GODZILLA de Gareth Edwards

L’histoire :

15 ans après la catastrophe provoquant la destruction d’une centrale nucléaire au Japon, le physicien Joseph Brody (Bryan Cranston) entraîne son soldat de fils Ford (Aaron Taylor-Johnson) sur les lieux du désastre. Persuadé que le drame n’était pas du à un séisme, il cherche à obtenir des réponses. La terrifiante vérité surgira des profondeurs…

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Monstres et Cie Toho

Qui aurait pu imaginer, 60 ans après sa première apparition, que le saurien géant des studios japonais Toho deviendrait une telle icône ? Apparu en 1954 dans un film noir et blanc du réalisateur Ishiro Honda, Godzilla (Gojira en VO) représentait l’horreur d’Iroshima et Nagasaki, le feu nucléaire et la folie des hommes. La bête, dragon des temps modernes, incarnait également une Nature vengeresse et indomptable, toute puissante face à une humanité bien fragile. Une trentaine de films a suivi l’énorme succès du premier opus, voyant Godzilla affronter toutes sortes de créatures monstrueuses et gigantesques, de la mite géante Mothra au célèbre King Kong. On lui donna même un fils au look de Casimir sans la couleur orange (si si !). Et Roland Emmerich, grand adorateur de destructions en masse, en fit un stupide remake en 1998…

En 2014, les choses n’ont pas trop changé. Le nucléaire est toujours au centre des évènements. Ajoutez à cela toutes les craintes et catastrophes récentes (11 septembre, tsunamis, Fukushima…) et revoilà le Godzi qui revient faire un gros tour sur les écrans. Suite ? Remake ? Reboot ? Plutôt un bel hommage à la version d’origine, beaucoup plus respectueux de la tradition que la bouillie frelatée avec Jean Reno et Matthew Broderick. Cette histoire de créatures (des monstres attaquent la ville, ça n’est pas un spoiler…) réveillées par leur appétit radioactif est traitée avec « réalisme » et gravité (un peu trop peut-être…) et s’éloigne d’un humour potache mal placé.

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Le film est-il pour autant un chef d’œuvre ? Non, et cela malgré une campagne marketing efficace, distillant depuis un an ses teasers et autres photos mystérieuses. Le GODZILLA de Gareth Edwards s’adresse en priorité aux fans du genre, aux amateurs de films catastrophes et fantastiques. On reste dans des codes établis et des clichés vus et revus jusqu’à épuisement : le jargon technique incompréhensible, les soldats qui en ont dans le slip (mais pas dans la tête), la famille déchirée par les évènements… et même le brave toutou qui court pour fuir le danger !

Au niveau de la trame, la première partie, axée sur la famille Brody au cœur de l’intrigue, s’avère poignante. Le côté « tire-larmes » inévitable est atténué par le jeu convainquant des acteurs, Bryan Cranston en tête en homme démoli par les évènements. Entremêlée à une montée progressive du suspense, l’histoire nous captive jusqu’au début des festivités. Impressionnante et spectaculaire, la suite qui voit l’armée et les foules appeurées s’agiter telles des fourmis s’avère plus (trop ?) conventionnelle. Jusqu’à un dénouement prévisible et tout public un peu balourd…

Les grands « sacrifiés » de ce GODZILLA ? Les acteurs bien sûr ! Ken Watanabe, en caution japonaise de rigueur, transparent dans le rôle du scientifique fataliste et écolo qui a tout compris, lui (normal me direz-vous, il a lu le scénario…). Bryan Cranston et surtout Juliette Binoche (hein ?) en special guest stars beaucoup trop guests (voyez la bande annonce, ça n’est plus un spoiler…). Elisabeth Olsen et Aaron Taylor-Johnson, gentil couple sans charisme. David Strathaim, raide comme une bayonnette, flottant dans son pyjama militaire… Non, vraiment, le casting n’est pas à la fête. C’est le dino qui a la vedette. Mais, en même temps, ça n’a rien de surprenant…

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GODZILLA reste cependant une bonne surprise. Loin de la surenchère d’explosions et de destructions de rigueur, Gareth Edwards impose des partis-pris étonnants pour ce genre de blockbusters, privilégiant les approches indirectes, les jeux d’ombres, de lumières et de fumées à une surexposition abrutissante auxquelles de récentes productions nous ont habitué. Certaines scènes marquent la mémoire par leur audace et leur grande beauté visuelle. Comme la séquence du pont dans la brume. Ou celle du commando parachuté au dessus de San Francisco : au son glaçant du Requiem de Ligeti (rendu célèbre par le 2001 de Kubrick), le film nous plonge littéralement en plein apocalypse, alternant une caméra subjective avec des plans d’ensemble du ciel, strié de fumigènes rouges, et des gros plans cauchemardesques des monstres en guerre. Quelques minutes tétanisantes où l’on retient son souffle, effrayé et fasciné.

Confirmant au magazine Cinemateaser son admiration pour Spielberg et son inspiration puisée dans la filmographie du père d’E.T. (RENCONTRES DU 3ème TYPE est souvent cité… et le nom de la famille Brody semble une évidente allusion au héros de JAWS, incarné par Roy Sheider), Edwards offre une vision à la fois classique dans son traitement (pas de caméra tremblotante inutile pour appuyer l’action), non dénuée d’esthétisme et respectant la maturité du public. Les amateurs de films trop bourrins risquent fort d’être déçus !

À la fois prévisible et surprenant, le cru 2014 de GODZILLA s’avère un efficace film de genre, présageant le meilleur à suivre pour son réalisateur.

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GODZILLA (2014) de Gareth Edwards.
Avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe, Elizabeth Olsen, David Strathaim, Juliette Binoche…
Scénario : Max Borenstein et Dave Callaham, d’après une histoire de David S. Goyer. Musique : Alexandre Desplat.

Crédits images : © Warner / Toho.

La bande annonce :

 

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Celui-là ne me tente pas du tout, j’ai vu assez de Godzilla pour le restant de mes jours (même chose pour King Kong) 🙂 On a beau dire qu’on fait un film sur des bestioles géantes, c’est tout de même dommage de ne pas avoir une vraie histoire et des personnages charismatiques. Spielberg a bien réussi à trouver l’équilibre avec Jurassik Park. Bon, je sais, tout le monde n’a pas le talent de papa Steve mais quand même ! En tout cas, bravo à toi d’avoir affronté la bête 😉

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    1. Ah ah 😀 En même temps, je suis plutôt fan de films de monstres. Pas fan hardcore mais j’ai gardé ça de mon enfance 😉
      Pour GODZILLA, j’aime bien le 1er film de 1954 et j’en ai vu quelques uns avec… beaucoup de recul (vu la taille du bougre, il faut que ce qu’il faut) !! J’ai fait une nuit du film de monstres avec mon frère il y a quelques années et on s’est payé une belle tranche de rire 🙂 Cela fait partie intégrante de la culture japonaise, c’est sûr. Et ça nous est difficle d’y adhérer…
      Mais en ce qui concerne ce film de 2014, c’est un bon film dans son genre, moins bourrin que bien d’autres récentes productions je pense… Il y a de vrais beaux moments même si ça n’est pas encore du tonton Steven, c’est vrai.

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  2. niolynes dit :

    J’ai adoré ce Godzilla en salles. Et cette fois j’avoue que mon enthousiasme dépasse largement le tien et celui de Potzina (Pas difficile dans son cas, huhu. Pas taper Potz. 😀 ). Il faut dire que ce film me venge d’une certaine manière du truc d’Emmerich (pas mauvais en soi pour peut qu’on aime le nanar) et du Pacific Rim de Del Toro où je navigue pour ma part en pleine incompréhension de son succès (Potz’ ayant d’ailleurs évoqué le film récemment chez elle en notant tous les points négatifs qui fâchent et je la rejoins complètement à ce sujet).

    Du coup même si évidemment ce Godzilla crû 2014 n’est pas une révolution en soi et que les humains sont négligés (en même temps, on aurait eu du coup un « Godzilla Park » ou un « The hunt for Godzilla » si on devait vraiment prendre une dimension plus humaine, non ? 🙂 ), je reste admiratif de la manière dont Edwards arrive sans peine à faire fonctionner le charisme de la grosse bête. D’autant plus qu’on est d’accord sur l’élégance de sa mise en scène, pour moi supérieure à pas mal de blockbusters. Je crois me souvenir que le premier Godzilla de 1954 ne dévoilait pas trop non plus la bête tout en jouant aussi avec le spectateur là-dessus. Par contre je ne sais pas si les humains étaient mieux traités ou caricaturaux, va savoir. Bref, vivement le DVD/Blu’ !

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    1. PACIFIC RIM n’est certes pas un chef d’œuvre… Mais, ce que je ne comprends pas, c’est que la plupart des gens (critiques pros ou non) qui n’ont pas aimé le film de Del Toro ont adoré un gros film beta comme LES GARDIENS DE LA GALAXIE : dans les deux cas, on a des clichés à la pelle, un scénario mince comme du papier hygiènique et des situations archi prévisibles. J’ai passé un meilleur moment devant PACIFIC RIM parce que je n’en attendais rien et que toutes les critiques lues à son sujet n’étaient pas très positives. Ça ne restera pas un de mes films de chevet, c’est sûr… Mais dans son genre, ça vaut bien des mangas.

      Pour GODZILLA version Emmerich, je l’avais vu à l’époque avec mon frangin (on est assez féru de films de monstres, faut le reconnaître…) et on s’était bien marré, probablement parceque le film est un gros nanar plein de pépettes 🙂 Avec le recul, ça n’est pas un bon film, c’est vrai. Mais l’aspect « entertainment » décérébré est assumé, je pense… Pas un de mes films de chevet pour autant, là non plus 😀

      Pour le GODZILLA 2014, comme déjà dit, je ne suis pas autant emballé que toi. Mais cela reste quand même, à mes yeux, une réussite dans son genre. Et Gareth Edwards est un réal doué et prometteur (je l’espère…). Reste que Juliette Binoche ne sert à rien (un des seuls points à la limite du risible involontaire du film même si Bryan Cranston apporte l’émotion nécessaire…), que le couple de jeunes amoureux parait bien pâlichon, que Ken Watanabe vient lui aussi (comme la Juliette) payer ses arriérés et que la dimension humaine nécessaire (ben oui, moi je pense qu’il en faut une belle pour qu’un tel film brille réellement !) n’est vraiment pas aboutie.

      Ce GODZILLA reste malgré tout une très belle surprise globale pour cette année 2014. Une preuve, malgré ses défauts, que l’on peut faire du blockbuster intelligent et personnel, sans prendre les gens pour des vaches-à-lait sans cervelles. Pas sûr que je m’achète le blu ray mais je le reverrais encore bien volontiers 🙂

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