5 road-movies à (re)découvrir

Tailler la zone. Partir à l’aventure. Prendre la route toute la sainte journée, par besoin, envie ou nécessité. L’aventure humaine a connu de belles heures en prenant pour cadre le “road trip”. Que ce soit par le biais d’un roman culte, d’une chanson éternelle ou d’un film devenu un classique. À l’invitation de Potzina et de son indétronable Ciné-Club, je vous propose un voyage à travers une petite sélection non exhaustive de 5 road-movies parmi mes préférés. Attacher vos ceintures. Là où on va, on a besoin d’une route…

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POINT LIMITE ZÉRO (1971) de Richard C. Sarafian

Au début des années 70 aux États-Unis, Kowalski (Barry Newman), un ex flic et pilote de stock car devenu convoyeur de voitures, fait un pari insensé : rejoindre Denver à San Francisco – soit une distance de plus de 1250 Miles – en à peine 15 heures. À bord d’une Dodge Challenger blanche, et soutenu par le DJ radio Super Soul (Cleavon Little), Kowalski prend la route avec la Police aux trousses…

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Quand il s’agit d’évoquer un road-movie “rebelle”, emblématique de cette époque charnière que constitue la fin des années 60 et le début des années 70, on pense en priorité à EASY RIDER. Pour ma part – et ça n’engage que moi – j’ai une nette préférence pour POINT LIMITE ZÉRO, VANISHING POINT en VO. Soit, dans sa traduction littérale, le “point de fuite” évoquant un moment indistinct où tout devient flou, bien plus évocateur.

Présenté comme un grand flashback revenant sur les 2 derniers jours avant le début du film, POINT LIMITE ZÉRO n’est pas un road movie comme tant d’autres en vogue dans les années 70. Il ne s’agit nullement d’une comédie mais d’un constat amer et désespéré d’une Amérique meurtrie dans ses idéaux. En plein bourbier au Vietnam et quelques années avant le scandale du Watergate, le film nous présente, comme dans un néo-western, un cavalier solitaire, revenu de tout et dont la fuite en avant, au mépris des lois et du danger, est une dernière chevauchée vers l’ultime liberté.

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Accompagné d’une belle BO, véritable play-list de l’époque justifiée par le personnage du DJ aveugle Super Soul, POINT LIMITE ZÉRO fait souffler un vent de liberté propre au road trip. Parsemé de moments marquants, comme la fille nue à moto, et d’impressionnantes courses poursuites automobiles, le film est le plus connu du cinéaste Richard C. Sarafian, réalisateur du CONVOI SAUVAGE avec Richard Harris et John Huston, et du méconnu MEURTRE POUR UN HOMME SEUL avec Sean Connery.

Véritable réflexion humaniste derrière le récit d’aventures, POINT LIMITE ZÉRO reste encore l’un des meilleurs road-movie que le cinéma américain ait produit.

Crédits photos : © 20th Century Fox


SUGARLAND EXPRESS (1974) de Steven Spielberg

Son mari Clovis (William Atherton) en prison et son fils placé en famille d’accueil, Lou Jean Poplin (Goldie Hawn) décide de reprendre sa vie en mains. Après l’évasion de Clovis, les deux jeunes gens prennent un officier de Police en otage et s’enfuient à bord de son véhicule pour aller récupérer leur enfant. Poursuivi par les forces de l’ordre, ils vont devenir les héros des médias et de la population…

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J’ai longtemps gardé 2 croyances à propos de SUGARLAND EXPRESS. Comme beaucoup de monde, j’ai cru pendant un moment que DUEL représentait le 1er film de Steven Spielberg alors qu’il s’agissait avant tout d’un téléfilm, excellent au demeurant, mais allongé pour être exploité en salles en Europe. L’autre certitude concernait le genre auquel appartenait SUGARLAND EXPRESS : avec Goldie Hawn au casting, ce film ne pouvait être qu’une comédie.

Première véritable incursion cinématographique de Spielberg au cinéma, SUGARLAND EXPRESS n’est pas une simple comédie, saupoudrée de road-trip, à la COURS APRÈS MOI SHÉRIF. Inspiré d’une véritable histoire survenue en 1969, l’aventure de ce jeune couple attachant et sans repères prend les directions combinées du film contestataire et du drame en vogue dans cette période de remise en cause traversée alors par les États-Unis.

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Comme le Kowalski de POINT LIMITE ZÉRO, les époux Poplin sont des héros malgré eux, gentils vauriens en marge des lois et des conventions mais certainement pas de dangereux malfaiteurs. À la différence ici que leur envie de liberté se justifie par le besoin compréhensible de reconstruire leur vie de famille. Cette façon d’aller droit devant au mépris des lois leur vaudra le soutien du public, même si le bout du chemin paraît incertain…

Échec public à sa sortie, lié probablement à sa part sombre quoique réaliste, SUGARLAND EXPRESS exprimait déjà, chez Spielberg, cette envie de nous parler de gens “ordinaires” faisant front à l’impensable. Il n’est pas encore question de gros requin blanc ni d’ovnis lumineux. Mais cette notion d’une famille décomposée, sujet douloureux dans la vie privée du tout jeune Steven, reviendra très souvent dans sa filmographie.

Crédits photos : © Universal Pictures


THELMA ET LOUISE (1991) de Ridley Scott

Thelma (Geena Davis), une jeune femme mariée à un macho stupide, et sa meilleure amie Louise (Susan Sarandon), serveuse dans un snack, partent en excursion le temps d’un week-end. Un soir, leur balade tourne au drame dans un bar où elle se sont arrêtées. Attaquée sur le parking, Thelma est sauvée in extremis par Louise, armée d’un revolver. Mais après avoir tué l’agresseur, les deux femmes prennent la fuite…

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Devenu un film culte et emblématique, THELMA ET LOUISE ne faillit pourtant jamais voir le jour. Sa scénariste, Callie Khouri, souhaitait créer 2 véritables rôles féminins forts pour son prochain script. Sans verser dans les clichés du film d’action alors en vogue à la fin des années 80, elle voulait écrire un scénario où ses héroïnes n’étaient pas de faibles femmes passives, attendant que le héros tout en muscles viennent les sortir d’une périlleuse situation.

Construisant son récit à partir de la dernière scène du film, devenue pour elle une image obsédante, Callie Khouri fit le tour des studios et des cinéastes, tous effrayés par le sujet. C’est finalement son producteur, le réalisateur Ridley Scott, qui prit en mains la mise en scène du film. Un choix pas si surprenant quand on repense au personnage de Ripley du cultissime ALIEN

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Après avoir un temps envisagé Michelle Pfeiffer et Jodie Foster dans les rôles titres, la production engagent Susan Sarandon et Geena Davis pour incarner respectivement Louise et Thelma. DIfficile d’imaginer aujourd’hui d’autres actrices tant ces deux-là se sont investies dans leurs rôles ! Accompagnées des excellents Harvey Keitel et Michael Madsen, Davis et Sarandon sont devenues, avec THELMA ET LOUISE, les nouvelles icônes du road-movie et d’un cinéma à la fois divertissant et engagé, mêlant comédie et drame.

Succès à sa sortie, le film de Ridley Scott n’a pourtant pas empêché une polémique autour de l’esprit “vengeur extrême” ressenti par certains spectateurs à sa vision. Au-delà de ces futiles débats, THELMA ET LOUISE reste un superbe film, simple et puissant dans son propos, inoubliable comme un titre de Marianne Faithfull.

Crédits photos : © MGM


UNE HISTOIRE VRAIE (1999) de David Lynch

Alvin Straight (Richard Farnsworth), un vieil homme, apprend que son frère Lyle (Harry Dean Stanton) a eu une attaque. Les deux hommes sont brouillés depuis 10 ans, à la suite d’une dispute. Mais Alvin, bouleversé, décide de revoir son frère. N’ayant pour tout véhicule qu’une vieille tondeuse à gazon, il s’engage bientôt pour un long périple de plus de 500 km, multipliant les rencontres insolites…

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UNE HISTOIRE VRAIE aurait pu s’appeler UNE HISTOIRE À LA FOIS SIMPLE ET PEU BANALE puisque le récit du film est effectivement inspiré d’une véritable histoire, à la fois linéaire dans le fond (une quasi ligne droite, d’un point A à un point B) et originale dans la forme (un road-trip à 10 km/h sur une tondeuse).

L’histoire du film est du même calibre. Avec ce scénario tout en simplicité et épure, on a du mal à imaginer qu’il s’agit là d’un film de David Lynch, plus habitué aux cauchemars tordus et intrigues inquiétantes. Au risque de perdre en route ses fans hardcore, Lynch s’éloigne des univers malsains de BLUE VELVET, TWIN PEAKS et LOST HIGHWAY pour s’apaiser et revenir à une trame émouvante et claire. Le tout produit en partie par… Disney ! De quoi surprendre un peu plus les habitués du cinéaste.

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La surprise passée, UNE HISTOIRE VRAIE reste un vrai beau film de cinéma, faisant la part belle aux gros plan et aux immenses décors naturels. Loin d’une commande comme on pourrait l’imaginer, le film prouve que David Lynch est aussi un grand conteur d’histoire et qu’un retour à la simplicité lui est très bénéfique. Servi par la poignante interprétation de Richard Farnsworth, et les grands acteurs que sont Harry Dean Stanton et Sissy Spacek, Lynch nous parle avec le cœur. Et nous touche.

Les rencontres originales faîtes par Alvin – le groupe de cyclistes, la femme “faucheuse” de cerfs…- évoquent bien évidemment le David Lynch connu de tous. Difficile malgré tout de chasser le naturel… UNE HISTOIRE VRAIE (ou A STRAIGHT STORY, jeu de mots à double sens en VO) est au final une émouvante et nostalgique balade au rythme lent mais à l’émotion immense.

Crédits photos : © Bac Films


LITTLE MISS SUNSHINE (2006) de Jonathan Dayton et Valerie Faris

La famille Hoover est l’exemple type de la famille destructurée. Coach en motivation, le père Richard (Greg Kinnear) ne parvient pas à percer professionnellement parlant. Son père Edwin (Alan Arkin) s’est fait virer de la maison de retraite pour trafic de stupéfiants. Sa femme Sheryl (Toni Collette) voit débarquer son frère Franck (Steve Carell), un universitaire homosexuel et dépressif, alors que son fils aîné Dwayne (Paul Dano) a fait vœu de silence et que la petite dernière Olive (Abigail Breslin) est sélectionnée pour un concours de beauté pour enfants. Embarquant dans un vieux Combi jaune, les Hoover accompagne Olive dans un long périple qui va les rapprocher…

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LITTLE MISS SUNSHINE est l’exemple parfait pour contredire cette expression lapidaire en parlant de cinéma : “c’est très américain comme film”. Point de héros l’arme en pogne, ni de résidences à Beverly Hills dans ce premier film du couple de cinéastes Dayton/Faris mais des bras-cassés du quotidien, prouvant que les liens du cœur sont bien plus forts que les liens du sang.

Si l’on peut juste reconnaître que le film affiche une brochette de personnages types et déjà vus dans la famille des losers attachants, un simple regard sur nos propres vies nous fait comprendre que la réalité dépasse souvent la fiction. LITTLE MISS SUNSHINE semble nous dire que l’existence est un cadeau empoisonné, ou rien ne se déroule comme on le voudrait, mais qu’il faut parfois compter sur les autres pour mieux s’en sortir.

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La route et le confinement du Combi vont agir comme une thérapie de groupe pour la famille Hoover, incapable de se supporter les uns les autres mais découvrant au détour d’un voyage vers l’absurdité du monde moderne – belle critique de ces pitoyables concours pour petites filles véritables “chiens savants” – que leurs différences et leurs faiblesses doivent les unir contre la cruauté du quotidien.

Véritable hymne à la tolérance et peinture au vitriole de notre société moderne, LITTLE MISS SUNSHINE passe du rire aux larmes, de la cruauté à la grâce pour mieux nous surprendre et nous embarquer dans la galère des Hoover. Magnifiquement interprété par des acteurs investis et en totale liberté, le film fut un succès critique et commerciale mérité, preuve s’il le fallait qu’un budget limité n’empêche pas la réussite. Du moment que la sincérité du projet est de mise…

Crédits photos : ©Fox Searchlight Pictures / 20th Century Fox


Cet article fait partie du Ciné-Club de Potzina d’Avril 2016

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Clap ! Clap ! Clap ! Bravo et merci pour ce beau billet mon Huggy 🙂 Je les ai tous vu suf Vanishing Pont dont je ne connaissais même pas le titre 😮 (la honte !). J’ai bien envie de rattraper mon retard !

    Sugarland Express est un excellent film découvert sur le tard pour ma part (il doit y avoir 5/6 ans que je l’ai vu pour la première fois). J’ai été agréablement surprise par le film qui n’a effectivement pas bonne réputation. L’histoire est palpitante et les comédies excellents. Et la fin m’a fait chialer comme un bébé !

    Thelma & Louise, c’est un classique pour moi. Je l’ai vu plusieurs fois et je l’aime encore plus en prenant de l’âge (une identification aux personnages sans doute plus évidente maintenant qu’à 15 ans). Là c’est pareil, les boules à la fin 😦

    Une histoire vraie, c’est presque un film choquant venant de Lynch ! 😉 Punaise, quand je l’ai vu, je n’arrêtais pas d’attendre qu’il se passe un truc bizarre, que le récit parte en sucette comme d’ahb’ et rien. Au final j’en suis ressortie bouleversée. Quel film magnifique !

    Little Miss Sunshine est un film que j’adOOOre ! Un petit budget, des acteurs qui ne font pas la Une de la presse people mais qui sont bourrés de talent, une histoire simple mais belle et une famille qu’on voudrait faire nôtre. Un vrai petit bijou 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Grand merci Dame Potzi 😉
      Moi aussi j’adore tous ces films ! Le choix n’a pas été facile car le road-movie / road-trip est un genre cinématographique idéal, si évident avec le 7ème art qu’il semble avoir été inventé pour lui. Tiens j’aurais pu parler de la récente adaptation du SUR LA ROUTE de Kerouac, d’INTO THE WILD de Sean Penn et de WILD avec Reese Witherspoon, de LA GRANDE COURSE AUTOUR DU MONDE ou même de MAD MAX 2 ! Sinon, je te recommande chaudement VANISHING POINT. Son côté vintage / contestataire / 70’s devrait te plaire 🙂

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