5 raisons de revoir USUAL SUSPECTS

Certains films vous laissent un tel impact qu’il devient facile de vous souvenir des jours où vous les avez vu, jusque dans leurs moindres détails. Je me souviens encore de cette séance estivale, il y a 20 ans cette année. Du silence de stupéfaction régnant dans la salle au générique de fin. Du mélange de vertige et de satisfaction que moi et mes amis avions ressenti à la dernière scène.

Le deuxième film d’un jeune surdoué d’à peine 30 ans secouait la critique au festival de Cannes de 1995. Présenté hors-compétition, USUAL SUSPECTS s’imposait avant même sa sortie publique comme le thriller immanquable du moment. Bien avant les dérives du net, et ses excès d’engouement ou de rejet, le polar manipulateur de Bryan Singer provoquait un phénoménal bouche-à-oreille. Et des plus mérités. 2 décennies plus tard, le film n’a rien perdu de sa superbe.

Dans le cadre du Ciné-Club de Potzina, voici déjà 5 bonnes raisons, même s’il en existe d’autres, pour vous replonger dans l’un des suspenses les plus tortueux et jubilatoires du cinéma.

NB : L’un des principes de ce blog est de vous faire partager ma passion pour le Cinéma… en évitant les spoilers ! Ceux qui ont déjà vu le film savent qu’il se termine par un « twist » remettant en cause la trame dans sa totalité. D’autres, ne l’ayant jamais vu, préfèreront sans doute le découvrir sans trop en savoir. C’est pour eux que j’ai tenu à préserver le secret même si, pour un film sorti il y a 20 ans, ce secret est déjà bien éventé…

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POUR SON SCÉNARIO MACHIAVÉLIQUE

Petite piqûre de rappel. Dans un port de Californie, la police découvre un véritable massacre après l’incendie d’un cargo hongrois. Seul un membre d’équipage et un petit malfrat, nommé « Verbal » Kint (Kevin Spacey) ont survécu. Interrogé par l’agent Kujan (Chazz Palminteri) chargé de l’enquête, Kint revient sur les origines du drame. Quelques semaines plus tôt, il fait la connaissance de 4 autres truands – Keaton (Gabriel Byrne), McManus (Stephen Baldwin), Hockney (Kevin Pollak) et Fenster (Benicio del Toro) – lors d’une parade d’identification dans un commissariat. Associant leurs compétences, les 5 hommes sont bientôt pris au piège d’un légendaire et mystérieux criminel du nom de Keyser Söze…

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Si une citation célèbre, attribuée à Jean Gabin, dit qu’un film c’est avant tout une bonne histoire, USUAL SUSPECT en est la preuve parfaite. On doit le récit du film à Christopher McQuarrie, scénariste sur plusieurs films du réalisateur Bryan Singer (X-Men, Walkyrie…), sur des séries tv comme NEW YORK POLICE BLUES ou des films tels EDGE OF TOMORROW, mais aussi réalisateur de WAY OF THE GUN et JACK REACHER.

Ayant travaillé auparavant dans la police, ce qui lui apportera très certainement des bases solides pour dépeindre avec acuité l’univers du polar, McQuarrie signe probablement avec USUAL SUSPECT son scénario le plus brillant et machiavélique. Évoquant tout d’abord une classique histoire de braquages et de truands, le film s’envole vers des sphères bien plus subtiles et mystérieuses, aux limites du fantastique.

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Nous submergeant d’informations et de détails pour mieux nous tenir en haleine… et nous hypnotiser, le récit de USUAL SUSPECT prend la tournure d’une sombre légende urbaine. Évoquant la structure du PSYCHOSE d’Hitchcock, McQuarrie nous présente avec brio, et sans s’encombrer de détails inutiles, une bande de truands « attachants ». Puis il fait bifurquer le cours de son récit dès qu’il est question du mystérieux Keyser Söze pour déplacer l’intêret premier du public.

Véritable hommage au cinéma dans ce qu’il a de plus magique dès lors que l’intrigue nous captive, USUAL SUSPECT nous « manipule » jusqu’au générique de fin. On se sent pris au piège, on en est pleinement conscient. Mais c’est tellement bon !

POUR LE CASTING EN ÉTAT DE GRÂCE

D’accord, un bon film c’est avant tout une bonne histoire. Mais c’est aussi un casting en état de grâce. Prenez une poignée de solides acteurs, d’horizons différents, pas encore stars mais ayant déjà prouvé leurs grandes compétences, et donnez leur l’occasion de briller dans des rôles marquant la pellicule au fer rouge. Et vous obtenez l’excellente distribution de USUAL SUSPECT.

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Acteur chevronné à l’époque du tournage, avec des participations dans des films comme EXCALIBUR, MILLER’S CROSSING, LE CHEVAL VENU DE LA MER ou DEAD MAN, l’rlandais Gabriel Byrne s’impose aisément en chef de bande. À l’écran (comme sur le plateau, probablement), son personnage d’ancien flic qui a basculé du côté obscur, à la fois trouble, charismatique, rude et fragile, apparait très vite comme le leader d’opinion de cette fascinante association de malfaiteurs.

Issu d’une bien connue fratrie d’acteurs, Stephen Baldwin se glisse sans problèmes dans la peau d’une petite frappe violente et vulgaire. Avec son visage rond et rigolard, Kevin Pollack, abonné des seconds rôles en demi-teinte (WILLOW, DES HOMMES D’HONNEUR…), est parfait en truand banal. Révélé par le James Bond PERMIS DE TUER, Benicio del Toro, encore peu connu au moment du tournage, apporte son regard reptilien et ambigu au personnage de Fenster. Chazz Palminteri (IL ÉTAIT UNE FOIS LE BRONX) et Giancarlo Esposito (TAPS, DO THE RIGHT THING), très crédibles en flics obstinés, Pete Postlethwaite (LES DUELLISTES, ALIEN 3, AU NOM DU PÈRE) en inquiétant avocat Kobayashi et la belle Suzy Amis (BLOWN AWAY, TITANIC), discrète mais marquante touche féminine du film, complètent remarquablement cette belle distribution.

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Mais LA révélation du film est à attribuer à Kevin Spacey. Issu du théâtre, Spacey n’est pas encore la star abonné aux rôles retords. Mais son impeccable interprétation dans la série tv UN FLIC DANS LA MAFIA, puis son rôle de patron tyrannique et odieux dans le méconnu SWIMMING WITH SHARKS, vont progressivement l’imposer dans les rôles de personnages doucereux et inquiétants. Quelques temps à peine avant sa participation au SE7EN de David Fincher, USUAL SUSPECTS le consacrera comme l’acteur américain à suivre.

À plus d’un titre, son personnage de Verbal Kint, rôle tout compte fait très proche d’une composition théâtrale, surfant sur des niveaux d’interprétation amenant à l’empathie, au doute, à la méfiance et à la fascination chez le spectateur, reste un sommet du genre. Souvent copié depuis mais jamais égalé.

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POUR LE TANDEM BRYAN SINGER ET JOHN OTTMAN

Amis et complices cinématographiques depuis de longues années, le réalisateur Bryan Singer et le monteur / compositeur John Ottman travaillaient déjà sur le premier film du metteur en scène ENNEMI PUBLIC, 2 ans avant USUAL SUSPECT. Leur complicité se prolongera par la suite sur UN ÉLÈVE DOUÉ, X-MEN, SUPERMAN RETURNS ou WALKYRIE.

Avec USUAL SUSPECTS, Bryan Singer va se révéler comme un jeune cinéaste surdoué, possédant une approche ludique et mâture du cinéma, aimant divertir le public tout en respectant sa sensibilité et son intelligence. On l’oublie peut-être un peu trop aujourd’hui mais avec le premier opus X-MEN de la saga, en 1999, il a permis d’aborder les comics au cinéma avec une rare crédibilité et un respect du matériel d’origine, offrant un regard nouveau sur un genre ne faisant plus ses preuves.

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Bryan Singer et John Ottman à la première de JACK LE CHASSEUR DE GÉANTS.

La particularité de John Ottman est sa double casquette. Monteur attitré des films de Singer, il en signe également la partition musicale. Sans prétendre que cela lui facilite la tâche, il faut reconnaître que ces deux activités prises en charge par la même personne sont un plus indéniable. Ne semblant faire qu’un avec la musique et découpé avec la précision d’un scalpel, USUAL SUSPECT est l’un des meilleurs exemples de talents conjugués en parfaite adéquation. Quant à la BO d’Ottman, elle révèle avec perfection les ombres et les drames du récit. Soulignant et rythmant les rouages du piège qui se referme sur les 5 truands, elle vous reste en mémoire dès les premières minutes du film.

POUR LE MYSTÈRIEUX KEYSER SÖZE

« Qui est Keyser Söze ? ». Quelques temps avant la sortie du film, une campagne d’affichages titillait le public avec cette question directe et ce nom improbable. Un mystère qui allait rapidement devenir l’élément porteur du film.

Dans USUAL SUSPECTS, Keyser Söze est le nom d’un truand hongrois que sa réputation cruelle et insaisissable a transformé en véritable rumeur. Redouté comme la peste, ce diabolique malfrat a basé ses actions sur la manipulation de comparses, dont il se sert à distance par le biais d’intermédiaires. Ces complices ne se connaissent pas et n’ont jamais vu leur commanditaire.

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Une effroyable  légende dit que Keyser Söze préféra abattre sa propre famille, prise en otage par ses ennemis. Qu’il tua les intrus à l’exception d’un seul afin de répandre ces évènements, puis élimina chacun de ses adversaires ainsi que leurs proches sans se faire prendre.

Le bouche-à-oreille a fait le reste. Chez les truands comme dans la police, certains le craignent quand d’autres mettent en doute son existence. Mais comme l’évoque une réplique glaçante, « le plus beau tour qu’ait jamais réalisé le Diable, c’est d’avoir fait croire qu’il n’existait pas ».

PARCE QUE LE FILM PEUT SE VOIR PLUSIEURS FOIS

Pour conclure sur ce redoutable thriller, il faut savoir que le plaisir pris à la vision de USUAL SUSPECTS est loin d’être unique. Comme pour tout grand classique cinématographique,  le revoir est une nouvelle occasion de découvrir un détail essentiel qui vous avez échappé la première fois. De ces petites choses anodines en apparence mais qui s’avèrent importantes et vous font doucement jubiler d’être dans le secret !

Ceux qui découvriront le film (ben oui, il y en a encore) y prendront le plaisir de la nouveauté. Les autres savoureront de le revoir avec un regard de connivence. Avec le recul, tous apprécieront USUAL SUSPECTS comme le polar ultime sur l’art de la manipulation. Sur cette formidable façon de nous mentir. Sur cet art souvent redoutable qu’est le cinéma.

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USUAL SUSPECTS (1995) de Bryan Singer.
Avec Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Chazz Palminteri, Suzy Amis, Stephen Baldwin, Benicio del Toro, Pete Postlethwaite, Kevin Pollak, Giancarlo Esposito…
Scénario : Christopher McQuarrie. Musique : John Ottman.

Crédits photos : © Polygram Filmed Entertainment.

Cet article est associé au Ciné Club du BRIC-À-BRAC DE POTZINA à découvrir en cliquant le lien !

BANDE-ANNONCE :

 

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Un très beau billet pour un très bon film ! 😀 J’adore ce film, je l’ai vu au moins vingt fois si ce n’est plus et je ne m’en lasse pas. Avec ma sœur, on connaissait les répliques par cœur et nos parents en avaient plein les oreilles de ce Keyser Söze 😉
    C’est un must du genre, il n’y a pas photo : il faut le voir une fois avant de mourir.
    Merci pour cette belle participation mon Huggy 😀

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    1. C’est assez vite devenu un véritable classique et un modèle du genre.

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