Livre : LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL de Sébastien Japrisot

Le hasard fait parfois bien les choses. Le caprices des moteurs de recherche aussi ! Vous voyez très probablement de quoi je veux parler : vous faîtes une recherche sur le net pour trouver un resto, un hôtel, une destination, des infos diverses… et vous vous retrouvez avec tout autre chose pour résultat !

51DTdoXNAfL._SX305_BO1,204,203,200_Il y a quelques semaines, en cherchant des indications sur un itinéraire, je tombe par hasard sur la bande-annonce d’une nouvelle adaptation du roman LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL de Sébastien Japrisot, et prochain film de Joann Sfar (LE CHAT DU RABIN, GAINSBOURG VIE HÉROÏQUE…). De quoi me rappeler un très bon souvenir de lecture et quelques images de la première version ciné, signée Anatole Litvak (ANASTASIA, LA NUIT DES GÉNÉRAUX…).

Si vous êtes cinéphile / cinéphage, le nom de Japrisot doit vous dire quelque chose. Petite piqûre de rappel pour tous. De son vrai nom Jean-Baptiste Rossi, Sébastien Japrisot est devenu célèbre pour ses nombreux récits adaptés au cinéma, et pour ses scénarios originaux. Il écrit son 1er roman, LES MAL-PARTIS, à l’âge de 17 ans. Mais la trame – une passion amoureuse entre un adolescent et une jeune nonne – est jugée trop sulfureuse, peine à trouver un éditeur et se voit mal accueillie par la critique et le public français du début des années 50. 25 ans plus tard, il adaptera et réalisera lui-même cette première œuvre pour le cinéma. Ça n’est qu’en 1962 avec son 1er roman policier, COMPARTIMENTS TUEURS, que Japrisot connaît le succès. Le livre devient le 1er film de Costa-Gavras 2 ans plus tard et le romancier entame alors une longue « liaison » avec l’univers cinématographique.

Plusieurs de ses écrits deviennent des films à succès comme L’ÉTÉ MEURTRIER ou UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES. Et on lui doit les scénarios de ADIEU L’AMI, LE PASSAGER DE LA PLUIE ou bien encore LA COURSE DU LIÈVRE À TRAVERS LES CHAMPS.

Derrière ces titres pour le moins intrigants se cachent souvent des histoires policières et des personnages complexes et attachants. À lire Sébastien Japrisot, son sens inné et captivant du récit, cette façon désarmante de présenter ses personnages comme autant d’anti-héros touchants et imparfaits, on voit comme une évidence les liens étroits qu’il a entretenu avec le 7ème art.

LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL ne déroge pas à la règle. La dame en question se nomme Dany Longo. Grande, belle mais complexée par sa myopie, sa vie solitaire et monotone d’assistante dans une agence publicitaire la pousse régulièrement à mentir. En plein été, alors qu’elle a déposé son patron à l’aéroport, un coup de tête l’amène à prendre les chemins de traverse. Direction la mer qu’elle n’a jamais vu, à bord d’une superbe décapotable américaine ! Ce moment de douce folie va l’entraîner dans un périple cauchemardesque…

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Samantha Eggar, interprète de Dany dans le film de 1970.

LA DAME DANS L’AUTO… commence ainsi :
“ Je n’ai jamais vu la mer. Le sol carrelé de noir et de blanc ondule comme l’eau à quelques centimètres de mes yeux. J’ai mal à en mourir. Je ne suis pas morte. Quand on s’est jeté sur moi – je ne suis pas folle, quelqu’un, quelque chose s’est jeté sur moi – j’ai pensé : je n’ai jamais vu la mer. Depuis des heures, j’avais peur. Peur d’être arrêtée, peur de tout. Je m’étais fabriqué un tas d’excuses idiotes et c’est la plus idiote qui m’a traversé l’esprit : ne me faîtes pas de mal, je ne suis pas vraiment mauvaise, je voulais voir la mer.(…)”

075111.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDémarrant par un flash-back puis segmenté en 4 parties, nommée chacune d’un des éléments du titre (la dame, l’auto…), le roman de Japrisot accroche dès les premiers mots. Dany est victime d’une inexplicable agression, sans motifs apparents, alors qu’elle s’est arrêtée dans une station service, quelque part sur la route vers le midi.

Sa mémoire l’entraîne 24 heures plus tôt. On suit dès lors le périple qui l’a amené à « prendre la fuite », ses souvenirs d’un passé morose, sa rencontre avec Anita, ex-collègue de bureau et future femme de son employeur…

Puis vient le premier incident étrange. La vieille tenancière d’un troquet l’interpelle et prétend l’avoir déjà vu le matin. Dany aurait même oublié une veste chez elle ! N’y prêtant pas vraiment attention, la jeune femme rencontre bientôt d’autres personnes affirmant l’avoir déjà croisé alors qu’elle ne les connaît pas. Se sentant déjà coupable d’avoir fauté avec sa ballade imprévue, Dany commence à douter de sa raison…

Sébastien Japrisot prend le temps d’installer son récit. Ses mots sont justes, les descriptions ou situations dépeintes brièvement alternant avec les pensées et envolées nostalgiques de son héroïne. Difficile de ne pas s’attacher rapidement à Dany, de ne pas se retrouver dans ses errances. Petit à petit, la réalité qui se dérègle autour d’elle nous inquiète jusqu’au dénouement final.

Court (un peu plus de 300 pages) et passionnant roman, LA DAME DANS L’AUTO… est bien plus qu’un simple polar. Cette fuite en avant devient une véritable route vers l’inconnu et l’irrationnel. L’attachement que l’on ressent pour Dany n’empêche pas la méfiance, même si l’on devine bientôt le fin mot de l’histoire. Quant à la résolution de l’intrigue, elle nous amène à revoir certains éléments du roman sous un tout autre angle…

LA DAME DANS L’AUTO… est une redécouverte. J’avais adoré le roman lors d’une première lecture, il y a quelques années. Et j’y ai replongé avec autant de plaisir. Le film d’Anatole Litvak reste un peu flou dans ma mémoire. Je me souviens bien sûr de la belle Samantha Eggar, de la BO signé Michel Legrand, de la voix de Petula Clark interprétant la chanson « On the Road » et de l’atmosphère très 70’s du film. Mais cette première adaptation a été très peu diffusé en 45 ans et semble avoir été quelque peu oublié (aucune info sur le tournage). N’hésitez pas à partager vos propres souvenirs et impressions du film, s’il vous en reste. Tout au plus peut-on souhaiter une réédition vidéo ou une rediffusion à l’occasion du film de Joann Sfar…

Captivant de bout en bout, je vous recommande vivement cet excellent roman de Sébastien Japrisot. En attendant peut-être de voir la nouvelle adaptation en salles.

À lire sur ce blog la chronique du film de Joann Sfar

BONUS

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Voilà qui donne sacrément envie ! Je l’ajoute à mon pense-bête, merci Huggy 😀

    Aimé par 1 personne

    1. De rien Dame Potzi ! Le roman devrait te plaire, j’en suis persuadé 😉

      J'aime

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