5 raisons de revoir 1941

Quand on évoque le parcours d’un réalisateur comme Steven Spielberg, on parle souvent des succès qui parsèment sa carrière. 1941 est pourtant l’exception qui confirme la règle. Le grain de sable dans un mécanisme bien huilé. La mouche dans le verre de lait. À la fois culte et ignorée du plus grand nombre, cette comédie déjantée et politiquement incorrecte reste à ce jour le plus gros échec commercial et la seule incursion du papa d’E.T. et d’Indiana Jones dans la comédie pure, même si bon nombre de ses films précédents et suivants ne sont pas dénué d’humour. Comme à l’accoutumée, voici dans le désordre 5 bonnes raisons pour revoir 1941 et se dégripper les zygomatiques quand la grisaille est trop présente.

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POUR SON SCÉNARIO POLITIQUEMENT INCORRECT

Sorti en 1979, après les énormes succès des DENTS DE LA MER et RENCONTRES DU 3ème TYPE, 1941 est aujourd’hui connu comme le plus gros échec de la carrière de Spielberg. Présenté comme le film du cinéaste qui ne rentra pas dans ses frais, jugés pharaonique pour l’époque, il divise encore aujourd’hui les fans et non-fans même s’il obtient toujours plus de meilleurs retours en Europe qu’aux États-Unis. Et pour cause :  le synopsis de 1941 nous montre, quelques temps après l’attaque de Pearl Harbor, la panique générale gagnant Los Angeles alors qu’un sous-marin japonais aborde les côtes californiennes. À travers les réactions épidermiques de militaires et de civiles en proie à l’hystérie collective, les scénaristes Robert Zemeckis et Bob Gale cherchaient à brocarder le patriotisme de leurs contemporains en s’inspirant pourtant de faits réels.

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Avec la désormais célèbre séquence d’ouverture, parodie de celle des DENTS DE LA MER, allant jusqu’à reprendre l’actrice Susan Backlinie qui interprétait la première victime du requin, Spielberg se moquait aussi de lui-même. Comme pour installer le décor et nous dire, dans un clin d’œil appuyé mais jouissif « On est juste là pour déconner ! ».

Mais tant d’incorrection fut très mal acceptée par le public américain. Pearl Harbor restait encore dans les mémoires comme une blessure mal cicatrisée et le pays sortait à peine du marasme Vietnamien. La légende raconte que John Wayne, contacté pour le rôle du général Stilwell finalement confié à Robert Stack, refusa net et, offusqué, jugea le film comme antipatriotique. Steven Spielberg faillit ne jamais se remettre de l’échec du film. Les triomphes planétaires des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE et E.T. lui permirent de se remettre en selle. Mais on peut supposer que la frayeur occasionnée par l’insuccès de 1941 lui donna plus envie encore de reconnaissance et ce besoin, par la suite, de s’orienter vers des films « sérieux », au classicisme très Fordien. Un peu dommage tant la comédie lui allait si bien…

POUR SON CASTING PHÉNOMÉNAL

L’impressionnant casting de 1941 contribue encore aujourd’hui à l’attrait du film. Au vu du ton décalé du projet, teinté d’anti-américanisme, on comprend sans peine pourquoi aucune star US de l’époque ne souhaita y participer (outre John Wayne, Charlton Heston, entre autres, refusa également l’offre proposée…). Ça n’empêche pas 1941 d’afficher une distribution 5 étoiles, entre acteurs chevronnés venus « s’encanailler » (Robert Stack, Christopher Lee, Toshiro Mifune, Warren Oates…), jeunes comédiens en pleine ascension (Treat Williams, Nancy Allen, Mickey Rourke…) et humoristes rendus célèbres par leurs prestations télé (John Belushi, Dan Ayckroyd, John Candy…).

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Comme dans une comédie des ZAZ (pour Zucker-Abrahams-Zucker, créateurs de Y-AT-IL UN PILOTE DANS L’AVION ? et Y-AT-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ?), les acteurs de 1941, connus ou non, jouent leurs rôles avec le plus grand sérieux et une formidable implication, quel que soit le degrès d’interprétation nécessaire et l’outrance de certaines scènes.

Et c’est probablement l’outrance de leurs séquences qui rendent inoubliables les personnages de Belushi en pilote kamikaze et cinglé, de Robert Stack en chef des armées dilettante, de Nancy Allen en nymphomane rêvant de voir le bas d’en haut ou de Treat Williams en GI ayant la phobie du jaune !

POUR JOHN BELUSHI

Un an avant la sortie et le succès planétaire des BLUES BROTHERS avec Dan Ayckroyd, son complice du « Saturday Night » Live, John Belushi crevait l’écran dans 1941. Mélange de vulgarité assumée, d’improvisation foutraque et de non-sens, son jeu allait marquer sans commune mesure le film maudit de Spielberg. À tel point que, toujours selon la légende, son personnage de Wild Bill Kelso prit de plus en plus d’ampleur au cours du tournage.

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Tournage qui devint souvent épique en fonction des humeurs alcoolisés (ou sous l’emprise d’autres substances) de l’acteur… 35 ans après, Belushi demeure encore la clé de voute de 1941. Celui dont on se souvient le plus et qui attire encore ceux qui ne connaissent pas – ou peu – le film. Ses excès auront raison de lui et sa mort prématurée nous privera d’un artiste complet, hors norme mais si génreux dans sa folie dure.

POUR LES SCÈNES DEVENUES CULTES

Des acteurs inoubliables, on en arrive obligatoirement aux séquences cultes de 1941. D »ailleurs, ça n’est pas difficile de reconnaître les aficionados du film : lorsqu’ils se croisent, ils évoquent tour à tour les scènes qu’ils préfèrent, comme pour d’autres éternels classiques de la comédie tels LES TONTONS FLINGUEURS, LA GRANDE VADROUILLE, LE MAGNIFIQUE ou LA PARTY.

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Souvent considéré à raison comme un film à sketches, 1941 alligne sans commune mesure les séquences devenues cultes. Outre celle de l’introduction déjà citée, avec sa baigneuse nue accroché au périscope d’un sous-marin japonais, on peut évoquer l’apparition de John Belushi, demandant le plein pour son bi-moteur à la tenancière d’une petite station-service perdue en plein désert. Ou celle délirante du bal transformé en bagarre de saloon. Ou cette séquence inoubliable montrant Robert Stack en général Stillwell, ému aux larmes devant une projection du Dumbo de Disney !

Bien sûr, une comédie « énorme » implique aussi des scènes au ras des pâquerettes. L’humour de 1941 pourra sembler bien lourd pour certains et, comme le dit l’adage, on peut rire de tout… mais pas avec tout le monde ! Mais toutes ces scènes ont fait du film un classique dans son genre. Une œuvre qui ne se prend jamais au sérieux, prouvant que l’Amérique sait parfois rire d’elle-même… au risque de ne pas être compris par ses compatriotes !

POUR LE BRIO DE STEVEN SPIELBERG

Si un qualificatif revient souvent en ce qui concerne 1941, c’est celui d’immense bordel, totalement ingéré par son réalisateur. Et c’est une monumentale erreur. Malgré les allures extérieures d’un gros combat de catch dans la boue qui aurait mal tourné, 1941 reste de bout en bout une mise en scène réglée au millimètre. Et si les rumeurs les plus folles circulent sur le tournage, il est évident que chaque plan, chaque séquence a été pensé, travaillé et coordonné pour donner cette apparence de délire non maîtrisé.

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1941 a beau apparaître comme une comédie parfois épuisante dans ses excès, elle n’en demeure pas moins un film de Steven Spielberg, soigné dans ses cadrages, sa lumière et même sa bande originale pleine d’ironie (grâce à la maestria du complice John Williams). Véritable prouesse à l’apparente facilité, une séquence comme celle de la bagarre du bal démontre, si c’était encore nécessaire, combien Spielberg maîtrisait déjà son art, sublimait chacun de ses projets et prenait un plaisir évident à réaliser un film. Et même à s’offrir, 5 ans avant LE TEMPLE MAUDIT, une scène musicale digne d’un classique hollywoodien.

Seule véritable comédie dans la filmographie de Spielberg, 1941 vaut son statut d’œuvre culte. Et mériterait amplement d’être reconsidéré comme l’un de ses meilleurs films.

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1941 (1979) de Steven Spielberg.
Avec John Belushi, Dan Ayckroyd, Nancy Allen, Lorraine Gary, Robert Stack, Christopher Lee, Toshiro Mifune…
Svénario : Robert Zemeckis, Bob Gale et John Milius. Musique : John Williams.

Crédits photos : © Warner / Columbia.

TEASER

Une fois n’est pas coutume, j’ai préféré vous montrer l’excellent teaser du film, preuve évidente de la folie de Belushi et parfaite représentation de la tonalité du film…

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Il faut que je t’avoue quelque chose : je ne l’ai jamais vu ! Je crois d’ailleurs que c’est le seul film de Spielberg que je n’ai jamais vu. De mémoire il n’est jamais passé à la TV et je n’ai jamais eu la curiosité de me louer le DVD vu les critiques assassines. Tu me donnes envie de palier ce manque rapidement 😀 Merci The Movie Freak !

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    1. De rien Dame Potzi 😉
      C’est vrai qu’il ne passe jamais à la télé, comparé à E.T., JAWS ou INDY. Ou alors sur ARTE, comme d’hab ! C’est un gros délire à la Hellzapoppin qui mérite d’être redécouvert, je pense… Même Spielberg semble en avoir un peu honte alors qu’il n’y a pas de quoi… C’est vrai que ça n’a rien à voir avec ces récents films « sérieux » comme LINCOLN ou MUNICH mais c’est devenu un classique…

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