Pour une poignée de films… #9

Nouvelle poignée de chroniques avec un suspense psychologique et fantastique, un John Huston ludique et méconnu et une belle relecture d’un classique Disney.

NE TE RETOURNE PAS (2009) de Marina de Van

Écrivaine à Paris, Jeanne (Sophie Marceau) n’a plus de souvenirs de sa petite enfance. Son quotidien bascule le jour où sa famille et son environnement se transforment : des détails physiques différents, un décor familier qui ne ressemble plus à ce qu’elle connaît… Bientôt, c’et la jeune femme qui prend une toute autre apparence (Monica Bellucci)…

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Sophie Marceau et Monica Bellucci : qui est le reflet de l’autre ?

« Du fantastique français ? Ben voyons… ». Remisons notre ironie et nos préjugés au placard. NE TE RETOURNE PAS est une bonne surprise. Évoquant la schyzophrénie par une troublante transformation physique, le film de Marina de Van démarre comme un angoissant cauchemar pour évoluer vers le drame intimiste et psychologique.

L’atout majeur de NE TE RETOURNE PAS réside dans son approche visuelle, si rare dans notre cinéma hexagonal. Allant au delà du simple changement radical après une nuit de sommeil ou du reflet changeant dans le miroir, Marina de Van nous montre le bouleversement physique progressif que subissent Jeanne et ses proches. Chaque personnage étant interprété par deux acteurs, elle s’aide d’effets numériques perturbants pour « combiner » petit à petit un visage avec un autre et ainsi partager le malaise ressenti par son héroïne.

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Jeu de double pour un seul personnage…

L’effet est réussi. Connaissant les visages de ces belles actrices que sont Monica Bellucci et Sophie Marceau, ce résultat hybride par étapes provoque une curieuse sensation, à la fois captivante pour son étrangeté et repoussante pour la dissymétrie obtenue.

Autre atout non négligeable : les jeux sensibles et sincères des deux comédiennes. Toutefois, là où Monica Bellucci joue sur une tonalité plus effacée et intérieure, Sophie Marceau l’emporte, donnant à son personnage au bord de la folie une implication contagieuse.

On peut juste regretter un dénouement que l’on aura deviné depuis un moment. Mais NE TE RETOURNE PAS est un film à voir. Une belle séance de rattrapage si l’on est adepte d’un cinéma envoutant et intriguant.

 

LE DERNIER DE LA LISTE (1963) de John Huston

Anthony Gethryn (George C. Scott), un ancien des services secrets anglais, se voit confier une étrange liste de noms par son ami Adrian Messenger (John Merivale). Inquiet, ce dernier pense qu’on en veut à sa vie comme à celles des membres de la liste. Il demande à Gethryn de mener son enquête…

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George C. Scott et Dana Wynter mènent l’enquête…

Curiosité tournée après THE MISFITS et FREUD, 2 films au ton plus grave, LE DERNIER DE LA LISTE est présenté comme une récréation dans la carrière de John Huston. Une rareté dont je n’avais jamais entendu parler et sur laquelle j’étais tombé par hasard en faisant quelques recherches sur Kirk Douglas. Le célèbre acteur fait ainsi partie de la distribution du film, aux côtés de George C. Scott (PATTON, Dr FOLAMOUR, LE JOUR DU DAUPHIN…) et d’autres stars : Burt Lancaster, Tony Curtis, Robert Mitchum et Franck Sinatra. Pas mal pour une œuvre oubliée !

Ce qui fait le sel de ce polar léger et mystérieux… c’est que vous ne verrez jamais (ou presque) ces acteurs comme vous vous attendez à les voir ! Je m’explique. Intrigue policière tortueuse mais sans prétention, évoquant Agatha Christie et la Bibliothèque Verte, LE DERNIER DE LA LISTE s’est fait une petite réputation grâce aux participations (lourdement) grimées de vedettes hollywoodiennes. Kirk Douglas, donc, dans un rôle machiavélique, n’apparaissant à visage découvert qu’au dernier tiers du film. Mais aussi Lancaster, Mitchum, Curtis et Sinatra, tous méconnaissables ou presque dans des rôles muets ou non.

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Le diabolique Kirk Douglas se déguise à l’œil…

LE DERNIER DE LA LISTE n’est pas à placer parmi les chefs d’œuvre de John Huston. Certaines scènes de dialogue ont mal vieilli et la naïveté d’autres séquences fait sourire aujourd’hui. Le « camouflage » des vedettes invitées apparaît excessif, malgré le nom de John Chambers (LA PLANÈTE DES SINGES, version 1968) crédité au maquillage. Mais le charme vintage du film, la beauté du noir et blanc et l’excellente BO de Jerry Goldsmith lui confèrent un parfum très agréable.

J’ai suivi l’intrigue comme un bon vieux polar estival que l’on prend plaisir à lire, page après page. Même si Huston se fait parfois plaisir (avec, entre autres, une chasse à cour répétitive et longuette), il n’oublie ni ses acteurs ni ses spectateurs. LE DERNIER DE LA LISTE se voit dès lors comme un jeu de pistes à la Scoubidou. Le plan final où chacun retire son masque pour saluer le public, dans un ultime clin d’œil, confirme l’envie de divertir du cinéaste.

BONUS : Une intervention de Patrick Brion sur le film…

 

MALÉFIQUE (2014) de Robert Stromberg

Il était une fois un pays féérique, la Lande, source de convoitise de la contrée voisine et présidée par Maléfique, une fée aux pouvoirs immenses. Devenue adulte, Maléfique (Angelina Jolie) est trahie par l’ambitieux et futur roi Stéphane (Sharlto Copley) qu’elle aimait. Ivre de vengeance, la fée jette un sort sur la princesse Aurore, fille de Stéphane…

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Angélina Jolie est Maléfique, fée trahie et vengeresse…

Depuis quelques temps, les studios Disney se penchent sur leurs grands classiques pour en offrir, en live, une autre vision. Ainsi, le CENDRILLON de Kenneth Branngh ou INTO THE WOODS revisitaient des histoires connues de tous mais sous un autre angle. Et d’une certaine façon, DANS L’OMBRE DE MARIE nous faisait voir d’un autre œil le célèbre MARY POPPINS.

MALÉFIQUE s’inspire de la version de LA BELLE AU BOIS DORMANT que Disney fit du conte de Perrault en 1959. Point de remake ou de reboot à craindre, le film de Robert Stromberg nous invite à reconsidérer les faits connus pour s’intéresser à la « méchante » de l’histoire : l’impressionnante et vénéneuse Maléfique.

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Un sourire diabolique pour cacher une âme en peine…

Se basant sur le syndrôme du « côté obscur », MALÉFIQUE parvient à nous rendre attachant et émouvant un personnage en apparence diabolique. Le récit revient aux origines, lorsque Maléfique, fée sauvage et amoureuse, s’est vue trahie par la cupidité d’un homme. Sa douleur physique et morale l’entraîne vers la haine, et en fait un être intéressant et complexe.

Investie dans son rôle, Angelina Jolie surprend par son jeu à la fois théâtrale et nuancé. Apportant humour noir et émotion à l’anti-héroïne du film, elle est la clé de voute du casting. Superbement illustré par des effets spéciaux venant soutenir la trame (et non l’inverse comme trop souvent), MALÉFIQUE est une réussite, belle et captivante relecture d’un conte classique.

On pense parfois à Tim Burton ou au SEIGNEUR DES ANNEAUX pour les côtés romanesques et mélancoliques. MALÉFIQUE peut tout de même se voir en famille, en évitant peut-être d’exposer les trop jeunes.

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. niolynes dit :

    Eh bien tu ne seras pas le seul à laisser des commentaires positifs sur Maléfique et Ne te retourne pas mais tu seras l’un de ceux qui m’aura le plus donné envie. De Marina de Van je connaissais déjà le très dérangeant Dans ma peau qui combinait fantastique avec drame (et certaines séquences « physiques » qui donnaient une sensation de malaise incroyable) et là j’ai vraiment envie de voir ce nouveau film. C’est du cinéma taillé pour moi ça et c’est de plus en plus ce que je recherche, ces films qui sortent des sentiers battus. 😉

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    1. Merci Nio 😉
      J’avais entendu parler du 1er film de Marine de Van, en bien d’ailleurs malgré un côté « physique » éprouvant à ce qu’il paraît… NE TE RETOURNE PAS m’a accroché et les « effets de transition » sont bien amenés, perturbants tout en étant plausibles. L’histoire reste assez classique mais prenante…
      Quant à MALÉFIQUE, c’est une bonne surprise. Difficile de revoir le classique Disney de la même manière après ça !
      Je te recommande LE DERNIER DE LA LISTE. C’est une curiosité vintage et ludique mais ça vaut le détour !

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  2. potzina dit :

    NE TE RETOURNE PAS, je ne l’ai pas vu parce que je n’aime pas du tout les deux actrices. Le sujet m’intéresse mais je fais une fixette sur les deux nanas 😉
    MALÉFIQUE a l’air pas mal du tout, ça peut être sympa. Je le verrai peut-être un de ces jours.
    Celui qui me branche le plus, c’est LE DERNIER DE LA LISTE même si tu dis qu’il a pris quelques rides. Celui-là, il faudra que je me le dégote en DVD 😀

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    1. Dommage pour ta fixette, NE TE RETOURNE PAS pourrait te plaire je pense…
      MALÉFIQUE m’a agréablement surpris. Pas fan d’Angelina Jolie mais elle est parfaite dans le rôle. Ça vaut le détour !
      LE DERNIER DE LA LISTE est une belle curiosité. Tu peux le trouver en dvd pour pas trop cher :
      http://www.amazon.fr/Le-dernier-liste-Bernard-Archard/dp/B000REGJRM

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      1. potzina dit :

        Effectivement, ça n’est pas cher. Merci pour le lien mon huggy !

        Aimé par 1 personne

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