5 films pour se faire (vraiment) peur

Petite frayeur ou grande frousse, la peur est indissociable du 7ème art. Depuis les premiers classiques de l’épouvante, tels NOSFERATU de Murnau ou FRANKENSTEIN de James Whale, jusqu’aux déclinaisons à la sauce « found footage » comme BLAIR WITCH PROJECT, la terreur fait recette au cinéma, avec plus ou moins de bonheur.

PSYCHOSE, HALLOWEEN, SHINING, L’EXORCISTE… Nombreuses sont les œuvres devenues des classiques de l’angoisse, et même des films phares tous genres confondus. La liste des incontournables, adulés ou oubliés, est conséquente. Mais Halloween oblige, j’avais envie de revenir sur quelques films essentiels pour vous liquéfier sur place et vous faire exploser le trouillomètre (NB : C’est bête mais on parle toujours d’avoir « le trouillomètre à zéro » alors que, s’il ne dépasse pas zéro, ce fameux trouillomètre indique juste que vous n’avez pas peur !?). Vous avez envie d’avoir peur ? Cette sélection non exhaustive et chronologique est faîte pour vous !

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR (1957) de Jacques Tourneur

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Au bout de ce couloir, Dana Andrews a RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR…

Français d’origine, Jacques Tourneur fit l’essentiel de sa carrière à Hollywood en réalisant des westerns, des films noirs ou d’aventure. Mais c’est le genre fantastique qui imposa son nom, principalement avec LA FÉLINE en 1942. Jouant sur la suggestion à travers de savants dosages d’ombres et une bande-son angoissante, Tourneur fut également l’inventeur, avec ce classique de l’épouvante, de ce que l’on nomma « l’effet bus », consistant à désamorcer une montée de la peur par l’arrivée soudaine d’un élément inattendu, source de sursauts et de cris incontrôlés !

À la fin des années 50, il réalisa en Grande-Bretagne NIGHT OF THE DEMON (RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR en VF), une série B à l’origine, devenue une référence et un petit bijou de terreur cinématographique recommandé par le cinéphile Martin Scorsese dans sa liste personelle de films d’épouvante. L’acteur Dana Andrews y joue un scientifique américain venu assister à un congrès de parapsychologie à Londres. Après la mort étrange d’un collègue britannique, il se retrouve confronté à un savant adepte des sciences occultes et des mythes liés aux démons.

Film de commande qu’il réussit pourtant à personnaliser par un magnifique travail sur le noir et blanc et de superbes séquences d’angoisse, Tourneur ne put empêcher le producteur du film d’imposer la présence d’un monstre plus grotesque qu’effrayant en début et fin de film. Au delà de ces regrettables aspects, RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR est devenu un incontournable du cinéma fantastique, jouant avec une habileté diabolique sur nos peurs enfantines (la peur de l’obscurité, l’angoisse des silences étouffants et des bruits que l’on ne peut identifier…) pour réaliser une prenante ballade en train-fantôme dans un contexte réaliste et scientifique. Encore une preuve indéniable que moins on en montre, plus on est efficace !

EXTRAIT :

 

LES INNOCENTS (1961) de Jack Clayton

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Miss Giddens (Deborah Kerr) : victime du fantôme de Quint (Peter Wyngarde) ou de ses propres démons ?

Inspiré du TOUR D’ÉCROU de Henry James, LES INNOCENTS nous transporte dans l’Angleterre de la fin du XIXème siècle. Miss Giddens (Deborah Kerr) est engagée comme gouvernante par le richissime oncle de deux orphelins, Miles et Flora, afin de s’occuper de leur éducation et de leur scolarité. Mais les enfants apparaissent à la jeune femme comme possédés par l’esprit démoniaque d’un couple de fantômes, anciens domestiques et amants sulfureux. À moins que les propres frustrations de Miss Giddens ne la pousse vers la schizophrénie…

Remarquable œuvre à l’atmosphère oppressante, LES INNOCENTS est devenu un modèle pour de nombreux films d’épouvante, tel LES AUTRES d’Amenabar avec Nicole Kidman. Baignant dans un somptueux noir et blanc et les trouvailles visuelles du chef opérateur Freddie Francis (un habitué des productions Hammer), le film de Jack Clayton reste également la version la plus célèbre et réussie du roman d’Henry James, adapté plusieurs fois au cinéma, à la télévision et même pour un opéra. Démarrant par une petite comptine enfantine et glaçante, LES INNOCENTS distille un malaise certain par une progressive montée de l’angoisse, basculant lentement du film fantastique au drame psychologique.

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Pour Miss Giddens et Flora, le bonheur n’est pas dans le près.

Bien qu’ayant tourné peu de films au cours de sa carrière, Clayton reste indissociable de la réussite des INNOCENTS. En 1959, il avait réalisé LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE qui valut un Oscar à Simone Signoret, avant de signer en 1974 la version de GATSBY LE MAGNIFIQUE avec Robert Redford et Mia Farrow. Il revint au fantastique avec LA FOIRE DES TÉNÈBRES, sous-estimée adaptation de Ray Bradbury et belle réflexion sur le temps et les rêves déchus.

Longtemps après sa vision, LES INNOCENTS continue de marquer les esprits par sa beauté dépouillé, son atmosphère gothique et ses scènes évocatrices, suscitant l’effroi par la suggestion ou par l’ulisation d’images savamment cadrées. Il reste ainsi l’un des rares films d’épouvante à glacer le sang par l’utilisation de scènes se déroulant en plein jour. Brrrrrrr !

EXTRAIT :

 

LA MAISON DU DIABLE (1963) de Robert Wise

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Dans LA MAISON DU DIABLE, 4 individus vont se confronter à la peur…

Dans un manoir au passé lourd de drames et de légendes, un expert en parapsychologie convie 3 personnes d’horizons divers à se joindre à lui durant quelques jours, afin d’étudier leurs comportements et réactions. Mais l’une de ses invités, Eleanor, vieille fille dépressive et fragile, semble être la plus sensible à l’atmosphère trouble de la propriété…

À ne pas confondre avec AMITYVILLE LA MAISON DU DIABLE, THE HAUNTING (en VO) est considéré encore aujourd’hui comme le mètre étalon du film de maison hanté. Comme pour LES INNOCENTS et RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR, le Noir & Blanc donne au film son intemporalité et permet la suggestion plutôt que l’insipide démonstration d’effets CGI du remake réalisé en 1999 par Jan De Bont.

J’avais découvert LA MAISON DU DIABLE sur la tard, il y a une quinzaine d’années, lors d’une rétrospective estivale dans un cinéma de Lille. Et une simple anecdote peut vous donner une petite idée du fort pouvoir terrifiant émanant du film. 4 jeunes femmes avaient pris place dans la rangée située juste devant la mienne, passant la diffusion des publicités d’usage à plaisanter et papoter de tout et de rien. Fin de la pause publicitaire, la salle plongea dans l’obscurité et le début du film commença, souligné hélas par quelques gloussements nerveux et déplacés des 4 copines potaches. En une poignée de minutes, le temps au film d’évoquer le passé dramatique et inquiétant du sinistre manoir, les rires étouffés avaient cessé et laissèrent bientôt la place à des sursauts réguliers et des petits cris de terreur !

Tout comme les films précédemment cités dans cette chronique, LA MAISON DU DIABLE joue habilement sur la frontière entre thriller psychologique et film fantastique. Élément non négligeable et travaillé à la perfection, la partie sonore ajoute à l’angoisse vénéneuse que le film de Wise procure. Et au delà de son statut culte, LA MAISON DU DIABLE évoque une inquiétante hypothèse : l’éventualité que, dans un cadre propice à l’angoisse, nous pouvons aussi être les déclencheurs de nos propres peurs…

EXTRAIT :

 

POLTERGEIST (1982) de Tobe Hooper

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Jobeth Williams en mère-courage face aux esprits frappeurs de POLTERGEIST.

Changement de registre après 3 classiques de l’épouvante en noir et blanc, le POLTERGEIST de Tobe Hooper nous fait basculer de l’évocation psychologique lourde de sens à la jubilatoire démonstration de choc d’un train-fantôme de foire. Totalement imbibé de « l’esprit de famille » de son producteur Steven Spielberg, le film s’empare du classique thème de la maison hantée pour le transplanter dans un environnement très proche de celui d’E.T. (les deux films sont sortis en France à 2 mois d’intervalles) ou de RENCONTRES DU 3ème TYPE.

Soit l’histoire d’une classique famille d’américains moyens, fraîchement installés dans un lotissement. Ils deviennent vite les infortunés témoins d’inquiétants phénomènes jusqu’à la disparition de la petite fille de la maison, littéralement happée dans l’au-delà par une force maléfique… On pourra critiquer POLTERGEIST de ne susciter la peur qu’à l’aide d’effets visuels chocs. Mais dans l’habile mélange des genres, entre la chronique sociale 80’s et le pur film d’épouvante, le film d’Hooper est une vraie réussite. On y sent bien sûr la patte « écrasante » de son producteur. Et certaines mauvaises langues prétendèrent même que le metteur en scène du célèbre MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE fut largement remplacé par celui de JAWS derrière la caméra.

Quoi qu’il en soit, POLTERGEIST doit sa réussite première à son cadre réaliste. Avec cette autre griffe Spielbergienne consistant à placer des gens ordinaires dans un contexte extraordinaire. La famille au cœur du film attire immédiatement notre sympathie et l’on ne peut qu’éprouver le même sentiment de peur face à leurs épreuves. Même si cette peinture de la middle-class made in USA n’est pas dénuée d’ironie et d’une certaine critique sociale…

Allourdi par deux suites beaucoup moins réussies, le film a depuis fait plus parler de lui pour la série de disparitions tragiques parmi les membres de son casting. POLTERGEIST mérite pourtant d’être redécouvert, planqué sous un plaid et un gos sceau de pop-corn à la main !

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CONJURING : LES DOSSIERS WARREN (2013) de James Wan

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Dans CONJURING, un simple claquement de mains peut vous faire hurler de peur…

Aux États-Unis vers le début des années 70, les Warren, un couple de parapsychologues « chasseurs de fantômes » est engagé par les Perron pour leur venir en aide. Ayant récemment acquis une maison dans le Rhode Island, cette famille nombreuse et sans histoires est sous l’emprise d’une force démoniaque violente et puissante, liée au lourd passé de la bâtisse…

CONJURING s’avère une excellente surprise. À l’heure où le genre horrifique cède le plus souvent à la facilité trash ou au pseudo amateurisme réel, le film de James Wan (déjà réalisateur du film d’épouvante INSIDIOUS) est d’un classicisme et d’une efficacité dans l’effroi qui fait beaucoup de bien. Si l’on aime avoir peur, bien sûr !

Inspiré d’une histoire réelle et des comptes-rendus des époux Warren, véritables « ghosbusters » dans les années 60 et 70, CONJURING doit sa grande efficacité à son refus de la surenchère gore et à son encrage dans un certain réalisme, malgré une fin assez « grand-guignolesque ». Détail amusant, le film apporte même une réponse pragmatique à l’éternelle question que tout le monde se pose depuis longtemps, en matière d’histoires de maisons hantées : « pourquoi ceux qui habitent une telle baraque ne partent-ils pas en courant ? »

Enfin, CONJURING s’appuie sur des éléments indétronables en matière d’angoisse. Les peurs du noir, des bruits étranges que l’on ne peut identifier, d’un arbre pétrifié comme hanté par les horreurs du passé… Le casting du film, solide et attachant, y est aussi pour beaucoup dans la réussite du film, Vera Farniga, Patrick Wilson et Lili Taylor en tête. Quant à la trame associant le quotidien des Warren, consumés par les épreuves endurées à chaque cas traité, et celui des Perron, dévastés par des évènements inexpliqués, elle nous implique directement et ne nous lâche qu’à la toute fin du film. Un incontournable pour qui aime les véritables bon films de genre.

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzinap dit :

    Je n’ai vu que POLTERGEIST, il y a d’ailleurs tellement longtemps que je m’en souviens à peine, et THE HAUNTING qui est un vrai chef d’œuvre du genre. La première fois que je l’ai vu, j’ai eu une trouille bleue 😀
    Tu me donnes terriblement envie de découvrir les autres films de ta liste. Il faudra que je fasse ça en plein jour et avec du monde avec moi 😉

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  2. potzina dit :

    Ah zut ! Mon commentaire n’est pas passé… à moins qu’il ne soit dans les spams ?!
    Bon je disais que je n’ai vu que POLTERGEIST mais il y a tellement longtemps que je m’en souviens à peine. Et THE HAUNTING qui est un chef d’œuvre. La première fois que je l’ai vu, j’ai eu une trouille terrible 🙂

    Tu me donnes envie de découvrir les autres films de ta liste mais il faudra que je les vois en plein jour et pas toute seule 😉

    J'aime

    1. Merci Potzi ! Voilà, j’ai fait passer ton commentaire… Bizarre, WordPress me joue de curieux tours en ce moment…

      Sinon, tout à fait d’accord pour THE HAUNTING, c’est un bijou ! Je te recommande vivement LES INNOCENTS, c’est dans le même esprit, très réussit… mais très angoissant aussi 🙂

      J’aime bien POLTERGEIST, son petit côté Spielbergien même si on est dans un autre style de film, bien sûr. Il y a aussi beaucoup d’humour qui permet de calmer un peu le jeu ! Mais également beaucoup de scènes très flippantes (la petite qui parle avec « les gens dans la télé »… ou le petit garçon attaqué par sa poupée clown…). C’est plus démonstratif et spectaculaire mais c’est du grand huit pour se faire du bien !

      Pour CONJURING, c’est vraiment un très bon film dans son genre, je trouve. On en avait déjà un peu parlé je crois… mais c’est très très effrayant, sois prévenu !!

      Quant à RDV AVEC LA PEUR, c’est un très beau classique. Ça ne fait peut-être pas aussi peur que THE HAUNTING ou LES INNOCENTS mais l’ambiance reste encore très angoissante et certaines scènes sont anxiogène sans trop d’effets !

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  3. niolynes dit :

    Les trois classiques que tu cites sont pour moi dans la liste des indispensables et je tiens en très haute estime Les innocents. Maintenant que tu en parles, je commence à être tenté par Conjuring. Vu la vague de films d’horreur qui finissent un peu par tous se ressembler actuellement, je l’avais laissé passer mais bon, j’y jetterais un coup d’oeil du coup ! 😉

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    1. CONJURING ne révolutionne peut-être pas le genre, c’est sûr. C’est une histoire de maison hantée et de possession, entre L’EXORCISTE et AMITYVILLE si tu veux un rapide mix explicatif 🙂 Mais son classicisme, son refus d’effets gores, son ambiance en font une réussite, à mon humble avis. Je n’ai pas vu le spin-off ANNABELLE (qui fait beaucoup parler de lui en ce moment…) mais je pense que CONJURING lui est supérieur…

      Quant à POLTERGEIST… je sens bien que c’est un peu le « mis de côté » de ma liste 😉 Mais je pense qu’il mérite d’être redécouvert.

      Après… il y a encore tant d’autres films que j’aurais pu mettre dans ma liste. Le récent MISTER BABADOOK, l’hispanique L’ORPHELINAT, THE GRUDGE… Des films récents très réussis dans le genre « grand frisson ».

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