(Re)Découvrir Batman

75 ans et toutes ses dents (de chauve-souris), le Chevalier Noir est à la fête cette année ! Avant d’avoir été immortalisé sur grand écran par Tim Burton puis par Christopher Nolan, Batman fut l’une des icônes indétronables de la pop culture et du monde des comics durant plus d’un demi-siècle. Sombre, ambigu, effrayant mais pas infaillible, le « Caped Crusader » a inspiré les plus grands noms de la bande dessinée américaine, scénaristes et dessinateurs. Aujourd’hui, il demeure encore l’un des super-héros les plus adulés des fans. Bat-hommage et petite piqûre de rappel (non exhaustive) avec 5 classiques parmi les plus célèbres romans graphiques du justicier de Gotham City…

THE DARK KNIGHT RETURNS de Frank Miller

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En 1986, une publication DC en 4 parties marque le monde des comics : désormais, il y aura un avant et un après THE DARK KNIGHT RETURNS. Frank Miller, un jeune auteur qui s’est fait remarqué sur la série DAREDEVIL chez Marvel en créant entre autres le personnage d’ELEKTRA, présente un Batman vieillissant dans un très proche avenir voué au chaos. Combinant les casquettes de scénariste et de dessinateur, Miller s’adresse en priorité aux adultes en ancrant son (anti) héros dans un contexte politique et social très sombre. Son Chevalier Noir y est un être usé, torturé, massif et impitoyable, engagé dans un ultime baroud d’honneur contre le crime.

À 100 lieues de l’image pop et kitsch de la série des années 60, THE DARK KNIGHT RETURNS fait office d’électrochoc dans l’univers du Caped Crusader, alors en perte de vitesse. Unanimement reconnu comme une réussite artistique et commerciale, le roman graphique de Frank Miller incita les responsables des studios Warner à surfer sur cette nouvelle « Batmania » et favorisa la production d’un long-métrage avec Tim Burton aux commandes. Une adaptation du comic-book, avec Clint Eastwood dans le rôle titre, fut même évoqué (fantasmé ?). Comme l’affirmait l’œuvre de Miller, le Chevalier Noir faisait son grand retour…

THE DARK KNIGHT RETURNS a connu de nombreuses éditions en France : une première sortie en 2 tomes chez AEDENA en 1987, une version en 4 volumes chez ZENDA en 1989, une édition intégrale chez DELCOURT en 1999 puis une nouvelle intégrale chez PANINI en 2009. Depuis 2012, on peut le trouver chez URBAN COMICS en un seul album.

En 2013, la version animé du comics est sorti chez WARNER en 2 DVDs, avec Peter Weller pour la voix de Batman / Bruce Wayne.

En 2002, une suite, THE DARK KNIGHT STIKES AGAIN (appelée également DK2), fut publié par DC COMICS, toujours scénarisée et dessinée par Frank Miller.

BATMAN : YEAR ONE de Frank Miller et David Mazzucchelli

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Si THE DARK KNIGHT RETURNS est souvent considéré, à juste titre, comme le meilleur album du Chevalier Noir, BATMAN : YEAR ONE reste mon préféré. Un an après avoir secoué le comicsphere avec le chant du cygne du justicier de Gotham, Frank Miller s’y intéresse à nouveau en abordant cette fois-ci les débuts du personnage. Aidé de David Mazzucchelli au dessin, Miller créé l’un des plus beau scénario de bande dessinée, tous genres confondus, plus proche du polar noir que de l’univers coloré auquel on associe encore trop souvent les comics à l’époque.

BATMAN : YEAR ONE nous montre les destin parallèle puis croisés de James Gordon et Bruce Wayne. Alors que le premier vient d’être fraîchement muté comme inspecteur à Gotham City, le second revient dans la ville qui l’a vu naître, après avoir passé une vingtaine d’années à l’étranger pour ses études. On découvre bien sûr que le jeune milliardaire a passé ce temps à entraîner son esprit et son corps dans un but précis : venger la mort de ses parents en combattant le crime. Gotham est une ville gangrénée par la corruption et la violence et, chacun à leur façon, les 2 hommes y feront leurs premières armes…

La réussite de ce magnifique roman illustré par le trait clair et épuré de Mazzucchelli, c’est qu’il peut s’appréhender sans problème, que l’on soit un néophyte ou un expert en homme chauve-souris. Rempli de références à l’univers Batmanesque, YEAR ONE ne nécessite pas de connaissances particulières pour s’apprécier tout du long. On y découvre aussi les multiples emprunts que BATMAN BEGINS y a puisé : la scène des chauves-souris appelées à la rescousse, Batman traqué comme un criminel, la scène finale entre Batman et Gordon sur les toits de Gotham… Tout en respectant le personnage, son décor et les 50 premières années d’histoires et de révélations sur ses origines, BATMAN : YEAR ONE fut le premier album évoquant véritablement les débuts du Caped Crusader. Et reste encore à ce jour une référence pour de nouvelles intrigues.

En France, BATMAN : YEAR ONE fut édité une première fois en 2 tomes chez COMICS USA sous le titre VENGEANCE OBLIGE. Puis, il fut réédité chez DELCOURT sous le nom BATMAN : ANNÉE UNE avant d’être publié chez SEMIC sous le nom ANNÉE UN. On peut le trouver aujourd’hui chez URBAN COMICS sous son nom d’origine.

Une adaptation animée est sortie chez WARNER en 2013.

Deux suites furent proposées par DC COMICS : BATMAN YEAR TWO puis BATMAN FULL CRICLE.

BATMAN : THE KILLING JOKE d’Alan Moore et Brian Bolland

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Après l’énorme succès de leur WATCHMEN en 1986/1987, le scénariste Alan Moore et le dessinateur Brian Bolland proposent à l’éditeur DC COMICS un « one-shot » dédié à Batman. Ou, plus précisément, axé sur l’étrange relation du justicier de Gotham et de son pire ennemi le Joker. THE KILLING JOKE va devenir l’un des bijoux les plus noirs de l’histoire du comics.

Batman, venu à l’asile d’Arkham pour négocier une éventuelle paix avec sa némésis aux cheveux verts, découvre son évasion et se lance à sa poursuite. Bien décidé à détruire le détective masqué en s’attaquant à ses proches, et à prouver au monde la mince frontière entre la raison et la folie, le Joker a enlevé le commissaire Gordon après avoir gravement blessé sa fille Barbara. Retrouvant son ennemi intime dans un parc d’attractions désert, Batman l’affrontera dans un final glaçant…

Véritable cauchemar en un volume et en une nuit, THE KILLING JOKE nous offre un constat amer sur le Chevalier Noir, même si la surprise n’en n’est pas vraiment une : si le Joker a choisi la voie du Crime quand Batman a préféré celle de la Justice, les deux hommes sont fous, détruits l’un et l’autre par un passé lourd à supporter. L’un des aspects brillants du roman graphique de Moore et Bolland, c’est de nous présenter un Joker en 2 temps et sur 2 époques, par le biais de flash-backs : un cinglé de la pire espèce, véritable ange du Mal sans aucune limite, mais également une tragique victime qu’une vie de souffrances et de pertes a fait basculer dans une folie sans espoir de retour. Il est d’ailleurs fort probable que le Joker, incarné par Heath Ledger dans THE DARK KNIGHT de Chris Nolan, soit en grande partie inspiré du désaxé de THE KILLING JOKE.

Choc graphique et scénaristique, sombre et désespéré, THE KILLING JOKE valide la théorie selon laquelle Batman et le Joker ne sont que les deux facettes d’un seul et même personnage, vouées à s’entredéchirer jusqu’à la fin. Une psychanalyse servie sur un plateau royal par le trait précis de Brian Bolland et la maîtrise du récit et du dialogue d’Alan Moore…

THE KILLING JOKE fut d’abord publié en France chez COMICS USA sous le titre SOURIEZ ! en 1989, ainsi qu’en poche chez J’AI LU la même année et sous le même titre. Une deuxième édition chez DELCOURT fut proposée sous le titre RIRE ET MOURIR en 2000, avant d’être réédité 9 ans plus tard chez PANINI sous son titre d’origine, agrémenté d’une nouvelle mise en couleur. On le trouve depuis cette année chez URBAN COMICS sous le nom KILLING JOKE.

BATMAN : UN LONG HALLOWEEN de Jeph Loeb et Tim Sale

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Scénariste venu du cinéma, Jeph Loeb va créer avec le dessinateur Tim Sale un incontournable duo d’auteurs dans le monde des comics. Travaillant pour Marvel ou DC, on leur doit des titres incontournables comme SUPERMAN : FOR ALL SEASONS (voir l’article sur le blog) ou SPIDERMAN : BLUE. En 1996, les deux artistes proposent BATMAN : UN LONG HALLOWEEN, une enquête policière à la « whodunit » située dans l’univers du Chevalier Noir.

Se déroulant durant les premières années d’activité du super-héros, UN LONG HALLOWEEN suit l’enquête de Batman, James Gordon et du jeune procureur Harvey Dent pour retrouver un insaisissable tueur en série, Holiday. Ce mystérieux criminel s’attaque à la pègre de Gotham City en suivant le calendrier : à chaque fête mensuelle correspond l’assassinat d’un gros bonnet de la mafia de Gotham.

Parallèlement aux premiers affrontements du justicier masqué contre ses ennemis les plus célèbres (le Joker, Poison Ivy, l’Épouvantail, Catwoman…), l’enquête du triumvirat formé par Batman, Gordon et Dent est l’occasion de découvrir en profondeur la psychologie des personnages et leurs intinéraires personnels à travers leurs modes de pensée. Sublimement mis en image par le dessinateur Tim Sale dans un découpage très cinématographique (on pense à la saga du PARRAIN de Coppola) et dans un style volontairement rétro (Gotham City évoque le Chicago d’Al CApone et de la Prohibition), le scénario de Jeph Loeb nous plonge en plein polar, avec un final inévitable des plus tragique. Là aussi, on se retrouve face à un album majeur et qui a grandement influencé Nolan pour THE DARK KNIGHT.

UN LONG HALLOWEEN fut tout d’abord publié en 4 volumes souples et en kiosques chez SEMIC, courant 1997. Puis, il fut réédité en version intégrale chez PANINI en 2009 et en 2011, avant d’être disponible, toujours en un seul volume, chez URBAN COMICS en 2013.

En 2002/2003, Jeph Loeb et Tim Sale réalisèrent une suite directe à cet album, nommé AMÈRE VICTOIRE (DARK VICTORY).

BATMAN : GUERRE AU CRIME de Alex Ross et Paul Dini

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Les connaisseurs vous diront qu’il est inutile de présenter des épées teles que Alex Ross ou Paul Dini. Mais on peut dire rapidement que ces deux deux grands noms du comicverse ont marqué de leurs empreintes les plus beaux comics de ces 25 dernières années. Dini est principalement connu pour avoir conçu et géré les séries animées BATMAN et SUPERMAN dans les années 90 et 2000. Quant à Ross, son incroyable et inimitable style photoréaliste a transcendé la bande dessinée américaine en donnant vie à de nombreux super-héros.

Vers la fin des années 90, les deux auteurs s’associent pour créer une collection reprenant divers héros de l’éditeur DC COMICS, dans le contexte apparemment simple d’une histoire en un seul volume. Repositionnant chaque personnage dans une quête de justice qui lui est propre, l’idée est de revenir aux fondamentaux de ces super-héros « bigger than life ». Après un premier tome nommé SUPERMAN : PAIX SUR TERRE, Dini et Ross nous offrent ce BATMAN : GUERRE AU CRIME de toute beauté. Après avoir trouvé un enfant dont les parents ont été assassinés, Batman / Bruce Wayne doit faire face à ses démons intérieurs et remettre en question ses propres buts et motivations.

Parallèlement au parcours du justicier de Gotham, Dini et Ross nous montre l’action de Bruce Wayne qui, par des actes au grand jour, tente d’aider son prochain à sa façon… GUERRE AU CRIME a parfois été critiqué pour son côté « bien-pensant » et moralisateur. C’est une erreur trop réductrice : la réussite des deux auteurs de ce très bel album (à apprécier en grand format pour mieux savourer les véritables toiles de Alex Ross) est de développer Batman dans un contexte plus réaliste et plus humain. Certes, le contexte décrit est sombre mais l’espoir est bien présent et laisse à réfléchir, sans donner des leçons de moralité trop poussé. Une superbe et émouvante manière de nous rappeler que Batman, malgré sa noirceur d’âme, est aussi et avant tout un Chevalier.

En France, BATMAN : GUERRE AU CRIME fut publié une première fois chez SOLEIL, en 2000, dans un grand et beau volume. Puis, il fut réédité un an plus tard, chez SEMIC, dans une collection BATMAN : HORS-SÉRIE, dans une version moins honéreuse mais en petit format souple. Enfin, l’histoire complète fut intégrée à l’album LES PLUS GRANDS SUPER-HÉROS DU MONDE, chez PANINI, en 2008.

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Crédits photos : © DC COMICS

Pour conclure cette article, premier d’une série consacrée à Batman à l’occasion du 75ème anniversaire, je dirais que le plus difficile n’a pas été de le rédiger… mais de faire un choix parmi les nombreux chefs-d’œuvre que recelle la saga du Caped Crusader en bande dessinée ! Certains fans me reprocheront sans doute de ne pas avoir inclus des indispensables comme BATMAN : KNIGHTFALL, ARKHAM ASYLUM, SILENCE ou NO MAN’S LAND. Mais j’ai volontairement choisi ces 5 titres pour deux principales raisons : outre leurs grandes qualités graphiques et scénaristiques, ce sont tous des récits à suivre sur un seul album (en ce qui concerne leurs récentes rééditions) et ils ne nécessitent pas de connaître sur le bout des doigts la saga du Chavalier Noir pour être pleinement appréciés.

Bien entendu, je recommanderais aux néophytes d’attaquer par le YEAR ONE de Miller et Mazzucchelli. À noter d’ailleurs qu’URBAN COMICS avaient ressorti cet album et le DARK KNIGHTS RETURNS dans une édition spéciale comprenant, pour chaque récit, le DVD de sa version animée…

Enfin, en bonus, 3 autres titres parmi ma sélection personnelle, et le trailer de la version animée de YEAR ONE :

– BATMAN : GOTHAM AU XIXème SIÈCLE est une très intéressante variation du justicier de Gotham, située à la fin du XIXème siècle, et regroupant deux récits. Le premier, GOTHAM BY GASLIGHT, voit Batman affronter Jack l’Éventreur, alors que son alter ego Bruce Wayne cherche des réponses à ses troubles psychologiques auprès de Sigmund Freud ! Une belle ambiance à la Sherlock Holmes, illustré par le grand Mike Mignola (Hellboy)… Le second récit, MASTER OF THE FUTURE, moins passionnant à mes yeux, s’inspire de Jules Verne et de ROBUR LE CONQUÉRANT. La dernière édition date de 2009, chez PANINI.

– BATMAN : BLACK & WHITE, publié chez nous sous les titres BATMAN ! puis D’OMBRE ET DE LUMIÈRE, regroupe une série de courts récits en noir et blanc réalisés par divers grands auteurs.

– BATMAN : L’ENFANT DES RÊVES est un manga de Kia Asamiya en noir et blanc, plaçant Batman dans une aventure au pays du soleil levant. L’album fut publié en 2 tomes chez SEMIC, vers 2001/2002.

BANDE-ANNONCE BATMAN : YEAR ONE

 

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