Séance de rattrapage : ROOM 237

Le sujet

ROOM 237 est un documentaire se penchant sur le SHINING de Stanley Kubrick. Plusieurs adeptes du film y présentent leurs interprétations en voix off, agrémentées d’images de l’œuvre de Kubrick, ou de visuels divers, afin d’illustrer leurs propos. Chacun tente de démontrer, détails à l’appui, sa propre vision de SHINING, de l’extermination des Indiens d’Amérique aux symboles mythologiques en passant par une évocation de la Shoah…

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We all want to believe

Sorti en 2012, ROOM 237 a fait parler de lui presque autant que le film qu’il tente d’analyser. Depuis 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, probablement le plus fascinant et obscur film du cinéaste, l’œuvre de Stanley Kubrick, réputé pour son perfectionnisme voire sa maniaquerie, est sujet à de nombreuses théories. L’homme lui-même, secret et insaisissable, traîne encore, 16 ans après sa disparition, une réputation de démiurge, de génie despotique et autoritaire, d’artiste extrême dans ses exigences. Sorti il y a 35 ans, sa version de SHINING, d’après le roman de Stephen King, n’a pas reçu un accueil critique très favorable avant d’être reconnue comme l’un des films d’horreur les plus réussis du cinéma.

SHINNING est devenu un film incontournable, fascinant les amateurs d’épouvante comme les non-initiés. Manipulant notre perception et nos peurs sans avoir recours à un déluge d’effets gores mais par le biais d’images chocs, dérangeantes et inquiétantes, le film est depuis sujet à toutes les interprétations… les plus farfelues !

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J’avais entendu parler de ROOM 237 sans avoir pu le voir à sa sortie. La vision de ce documentaire m’a retourné, procuré de gros éclats de rire et fait écarquiller les yeux plus d’une fois ! Filmé au cordeau comme toujours chez Kubrick, SHINING comporte de nombreux choix esthétiques et graphiques pouvant prêter à de multiples questions. Mais je dois reconnaître que l’acharnement obsessionnel de certains fans à vouloir démontrer par A plus B que l’œuvre de Kubrick est semé de clés à messages m’a laissé perplexe.

ROOM 237 n’est pas à proprement parler un making-of de SHINING. C’est un film sur l’obsession, la croyance, le culte du complot et la folie plus ou moins douce des fans acharnés. Le documentaire de Rodney Ascher donne la parole à une poignée d’accrocs, ayant trituré le film de Kubrick dans tous les sens, le revoyant en boucle, pour en obtenir des réponses à leurs propres angoisses, questions et visions personnelles.

Certes, le début de SHINING fait référence à un cimetière indien sur lequel l’hôtel Overlook a été bâti. Mais faut-il y voir pour autant une œuvre évoquant la responsabilité de l’Homme sur les massacres et génocides de l’Histoire parce qu’une boîte de Calumet est plusieurs fois aperçu au cours du film ? Que penser de cette intervenante de ROOM 237 qui voit, dans une affiche illustrée d’un skieur, en arrière-plan d’un décor, la représentation du Minotaure de la mythologie grecque qui serait lui-même incarné par le personnage de Jack Nicholson !?

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En suivant ROOM 237, je pensais à cette affiche dans le bureau de l’agent Mulder, dans X-FILES. Nous voulons tous croire. En des lendemains qui chantent. En Dieu ou au dollar. Aux extra-terrestres ou à l’au-delà. Aux messages démoniaques cachés dans un disque lorsqu’on le diffuse à l’envers sur une bonne vieille platine. Au fait que l’Homme n’aurait jamais marché sur la Lune. Aux codes et autres indices qu’auraient laissé Stanley Kubrick dans SHINING.

Les croyances ne tiennent pas forcément en des faits avérés mais aux preuves de leurs évidences. Preuves que l’on se persuade d’avoir trouvé au détour d’une photo, d’un son ou d’une phrase. Ainsi, un élément du décor qui disparaît ou apparaît dans l’enchaînement des plans devient un signe indéniable… alors qu’il peut très bien s’agir d’un mauvais raccord !

Un faux raccord chez Kubrick ? C’est vrai, cela paraît peu probable tant le réalisateur était un obsédé du détail. Mais pourquoi pas après tout ? Rien ne dit que l’auteur de 2001, Dr FOLAMOUR ou FULL METAL JACKET souhaitait jouer à ce point avec le public. Pourquoi dès lors s’obstiner à interpréter telle façon de filmer ou de composer chaque plan comme la preuve indéniable d’un message caché ?

Quand l’une des « expertes » s’évertue à ne pas accepter la « présence étrange » de la fenêtre du bureau du directeur de l’hôtel, trop parfaite pour être honnête avec « ces arbres menaçants » (2/3 branchages qui flottent au vent… pas de quoi flipper !!), un autre aperçoit la moustache d’Hitler entre deux plans, lors d’un fondu enchaîné !!

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Le plus inquiétant ne provient pas du film de Stanley Kubrick mais de l’aspect irrationnel et obsessionnel des intervenants. Certains paraissent plus raisonnés, évoquant des craintes et idées fixes liées à leurs propres vécus, quand d’autres s’avèrent réellement… allumés ! Je pense à celui qui, au cours de son discours, s’interrompt pour aller faire taire son fils qui braille derrière lui. Ou cet autre qui parsème ses affirmations de petits rires nerveux, tout en reconnaissant « s’être laissé enfermé dans le film » !? De là à en déduire que certains devraient consulter…

Ces personnes ne donnent pourtant pas l’impression de s’être échapper d’un asile. Leurs analyses, bien qu’exagérées, s’appuient parfois sur des réflexions construites. Dans un montage hypnotique où les images s’enchaînent dans un ballet visuel et sonore fascinant, je me suis pris moi-même à me poser des questions. J’ai toujours été d’accord pour ne pas trop prendre comme argent comptant ce que l’on me présentait comme la réalité. Pas de remises en question de tout ce qui m’entoure ou de tout ce que l’on me dit. Mais ce qui me semble être une liberté de penser et de philosopher.

Cette liberté peut devenir une prison. Une cage qui consiste à s’enfermer dans sa propre vérité, ses propres croyances, sans jamais chercher à comprendre les choses autrement. Au final, je ne sais pas vraiment ce qu’a voulu démontrer Rodney Ascher. Doit-on prendre les affirmations énoncées dans son documentaire comme des faits troublants ou faut-il y voir un regard mêlant fascination et second degrés ? Je vous laisse juger par vous-même…

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Une dernière pour la route. Dans la série culte TWIN PEAKS, certains mordus ont vu dans l’image d’un protagoniste mangeant frénétiquement des flocons d’avoine, lors d’une séquence, un message codé laissé par son auteur David Lynch. Interrogé sur le sujet, Lynch, au meilleur de son flegme, a simplement répondu avoir placé cette image… parce qu’il avait mangé des céréales lors d’un précédent repas et qu’il avait trouvé ça bon ! Là où il est actuellement, Stanley Kubrick doit bien rire dans sa barbe.

ROOM 237 (2012) de Rodney Ascher.
Avec les interventions en voix-off de Bill Blakemore, Geoffrey Cocks, Juli Kearns, John Fell Ryan, Jay Weidner…
Musique : Jonathan Snipes / The Caretaker.

Crédits photos : © Warner Bros / Tim Kirk / IFC Midnight.

Cliquez ici pour accéder au site du documentaire.

Bande-annonce :

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Quand le film est sorti, je n’avais pas eu envie de le voir parce que je n’avais pas envie d’une analyse de texte d’un de mes films préférés. Ce que j’aime chez Kubrick, c’est qu’il laisse les spectateurs réfléchir et se faire leur propre opinion. Il n’y a pas d’explications claires et certains de ces films peuvent être lus de plusieurs manières. Donc je m’étais dit que ce docu n’était pas pour moi. Mais après t’avoir lu, je me dis que je devrais le voir ne serait-ce que pour me marrer un peu. J’ai dans l’idée que j’aurais du mal à garder mon sérieux 😀 Déjà quand on me dit que Eyes Wide Shut est plein de références franc-maçonniques, ça me fait doucement rire mais si dans Shining il y a le Minotaure et des Indiens, je pense que je vais me claquer un abdo 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Ah oui Potzi, je crois que tu vas te payer quelques fous-rires et quelques WTF !! Certains vont très loin. Il y a même cette fameuse théorie sur Kubrick tournant en studio les images des premiers hommes sur la Lune ! Pour preuves : la fusée Apollo sur le pull de Danny et le nombre 237 comme… 237 000 miles entre la Terre et la Lune 🙂

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      1. potzina dit :

        Bon, je suis définitivement convaincue : il faut que je voie ce film ! Les mauvais jours arrivent, je vais me le garder pour un dimanche pluvieux et morose 😀

        Aimé par 1 personne

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