Séance de rattrapage : MAMA d’Andrés Muschietti

Pour ce nouveau Ciné Club du Bric-à-Brac de Potzina, l’envie d’y participer d’une façon détournée s’est doucement imposée. Avec le thème de la famille, je me suis retrouvé face à un drôle de problème, bien courant au demeurant. De ROCCO ET SES FRÈRES à LA FAMILLE ADAMS, ce ne sont pas les films sur la famille qui manque. L’inspiration, elle, avait pris la tangente. La découverte du film MAMA d’Andrés Muschietti, me décida pourtant à vous offrir cette chronique à la fois familiale… et horrifique !

L’histoire

5 ans après un terrible drame familiale et leur disparition, 2 petites filles, Victoria (Megan Charpentier) et Lily (Isabelle Nélisse) sont retrouvées, dans un chalet abandonnée en pleine forêt. Devenues extrêmement sauvages et mutiques, elles sont confiées à leur oncle Lucas (Nikolaj Coster-Waldau) et sa compagne Annabel (Jessica Chastain), une musicienne punk-rock, peu portée sur l’instinct maternel. Se rapprochant progressivement des fillettes, la jeune femme est bientôt persuadée que Victoria et Lily ont emmené avec elles une présence démoniaque…

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La mère de toutes les peurs

MAMA s’inscrit dans la mouvance du cinéma d’épouvante ibérique, dans la lignée de films comme LES AUTRES, L’ÉCHINE DU DIABLE ou DARKNESS. Produit par Guillermo Del Toro, le film d’Andrés Muschietti, inspiré de son propre court-métrage du même nom, commence tel un dramatique fait-divers avant de se poursuivre comme un inquiétant récit d’horreur. Le long-métrage est déjà, en lui-même, une affaire de famille puisqu’il a été co-écrit par Barbara Muschietti, la propre sœur du cinéaste.

Baignant dans un climat (très) anxiogène, MAMA n’a pourtant rien du vulgaire slasher sanguinolant à outrance. Pas de gore mais du fantastique gothique à la fois angoissant et émouvant, conte macabre et mélancolique évoquant, par moments, Del Toro ou Tim Burton. Le film peut se voir bien sûr comme une légende horrifique sur la relation « mère/enfants » et, par extension, sur la place de la mère au sein de la famille, sur le monde de l’enfance bien plus complexe et douloureux que l’image d’épinale généralement véhiculée dans notre société, et sur la notion de famille recomposée. On n’est pas pour autant chez Françoise Dolto mais on ne peut s’empêcher de penser aux multiples sous-entendus familiaux…

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MAMA se base évidemment sur des éléments classiques de l’horreur et de l’épouvante : bruits inquiétants, ombres menaçantes, forêt perdue et maison abandonnée ont déjà été vu et utilisé au cinéma. Le film parvient pourtant à renouveler un genre archi rabattue grâce à l’histoire poignante des deux enfants et au personnage de Mama, étrange créature fantastique, loin du cliché du monstre menaçant. On est d’abord effrayé et troublé par son apparence repoussante, tout en prenant conscience de son côté bienveillant et protecteur vis-à-vis des petites filles. Progressivement, les origines de cette créature sont révélées, déchirantes et morbides, et l’épouvante fait place à un conte d’une grande mélancolie jusqu’au final bouleversant.

Le film d’Andrés Muschietti se démarque aussi par un usage assez discret des effets spéciaux. Peu d’images de synthèse, à part vers les 15/20 dernières minutes, mais le recours à des méthodes classiques et atypiques, avec entre autres l’acteur Javier Batet pour personnifier Mama. Même si le résultat est plutôt réussi, la force du film se situe surtout hors-champ, dans cette zone d’inconfort où l’on devine plus qu’on ne voit.

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Du côté des personnages du film, même si celui de Jessica Chastain peut irriter au début pour son côté excessivement déplaisant et un peu surfait, l’actrice fait évoluer son jeu et donne à l’intrigue un aspect inattendu. Exit le cliché de la brave mère de substitution, Annabel accepte les enfants parce qu’elle n’a pas vraiment le choix. Son apprentissage de la maternité se fera dans la peur et la douleur. Indifférente à l’origine, elle sera finalement prête à se battre pour garder Victoria et Lilly.

Les deux fillettes sont d’ailleurs les deux points forts de la distribution. Interprétées avec une conviction confondante par Megan Charpentier et Isabelle Nélisse, les personnages de Victoria et Lily effraient et étreignent le cœur. Elles donnent à MAMA son impact émotionnel qui ne peut vous laisser indifférent et vous hante longtemps après la vision du film.

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MAMA s’avère une belle découverte, riche en émotions variées, de la peur à la compassion en passant par une profonde mélancolie. Vous pouvez préparez vos mouchoirs mais, c’est un conseil, évitez l’obscurité totale !

MAMA (2013) d’Andrés Muschietti.
Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Isabelle Nélisse, Javier Batet…
Scénario : Neil Cross, Andrés et Barbara Muschietti. Musique : Fernando Velazquez.

Crédits photos : © Universal Pictures.

Cet article est associé au Ciné Club du BRIC-À-BRAC DE POTZINA à découvrir en cliquant le lien !

BANDE-ANNONCE

BONUS

Pour vous mettre dans l’ambiance, un lien direct vers le site officiel du film, encore en ligne…

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11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. niolynes dit :

    « Avec le thème de la famille, je me suis retrouvée face à un drôle de problème, bien courant au demeurant. De ROCCO ET SES FRÈRES à LA FAMILLE ADAMS, ce ne sont pas les films sur la famille qui manque. L’inspiration, elle, avait pris la tangente. »

    Me too…. :/
    Bon je note pour Mama que je n’ai toujours pas vu. 😉

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    1. Tu peux Nio. Prenant et bouleversant !

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      1. niolynes dit :

        Un film avec Jessica Chastain, je ne pense pas que je serais déçu ! 😉

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  2. potzina dit :

    J’aime bien l’angle que tu as choisi pour illustrer le thème 🙂 Je n’avais jamais entendu parler de ce film et je suis bien tentée. La bande-annonce me fait déjà peur ! 😀

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    1. Il a reçu 3 récompenses au Festival Gérardmer 2013. Une belle découverte en ce qui me concerne mais c’est éprouvant pour les nerfs et pour le cœur…

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  3. manU dit :

    J’ai énormément aimé ce film jusqu’à la dernière demi-heure qui m’a « gonflé » pour être clair ! ^^

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    1. C’est ton opinion. Un peu court pour moi 😉

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  4. Cleophis dit :

    Ce film me donne vraiment envie depuis un moment mais je suis très peureuse. Ton analyse me rassure un peu, peut-être me laisserais-je tenter un de ces quatre.

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    1. Je pense que tu peux te laisser tenter Cleophis. Le film fait peur, c’est indéniable 🙂 Mais ça n’est pas qu’un simple film d’horreur. Il est aussi très émouvant.

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