Livre : Le Nouvel Hollywood de Peter Biskind

Dans LE NOUVEL HOLLYWOOD,le journaliste et essayiste Peter Biskind (PREMIERE version US, AMERICAN FILM, VANITY FAIR…) revient sur une période phare du cinéma américain. Epoque faste que l’on peut situer entre le milieu des années 60 et la fin des années 70, c’est aussi une véritable rebellion qui secoua la machine à rêves Hollywoodienne.

5 réalisateurs issus du Nouvel Hollywood : Steven Spielberg, Martin Scorsese, Brian De Palma, George Lucas et Francis Coppola.

Dès leurs créations, les grands studios, tels que la 20th FOX ou la MGM, considérèrent les metteurs en scène liés sous contrat comme de simples techniciens / artisans, et non comme des auteurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de revenir sur les campagnes marketing de l’époque, affiches et bande-annonces, pour y voir des « films Paramount » ou des « productions Warner », par exemple, inscrites en gros caractères, comme autant de gages d’un certain savoir-faire. John Ford ou Don Siegel ne seront considérés comme des artistes que bien des années plus tard…

Dès la fin des années 50, l’influence du cinéma européen en général, et du cinéma français en particulier avec la « Nouvelle Vague”, se fit progressivement sentir sur de jeunes réalisateurs américains en devenir. Ajoutez à cela une décennie de doutes et de remises en question pour les Etats-Unis (l’assassinat de Kennedy, la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate…) et le vent de la révolte se met à souffler sur ces jeunes cinéastes. Tous veulent sortir du carcan des studios, tourner en extérieur et traiter de sujets en prise avec leur époque. BONNIE AND CLYDE d’Arthur Penn, en 1966, est considéré comme le premier film de ce mouvement. S’inspirant d’un fait-divers sanglant qui défraya la chronique dans l’Amérique de la Crise de 1929 et de la Prohibition, le film ne servira pas uniquement de révélateur de talents (avec le trio Beatty / Dunaway / Penn) mais changera la donne pour les années à venir.

De jeunes auteurs comme Francis Coppola, Martin Scorsese, George Lucas ou Brian De Palma imposèrent progressivement leur vision du cinéma : plus de réalisme, plus de violence, plus de « prises de position »… Et un statut d’auteur, à part entière. Les succès surprises (à l’époque) de films comme LE PARRAIN, TAXI DRIVER, FRENCH CONNECTION ou AMERICAN GRAFFITI amenèrent le mouvement à sa propre perte. Dès 1975, les premiers blockbusters font leurs apparitions, avec JAWS et STAR WARS, poussant les budgets vers le haut et les « formules » à succès à se développer. L’échec financier catastrophique des PORTES DU PARADIS de Michael Cimino, en 1980, avec la fermeture de la UNITED ARTIST, sera le chant du cygne de ce « Nouvel Hollywood ». Les années 80 verront le retour des puissants studios aux commandes et l’arrivée de financiers pour les diriger…

Véritable épopée passionnante et mordante, le livre de Peter Biskind nous expose un vent de rébellion, tuée dans l’œuf par ses propres instigateurs, passionnant dès ses premières pages. Les anecdotes croustillantes ne manquent pas (la folie de Dennis Hopper sur le tournage de EASY RIDER, par exemple…) et même si, depuis la sortie du livre à la fin des années 90, plusieurs faits sont aujourd’hui connus du plus grand nombre, on découvre de nombreux et rares détails sur les petites histoires de célèbres productions cinématographiques.

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Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson en charmante compagnie et en pleine promotion cannoise de EASY RIDER.

Ce qui m’a pourtant gêné dans cet écrit-fleuve, c’est aussi ce qui en fait sa principale substance : l’aspect « ragots » et bruits de couloir dans lequel l’auteur semble parfois se complaire. Je ne compare pas les écrits de Biskind avec la presse people, cela n’a rien à voir. Mais ces multiples anecdotes ont aussi le parfum de poubelles que l’on retourne. Si il n’était ici question de cinéma, et d’une période que j’affectionne, je ne pense pas que l’essai de Peter Biskind m’aurait tant passionné. Que l’on ne s’y trompe pas, quel que soit le nom qu’on lui donne, la vase que l’on remue reste de la vase…

Soyez donc avertis, même si vous vous en doutiez : cette période culte des années 60/70 du cinéma Américain s’est faîtes dans le sang, les larmes et la sueur. Sexe, drogue et cinéma !

Bien sûr, Biskind connaît son sujet et, 30 à 35 ans plus tard, on admet que les langues se soient déliées pour lui présenter les dessous de cette époque « sauvage ». LE NOUVEL HOLLYWOOD est donc à prendre comme une suite de making-of, sans langues de bois, évocatrice des affres de la création. Reste à vous accrocher au nombre impressionnant de noms cités au cours des pages. Si, en cinéphile averti, la majorité d’entre eux ne vous seront pas inconnus, d’autres vous demanderont probablement un petit effort de recherche…

nh

LE NOUVEL HOLLYWOOD de Peter Biskind, paru en France en 2002 aux éditions Le Cherche Midi, puis en poche chez Points. Disponible en librairie, magasins et sites spécialisés type FNAC ou Amazon.

L’auteur a depuis écrit 2 autres ouvrages sur le thème du cinéma : SEXE, MENSONGES & HOLLYWOOD en 2006 et MON HOLLYWOOD en 2011.

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11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    J’ai souvent entendu parler de ce livre, il semble qu’il soit aussi instructif que racoleur 🙂 C’est malheureusement encore trop souvent le cas avec les livres sur le cinéma, les auteurs doivent penser que le sujet principal ne suffit pas. C’est dommage… Merci pour ton avis The Movie Freak !

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    1. De rien chère Potzi !
      Pas totalement racoleur quand même. Mais disons que les petites anecdotes sur les conquêtes de Warren Beatty ou sur la vie privée de tel ou tel réalisateur… bof, quoi ! Le livre reste passionnant malgré tout et c’est vrai que tout ça doit être replacé dans un contexte « peace and love mais pas sur moi » (comme disait Coluche) d’avant le SIDA… La fameuse époque de la libération sexuelle… Sans être coincé, ça n’est pas vraiment le plus intéressant et prend parfois une tournure people déplacée…

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      1. potzina dit :

        Oui et ça n’est pas ce qu’on vient chercher quand on lit ce genre de livres. Sinon on achète Closer 🙂

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      2. Oui, absolument 🙂
        Après, le bouquin de Biskind reste intéressant pour qui se passionne pour cette période. Ce qui est dingue, c’est que la plupart des réalisateurs qui ont voulu ces changements n’ont pas su les contrôler efficacement…

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  2. très bon article 🙂 à méditer

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  3. Je suis d’accord. D’ailleur j’ai lu son deuxième livre « Sex, mensonge et Hollywood » sur les déboires du cinéma indépendant et la montée en puissance des frères Weinstein: même commentaire. On dirait qu’il cherche à romancer les faits. Du coup, sa recherche méticuleuse se noie dans un flot d’anecdotes plus ou moins intéressantes.

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    1. Merci Sébastien pour cette précision. Je n’ai pas lu la « suite » du Nouvel Hollywood mais j’en avais entendu parler… Pour ce qui est du Nouvel Hollywood, comme ce que vous dîtes pour la suite, l’essai est gâché par son côté anecdotique qui finit par le rapprocher de la presse people. Après, le bouqin n’est pas inintéressant. C’est le seul, je pense, qui éclaire cette période qui passionne beaucoup de cinéphiles aujourd’hui. Son aspect « ragot » permet peut-être de prendre du recul et de ne pas trop idôlatrer le contexte et ceux qui y ont participé 😉

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