5 raisons de revoir PÉRIL EN LA DEMEURE

On m’a déjà reproché, par le biais de ce blog et lors de discussions, de ne pas apprécier et défendre le cinéma français. Si si si ! L’éternelle et stupide guéguerre entre films de notre riante patrie et films ricains, pour placer le plus large des décors… C’est assez réducteur et, avant de revenir sur la question dans une autre chronique, laissez-moi juste vous répondre que je n’ai pas de préférence en fonction du pays d’origine d’un long-métrage. Je n’aime que les bons films.

À propos de bons films, je vous propose 5 bonnes raisons pour voir ou revoir PÉRIL EN LA DEMEURE de Michel Deville, petit bijou bien de chez nous. Et toc !

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POUR SON INTRIGUE

Prenez un peu de thriller psychologique, d’érotisme, d’humour décalé et poétique, de références picturales et d’originalité dans les répliques. Vous obtenez l’un des plus précieux et curieux film français des années 80. L’intrigue de PÉRIL EN LA DEMEURE suit un jeune et candide musicien, David Aurphet (Christophe Malavoy). Vivant chichement, il est engagé par Julia et Graham Tombsthay (Nicole Garcia et Michel Piccoli) pour donner des leçons de guitare à leur fille Viviane (Anaïs Jeanneret). D’étranges individus évoluent autour du couple, comme Edwige Ledieu (Anémone), la voisine trop curieuse, ou Daniel Forest (Richard Bohringer), un tueur à gages désenchanté. Rapidement, Julia séduit David et devient sa maîtresse. Mais quelqu’un a filmé leurs ébats…

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Pas difficile de saisir le double sens du titre, résumant à lui seul le récit du film. Il y a « péril en la demeure » pour David Aurphet (aux enfers ?) dès le moment où il entre chez les Thombsthay, envouté par la manipulatrice Julia, troublé par la belle et (pas si) innocente Viviane, charmé par l’étonnante Edwige, désorienté face à l’étrange Daniel. Michel Deville dirige un surprenant jeu de Cluedo, trouble et stylisé à l’extrême où, à l’image de ce tableau du film représentant un enfant au seuil de la porte ouverte d’une grande maison, on s’identifie sans peine à l’innocent David.

POUR SA GRANDE SENSUALITÉ

Je me souviens du dialogue inepte de 2 élèves de ma classe de seconde, à la sortie du film. « J’ai vu un film de cul hier » disait goguenard l’un d’entre eux, en parlant de PÉRIL EN LA DEMEURE. Bêtise d’un ado boutonneux en plein excès de sebum… Non, le film de Michel Deville n’est pas un film de cul. Il y en a, c’est sûr. Mais on est très loin d’un film érotique d’une chaîne de la TNT ou d’un porno hardcore.

En 1985, la campagne d’affichage avait joué la carte de la provocation putassière à l’aide d’un visuel certes esthétique mais présentant Christophe Malavoy et Nicole Garcia en pleine action sur un fauteuil. Pas de quoi non plus crier au scandale mais de quoi exciter de jeunes pré-pubères et de pervers pépéres en manque de sensations fortes !

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PÉRIL EN LA DEMEURE n’est pas à proprement parler un film érotique mais un film avec de l’érotisme. Un film d’une grande sensualité, pour être plus précis. La présence de corps dénudés n’a rien à voir avec un quelconque voyeurisme malsain. Elle s’apparente plutôt au travail d’un peintre sur la composition et la lumière d’un cadre. L’acte sexuel prend des allures de chorégraphie, proche d’un tango enfiévré. Et le trouble provoqué par le film ne vient pas uniquement des scènes érotiques mais du piquant des dialogues, du jeu des acteurs et du plaisir ludique crée par Michel Deville.

POUR SON CÔTÉ LUDIQUE

PÉRIL EN LA DEMEURE est proche d’un jeu qui s’installe entre le film et les spectateurs. Michel deville joue avec les répliques, comme il joue avec les ellipses lors de l’enchaînement des scènes.

Lorsqu’un personnage en appelle un autre au téléphone, ce dernier lui répond en lui tendant la main dans l’immédiate scène suivante. On passe d’un plan serré sur un jouet d’enfant, représentant une voiture miniature, pour suivre rapidement sur un plan identique le véhicule, bien réel cette fois et garé au coin d’une rue.

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On reconnaît rapidement la patte du cinéaste dans cette extrême stylisation du quotidien. Son film a tout du ballet où dialogue, interprétation, musique et mise-en-scène ne font qu’un, comme les mots liés de la comptine « Marabout, boutd’ficelle ». Une esthétique ludique et fascinante, loin des prises de conscience et autres pensums ennuyeux…

POUR MICHEL DEVILLE

Michel Deville possède une place à part dans le cinéma français. Souvent étiquetés « intellos » voire « maniérés », ses films sont moins elitistes qu’il n’y paraît. Souvent apprécié du public, son cinéma à la fois élégant, léger, poétique et décalé, semble réconcilier les films d’auteur et le simple plaisir gourmand/gourmet d’une sortie ciné. Bien sûr, on ne va pas voir le dernier Deville comme le dernier blockbuster Marvel ou une comédie tout public. Mais le cinéaste parvient régulièrement à transmettre son amour de l’art au plus grand nombre.

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PÉRIL EN LA DEMEUR reste mon Deville préféré. Mais si je devais en choisir d’autres, il y en aurait plusieurs dans ma liste : EAUX PROFONDES, thriller vénéneux tiré de Patricia Highsmith; L’OURS ET LA POUPÉE, vaudeville 60’s écrit par Nina Companeez; LA LECTRICE, véritable ode au plaisir de la lecture avec une pétillante Miou-Miou; LE MOUTON ENRAGÉ et sa critique féroce de notre monde basé sur la ompétition; L’APPRENTI SALAUD, comédie douce-amère sur l’escroquerie pratiquée comme un sport d’élégance; LE PALTOQUET où les errances de la pensée prennent une tournure théâtrale, portée par un incroyable casting…

Jamais là où l’attend, toujours en recherche d’audace et d’innovation, le cinéma de Michel Deville s’avère l’un des plus brillants et irremplaçables de ces 50 dernières années.

POUR SES CHOIX DE MUSIQUE CLASSIQUE

La musique de PÉRIL EN LA DEMEURE contribue grandement à la sensualité du film. Constitué de titres classiques empruntés à Bach, Schubert ou Granados, ces choix ne sont jamais gratuits. Comme si l’évidence était de mise entre l’image et le son, entre les mélodies et la mise en scène.

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Scénario oblige, les arrangements de plusieurs morceaux sont dus au guitariste Pascal Bolbach. À la sortie du film en 85, un album vinyle fut rapidement accessible dans les bacs. À ce jour pourtant, aucune version CD ou numérique n’est disponible. Problème de droits, peut-être…

Il est impossible à l’heure actuelle d’acquérir la BO de PÉRIL EN LA DEMEURE. Mais pas impensable de créer sa propre play-list ! Ce lien vous permettra de découvrir quelques titres illustrant le film.


PÉRIL EN LA DEMEURE (1985) de Michel Deville.
Avec Nicole Garcia, Christophe Malavoy, Michel Piccoli, Anémone, Richard Bohringer, Anaïs Jeanneret…
Scénario : Michel Deville et Rosalinde Damamme d’après le roman « Sur La Terre comme au Ciel » de René Belletto.
Musique : extraits de Brahms, Granados et Shubert.

Crédits photos : © Gaumont / Éléfilm / TF1 Films Productions.

BANDE-ANNONCE

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Je ne l’ai jamais vu et ton billet me donne envie de palier cette lacune 🙂 Le casting est génial et j’avais aimé Le Mouton Enragé et La Maladie de Sachs de Deville donc j’ai bien envie de me laisser tenter.

    Et pour en revenir à ce que tu dis en début d’article, je te rejoins pleinement : je n’aime pas les films en fonction de leur nationalité mais en fonction de leur qualité. On n’est pas obligé d’être bêtement chauvin ni, a contrario, de soupirer parce que c’est du cinéma français. Je me demande si c’est comme ça dans tous les pays ou s’il n’y a qu’en France qu’il y a de telles querelles de clocher ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Lady Potzi 😉
      Oui, c’est assez pénible et dans les deux sens. Il y a de bons et de mauvais films français et américains. Mais on a tendance à vite cataloguer un film en fonction de sa nationalité et non de sa qualité… J’avais envie depuis longtemps de parler de PÉRIL EN LA DEMEURE que j’aime beaucoup (et qui j’en suis sûr devrait te plaire) et c’est vrai que quelques échanges récents, avec des blogueurs mais aussi en dehors du web avec des amis et des proches, m’ont donné envie d’aborder le sujet de cette querelle de clocher, comme tu l’as si bien nommé. J’en ferai une chronique bientôt, sans prise de tête 😉
      Sinon, pour en revenir à PÉRIL EN LA DEMEURE, je te le recommande chaudement. Il ne passe que très rarement à la télé mais il est dispo en DVD dans une collection dédiée à Michel Deville, cinéaste que j’apprécie beaucoup moi aussi.

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