5 raisons de revoir L’ÉTOFFE DES HÉROS

En avril 1984 débarquait sur les écrans français l’un des plus beaux biopics du 7ème Art. Tiré du livre fleuve de Tom Wolfe (Le Bûcher des Vanités), L’ÉTOFFE DES HÉROS marqua les esprits par  son souffle épique et ironique, la maestria de sa mise en scène et son impressionante distribution. Voici 5 bonnes raisons de revoir ce grand film culte et d’embarquer vers les étoiles.

POUR CE MÉLANGE D’AVENTURE, D’ÉPOPÉE ET DE FILM INTIMISTE

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La principale grande réussite de L’ÉTOFFE DES HÉROS est de renouer avec l’épopée sur grand écran, savant cocktail entre aventure spectaculaire et récit intimiste. Adapté du pavé de Tom Wolfe, le film de Philip Kaufman revient sur les débuts de la course aux étoiles, en pleine Guerre Froide, entre les États-Unis et l’ex URSS, de 1947 au début des années 60. Mais loin d’être une œuvre politique voire, comme on l’a trop souvent catalogué à tort, un film patriotique et pro-américain, L’ÉTOFFE DES HÉROS s’attache à l’aspect humain de cette période à travers le portrait d’une poignée d’hommes téméraires.

De Chuck Yeager, premier pilote à avoir atteint et dépassé le mur du son, aux astronautes du programme Mercury, Kaufman rend hommage à des hommes trop vite oubliés aujourd’hui. Le réalisateur n’en fait pas pour autant des héros parfaits. Le titre original, THE RIGHT STUFF, faisant plutôt référence à un certain « panache » dans leur façon de vivre qu’à un réel sens de l’héroïsme, est dailleurs plus approprié pour décrire ces merveilleux fous volants dans leur drôle de machine. Ces courageux et attachants pilotes n’en sont pas moins des êtres immatures, égoïstes et crâneurs. Des hommes, dans toute leur complexité dont l’héroisme se mesure avec le recul du temps.

Suprebe reconstitution pleine d’humour et de souffle épique, L’ÉTOFFE DES HÉROS parvient à nous rendre le goût du rêve et de l’émerveillement candide ressenti face aux exploits de ces nouveaux cow-boys, sans oublier une distanciation mordante quant à la mise en place du programme spatiale. Subtile dosage entre ironie féroce et épopée sincère, les 3 heures du film se savourent avec un plaisir qui reste identique à chaque nouvelle vision.

POUR SON ÉBLOUISSANTE DISTRIBUTION

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L’ÉTOFFE DES HÉROS est célèbre pour son casting 5 étoiles : Ed Harris, Dennis Quaid, Fred Ward, Jeff Goldblum, Scott Glenn, Lance Henriksen, Donald Moffat… Du lourd comme on dit ! Avec à leur tête Sam Shepard que le film révéla mondialement après une carrière cinématographique déjà bien entamée (LES MOISSONS DU CIEL, FRANCES) et un parcours théatral affirmé en tant que comédien et auteur (L’OUEST, LE VRAI). À son actif, cette même année 1984, le scénario du sublime PARIS TEXAS qu’il signa pour Wim Wenders.

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Shepard apporta au film et au personnage de Chuck Yeager sa longiline silhouette Eastwoodienne et sa « cool attitude », parfaite alchimie entre l’artiste underground de la côte Est et le cow-boy taiseux des grands espaces de l’Ouest. Il incarne à lui seul l’image héroique du film et apparaît comme le leader spirituel, tant dans la fiction que dans la réalité, des pionniers de l’espace du récit et des jeunes acteurs alors au début de leur carrière.

PARCE QUE ÇA N’EST PAS JUSTE UN FILM DE MECS

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Avec un titre dopé à la testostérone, un sujet principalement centré sur l’un des fantasmes majeurs de la gente masculine (Aaah ! Piloter un jet ou devenir astronaute…) et un tel casting, autant dire tout de go que L’ÉTOFFE DES HÉROS est un film pour machos. Ce serait lapidaire et réducteur.

Le scénario de Philip Kaufman n’oublie pas que, derrière ces courageux pilotes se cachent des femmes exemplaires, fragiles et fortes. Le film met volontairement l’accent sur leur abnégation, leur amour immodéré (qui a parlé de sacrifice ?) pour leurs casse-cous de maris, mais n’en fait pas de simples potiches sans caractère.

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Là aussi, le casting est superbe : Barbara Hershey, Veronica Cartwright, Pamela Reed, Kathy Baker, Mary-Jo Deschanel… Toutes parviennent sans peine à nous faire comprendre le rôle difficile de ces épouses, dans le contexte encore rétrograde des années 50/60 où leurs places tiennent du faire-valoir.

Comme pour la partie masculine de sa distribution, Kaufman a préféré des comédiennes talentueuses à de pseudo actrices hollywoodiennes types. La sincérité et le talent plutôt que l’esbrouffe pour convaincre et toucher le public.

POUR LA BANDE ORIGINALE DE BILL CONTI

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Loin de l’aura glorieuse de ces collègues John Williams et Jerry Goldsmith, le compositeur Bill Conti présente une carrière en dents-de-scie, alignant les fausse-notes et les succès. Pourtant, personne ne peut oublier la BO de ROCKY et son « Gonna Fly now » qui vous ferait remonter tous les escaliers de Philadelphie quatre à quatre sans effort !

Pour L’ÉTOFFE DES HÉROS, Conti signa l’une de ses plus belles partitions et obtint même l’Oscar de la meilleure musique de film en 1984. En parfaite osmose avec la direction voulue par Philip Kaufman, la bande originale s’adapte naturellement au récit, rehausse les moments épiques du film, souligne les instants de grâce et relève l’ironie des situations.

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Dans la même veine que son travail sur le premier ROCKY mais sur un mode symphonique, Bill Conti a réalisé pour L’ÉTOFFE DES HÉROS une œuvre lyrique d’une redoutable efficacité. À l’image du film, sa musique joue sur  l’aspect triomphal et héroique qu’instaure le récit, tout en y insérant ce mélange de distanciation et de sincérité voulu par le réalisateur.

POUR LA VISION DE PHILIP KAUFMAN

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Philip Kaufman tient une place à part dans le cinéma américain et hollywoodien. Cette différenciation est voulue car ce réalisateur a toujours mené sa barque entre grosses productions  aux castings prestigieux et satut d’auteur à part entière. Loin et proche à la fois de ses confrères George Lucas et Steven Spielberg, pour qui Kaufman initia en partie LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDU en contribuant au scénario.

Si sa carrière de réalisateur a pris depuis quelques temps une tournure plus confidentielle (son dernier film, HEMINGWAY & GELLHORN, en 2012, est une production TV malgré Nicole Kidman et Clive Owen dans les rôles titres), on lui doit, entre autres, le meilleur remake de L’INVASION DES PROFANATEURS en 1978 (avec Donald Sutherland, Leonard Nimoy et Jeff Goldblum) et la superbe adaptation de L’INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DE L’ÊTRE d’après Kundera en 1988 (avec Juliette Binoche et Daniel Day Lewis).

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Avec L’ÉTOFFE DES HÉROS, Kaufman rend un bel hommage aux débuts de la conquête spatiale. Toujours dans cette volonté de conserver un statut d’auteur, il met l’accent sur les travers de cette course effrénée, sur le rôle vendeur des médias, sur le mépris des scientifiques et politiques pour les pilotes d’essais, sur les aspects humiliants de l’entraînement des astronautes. Jouer le jeu du grand spectacle, certes. Mais jamais au détriment d’une analyse critique et du recul nécessaire quant à la grande et la petite histoire.

Soutenue par la superbe photographie de Caleb Deschanel (THX 1138, APOCALYPSE NOW, L’ÉTALON NOIR…) la vision de Philip Kaufman sur ce pan de l’Histoire américaine fait partie des fresques cinématographiques marquantes. Entre divertissement et reportage. Entre le blockbuster et le film d’auteur.

L’ÉTOFFE DES HÉROS (1983) de Philip Kaufman
Avec Sam Shepard, Barbara Hershey, Ed Harris, Scott Glenn, Dennis Quaid, Fred Ward, Jeff Goldblum…
Musique : Bill Conti. Scénario : Philip Kaufman d’après l’essai journalistique de Tom Wolfe.

Crédits photos : © Warner Bros

BONUS

À la place de la bande-annonce qui ne rend absolument pas compte du film, j’ai préféré vous proposer ce superbe remix sur la bande originale de Bill Conti, histoire de vous donner envie…

 

 

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Je l’ai vu il y a très très longtemps et j’en garde un souvenir un peu confus. J’étais vraiment pas bien vieille quand je l’ai vu ! 😉 Ta chronique donne plus envie que la vidéo tu sais ?!

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    1. Ah ah, merci, tu es adorable 😉 Disons que la vidéo en montre suffisamment (mais pas trop quand même) pour rendre hommage au film…
      C’est un de mes films de chevet, je ne m’en lasse pas !! Il est vraiment à revoir, c’est la preuve que film d’auteur et film à grand spectacle (ça n’est pas vraiment un blockbuster) peuvent faire bon ménage !

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  2. Gilderic dit :

    Je n’ai besoin que d’une seule raison pour le revoir : ce film est un chef-d’oeuvre !

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    1. Bien d’accord mais c’est un peu le principe de cette série d’articles 😉
      Il y a en fait 1001 petites et grandes raisons de revoir L’ÉTOFFE DES HÉROS mais le fait que ce soit un excellent film est bien l’unique et réelle raison !

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      1. Gilderic dit :

        Et cet article m’a donné envie de le revoir 🙂

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