L’histoire :

En 1988, devant la pression internationale, Augusto Pinochet se voit contraint d’organiser un referendum concernant son maintien à la tête du gouvernement chilien. Pour la première fois depuis 15 ans, époque du coup d’état qui vit la prise de pouvoir du dictateur, ses opposants ont droit à la parole. Bien décidés à mettre en place une campagne publicitaire en faveur du « non » à Pinochet, et d’inciter ainsi les Chiliens à s’exprimer, ils s’adressent à René Saavedra (Gael Garcia Bernal), un jeune créatif apparemment peu impliqué par le sort de son pays…

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La pub, plus forte que l’Épée ?

Il y a 1001 raisons valables de voir NO. Mais si il ne fallait en retenir qu’une, ce serait son utilité. Le film de Pablo Larrain est un film nécessaire et engagé mais traité sans une once de pathos. Sérieux, grave mais jamais dénué d’humour. Et c’est probablement sa grande force.

J’en avais entendu parlé lors de sa sortie en 2012. Mais voilà, ma première impression était la mauvaise : plus d’1H30 de film sur l’histoire douloureuse du Chili, ça n’était pas pour moi ! Je me trompais. Les critiques, en grande majorité positives, me poussèrent à rattraper mon erreur, près d’un an plus tard. Et je sortais de cette séance de rattrapage, ému mais pas abattu. Emballé et regonflé. Si NO évoque les années d’horreur que les Chiliens vécurent sous le régime de Pinochet, Pablo Larrain se penche surtout sur cette incroyable campagne publicitaire qui contribua à retourner la situation.

La publicité qui change le cours de l’Histoire ? Même si au premier abord cela semble trop beau pour être vrai, NO n’est pas un conte de fées. S’exprimant librement pour la première fois par le biais du vote, les Chiliens chosirent le « Non » et mirent fin à des années de souffrance sans violence, portés par une campagne marketing privilégiant la légèreté d’un avenir meilleur au douloureux poids du passé.

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Même si le film évoque parfois le meilleur du cinéma « engagé » d’un Costa Gavras ou d’un Francesco Rosi, principalement dans des scènes plus portées sur le drame ou sur le thriller pour mieux rappeler la cruauté du régime en place à cette époque, Larrain ajuste son récit sur le décalage occasionné par la tonalité choisie de la communication – des spots publicitaires dans l’esprit des pubs Coca ou Benetton – et provoque le rire et les sourires à maintes reprises.

À travers l’évolution de son personnage principal, jeune publicitaire recentré sur son existence et ses petits problèmes, prenant enfin conscience de la situation de son pays,  NO s’adresse directement au spectateur et le pousse inévitablement à s’impliquer. Ce René Saavedra, sobrement interprété par Gael Garcia Bernal, c’est un peu chacun de nous. Attachant mais pas imméditement sympathique, Saavedra subit la pression de son agence, soucieuse de ne pas s’opposer au gouvernement, et le poids de sa propre culpabilité face à son ex-femme, totalement engagée dans le combat anti-Pinochet. Pour lui, la demande des opposants au régime n’est qu’un projet de plus. Et l’ironie de cette histoire passionnante vient de son regard extérieur, loin de l’horreur vécue par ceux qui ont perdu des proches.

Ses choix de fantaisie et de couleur, de chemins détournés, à l’opposé de ce que l’on attend de lui, vont s’avérer bien plus payants qu’une direction trop moralisatrice et didactique.

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Certains reprocheront à NO sa tonalité trop positive. Tout comme d’autres seront « perturbés » par l’image du film, volontairement travaillé pour mieux s’intégrer dans les vrais documents d’archives (Pablo Larrain a filmé NO avec une caméra des années 80, afin d’aligner la saturation et le grain de la photo vers ceux de l’époque du récit). Il serait pourtant faux d’assimiler le film à un simple « feel-good movie » car l’ironie et la réflexion ne sont jamais très loin. L’émotion non plus, à l’image des derniers plans du film.

NO (2012) de Pablo Larrain.
Avec Gael Garcia Bernal, Luis Gnecco, Antonia Zegers, Alfredo Castro.
Scénario : Pedro Peirano d’après la pièce inédite LE REFERENDUM de Antonia Skarmeta.

Crédits photos : © Sony Pictures, Fabula, Canana Films et Participant Media

BANDE ANNONCE :

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Il n’était malheureusement pas sortie dans ma cambrousse et j’avoue que depuis j’avais oublié l’existence de ce film. Le sujet me tente beaucoup et je n’ai jamais été déçu par GG Bernal 🙂
    Merci pour ce beau billet et bonne fin de journée !

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    1. Je t’en prie, Potzi 😉
      Il est dispo en location et vente maintenant…
      Je l’ai loué il y a pas longtemps mais je l’avais vu l’été dernier pendant une ressortie sur Lille (un ciné fait une sélection des meilleurs films de l’année écoulée…). C’est un de mes coups de cœur (un peu sur le tard, c’est vrai) de l’an dernier ! À voir vraiment, sans se braquer sur le sujet qui peut freiner l’envie. C’est un vrai beau film et une belle histoire.

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