Pour une poignée de films… #8

3 déclinaisons de comédies au menu de cette nouvelle poignée : le retour au cinéma du réalisateur Peter Bogdanovich, une nouvelle comédie sentimentale signée Emmanuel Mouret et un regard grinçant sur Hollywood avec Robert de Niro.

BROADWAY THERAPY (2014) de Peter Bogdanovich

Izzy (Imogen Poots), une jeune actrice en vogue, revient sur ses débuts. 4 ans plus tôt, à New York, alors qu’elle travaille en parallèle pour une agence d’escort-girl, le metteur en scène Arnold Albertson (Owen Wilson) s’est offert ses services. La double vie d’Izzy l’entraîne bientôt dans une série d’ambrouilles lorsqu’elle passe une audition pour la nouvelle pièce de théâtre d’Arnold…

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À Broadway, les portes claquent !

BROADWAY THERAPY a tous les attributs d’un nouveau film de Woody Allen : le décor New Yorkais, la bande originale jazzy, les dialogues incessants et balancés en rafale… Jusque dans la traduction française et balourde du titre originale SHE’S FUNNY THAT WAY, certes difficile à adapter dans notre riante contrée. Si, l’an passé, on devait l’exercice de style à John Turturro, c’est Peter Bogdanovich qu’y s’y colle cette fois.

Disparu du grand écran depuis bientôt 15 ans, Bogdanovich fut révélé, entre autres, dans les années 70 avec THE LAST PICTURE SHOW (LA DERNIÈRE SÉANCE en VF) avec Jeff Bridges et Cybill Sheperd. Également acteur et critique cinéphile, il s’était tourné vers la télévison ces dernières années, interprétant et réalisant, entre autres, un épisode des SOPRANO. Produit en partie par Wes Anderson, BROADWAY THERAPY est un hommage appuyé à la « screwball comedy », chère à l’âge d’or hollywoodien des années 30/40 avec des films comme L’IMPOSSIBLE Mr BÉBÉ ou NEW YORK-MIAMI.

Après un début mou du genou et une mise en place laborieuse, le film décolle enfin pour offrir de belles scènes loufoques, entre Blake Edwards et la comédie de boulevard. Le casting – avec entre autres Rhys Ifans, Owen Wilson, Jennifer Aniston ou Debi Mazar – y est pour beaucoup, visiblement ravi d’égratiner au passage le petit monde pas si net du show-biz. Pétillant, léger et grinçant, on y sourit plus qu’on y rit. Et la réalisation de Peter Bogdanovich est des plus classique. Mais le rythme est bien présent jusqu’à la scène finale… et son caméo surprise !

CAPRICE (2014) d’Emmanuel Mouret

Clément (Emmanuel Mouret), un instituteur rêveur, fait la rencontre d’Alicia (Virgine Efira), une actrice célèbre dont il est éperdument amoureux. Hasard et complication : dans le même temps, la jeune Caprice (Anaïs Demoustier), une fille collante qui porte bien son nom, s’attache à lui plus que de raison…

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Caprice aime Clément qui aime Alicia…

Depuis quelques années, Emmanuel Mouret s’est créé un univers bien à lui, surfant sur la comédie sentimentale teintée de burlesque. Avec des films comme CHANGEMENT D’ADRESSE, UN BAISER S’IL VOUS PLAIT ou FAIS-MOI PLAISIR, il s’est imposé en douceur avec un personnage à la fois tendre et gaffeur. Là aussi, on pense parfois à Woody Allen, à Éric Rohmer ou au personnage d’Antoine Doinel, immortalisé par Jean-Pierre Léaud dans les films de Truffaut.

Le monde selon Mouret n’a rien de réaliste mais n’est pas dénué de charme, pour peu que l’on accepte les dialogues très (trop ?) écrits et les éternelles hésitations sentimentales de ses protagonistes. Car, des errements de la vie et des jeux de l’amour, comme chez Marivaux, il en est souvent question chez le réalisateur/acteur. CAPRICE ne déroge pas à la règle. Son personnage principal se retrouve pris au piège d’un triangle amoureux dont il subit les joies et les peines tel un éternel immature.

À l’inverse de BROADWAY THERAPY (voir plus haut), le film commence plutôt bien avec une scène père/fils à l’ironie bienvenue. Rien de révolutionnaire. On suit pourtant avec amusement ce marivaudage intello mais pas trop… Puis, les répétitions et les longueurs s’enchaînent.

Malgré sa façon délicate et décalée de présenter un vaudeville ancré dans le quotidien, CAPRICE s’éternise à trop nous montrer les mêmes situations. Les répliques à rallonge en deviennent pénibles et superficielles, fragilisant le jeu des acteurs, tel celui d’Anaïs Demoustier. Son rôle de fille tête à claque et excessive donne plus d’une fois envie de l’expédier sur la Lune pour un aller simple !

Plombé par une fin à la brusque tonalité sombre, le film échoue à garder le tempo du début. La marque de fabrique de trop de films d’auteurs à la française. Ou le signe qu’il est peut-être temps pour Emmanuel Mouret de se renouveler…

PANIQUE À HOLLYWOOD (2008) de Barry Levinson

Quelques heures dans la vie de Ben (Robert De Niro), un producteur hollywoodien en perte de vitesse. Alors qu’il doit supporter l’intransigeance artistique de Jeremy Brunell (Michael Wincott), le réalisateur de sa dernière production, qu’il jongle entre les caprices de Bruce Willis (dans son propre rôle), star de son prochain film, et les exigences de Lou Tarnow (Catherine Keener), grande prêtresse des studios, il soupçonne son ex-femme Kelly (Robin Wright Penn) d’avoir une liaison avec le scénariste Scott Solomon (Stanley Tucci)…

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À Hollywood, on enterre même ses ennemis !

Hollywood est un infâme panier de crabes. On s’en doute volontiers. Sorti directement en vidéo il y a 6 ans, après un passage par le Festival de Cannes en 2008, PANIQUE À HOLLYWOOD enfonce des portes béantes en jouant le jeu déjà vu de la profession qui se moque d’elle-même. Inspiré de la vie d’Art Linson, ici scénariste et producteur de films comme HEAT ou INTO THE WILD, il mérite pourtant d’être vu pour son impressionnante brochette d’acteurs.

Autour d’un Robert De Niro, sobre et convaincant, et de Sean Penn ou Bruce Willis jouant leurs propres rôles (avec déformation), John Turturro est un agent stressé; Catherine Keener incarne une patronne de studios glaciale et Michael Wincott excelle dans un personnage borderline proche du réalisateur Abel Ferrara. Tous s’impliquent avec conviction, prenant probablement du plaisir à révéler les travers de leur univers impitoyable.

S’adressant en priorité aux fans de ciné et de brillants castings, le film de Barry Levinson n’est pas franchement une comédie où l’on rit aux éclats. On est ici en plein humour vache et, même si l’on n’apprend pas grand chose sur le milieu cinématographique, on savoure de temps à autre quelques scènes bien éclairées. Entre les responsables d’un studio qui s’émeuvent d’une fin de film trop sanglante (imaginez , on y abat un chien en gros plan !!) à ce poster de film qui n’affiche plus que ses recettes records à la place du nom des acteurs, la charge, parfois lourde, fait grincer des dents avec une certaine jubilation.

Sans être une réussite, PANIQUE À HOLLYWOOD se voit donc essentiellement pour ses acteurs et ses saillies pertinentes contre Hollywood, dissimulant sa cruauté derrière le clinquant de ses paillettes.

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Je n’en ai vu aucun mais a priori celui qui me tente le plus c’est Broadway Therapy pour le casting et le mélange comédie de boulevard et burlesque a tout pour me plaire.
    Je pense faire l’impasse sur Caprices 😉 Et je verrai peut-être Panique à Hollywood pour les acteurs parce que dans le genre «film sur le cinéma», j’ai l’impression qu’on a fait déjà mieux comme The Player par exemple.
    Merci pour ce triple avis mon huggy 😀

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    1. My pleasure 😉

      BROADWAY THERAPY est agréable et les 2 derniers tiers sauvent le film…

      PANIQUE À HOLLYWOOD est dispo sur Netflix, au cas où…

      Déception pour CAPRICE. J’avais vu d’autres films d’Emmanuel Mouret, comme CHANGEMENT D’ADRESSE ou FAIS-MOI PLAISIR. Si tu ne connais pas trop l’univers du réalisateur, je te les conseille. Ça devrait te plaire, c’est à la fois tendre et humoristique… Ça ne fait pas de mal de temps à autre… Par contre, le dernier, CAPRICE, est bancal. Quant à Anais Demoustier, je ne sais pas si c’est sa bouille ou son rôle mais dans le genre tête à baffes, elle mérite un Oscar !

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  2. niolynes dit :

    Broadway Therapy me tente bien mais je t’avoue que je commence à en avoir un peu ma dose des films New-Yorkais-intellos-entre-eux-woody-allenisants qui semble devenu un genre en soi. Je pense que je préférerais voir le film tranquillement chez moi en DVD plutôt qu’en salle. 🙂

    Quand à Caprice, il me tentait vu que je commence à apprécier Anaïs Demoustier de plus en plus mais là, je suis de moins en moins chaud (tu n’es pas le premier à livrer un avis négatif sur le film). Et puis j’ai déjà donné pour lui foutre des claques à la Demoustier sur mon blog, notre première rencontre ne s’étant pas formidablement bien passé. 😀

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    1. BROADWAY THERAPY est le seul des 3 films qui m’a réellement plu. Mais effectivement, comme tu le dis, le petit côté Woodyallenesque peut aussi agacer. Pas désagréable pour autant, à voir pour se laver la tête et les yeux des grosses productions à coup d’explosions et de BO tonitruante… ou alors attendre une sortie vidéo, c’est bien aussi 😉

      Pour CAPRICE, ben oui, encore du film d’auteur à la française qui contient de belles choses mais se casse la gueule parce que le scénario n’est pas construit et la fin est bâclée. Provoquer l’ennui sur 1h30 environ, il faut le faire. C’est quand même une récurrence pour plusieurs productions françaises récentes…

      Quant à Anais Demoustier, je n’adhère pas du tout. C’est même physique. Là aussi, il faudra m’expliquer l’engouement qu’elle suscite……

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