Pour une poignée de films… #22

Au sommaire de cette nouvelle poignée de films : de la science-fiction 80’s et tout public, de la comédie policière stylisée et de l’anticipation psychologique et minimaliste,


EXPLORERS (1985) de JOE DANTE

Dans les années 80 aux Etats-Unis, le jeune Ben (Ethan Hawke) fait d’étranges rêves ayant l’apparence de circuits électroniques. Avec ses amis Wolfgang (River Phœnix) et Darren (Jason Presson), il réalise qu’il est contacté par des extra-terrestres pour construire un champ de force capable d’envoyer un vaisseau dans l’espace… 

Un an après le succès planétaire des GREMLINS, Joe Dante a le champ libre pour réaliser ce qu’il veut. Un temps courtisé par la Warner pour le projet d’adaptation BATMAN (finalement réalisé en 89 par Tim Burton), Dante se tourne vers un scénario d’Eric Luke qui lui tient à cœur. Le cinéaste se retrouve dans le personnage de Ben, enfant solitaire et accro aux vieux films de SF et rêvant de voyages spatiaux.

Mais EXPLORERS va connaître des problèmes de production et le film sortira en salles sans que son cinéaste ait pu l’achever comme il le souhaitait. Diffusé à la même période que d’autres films comme LES GOONIES, jouant sur la carte du spectacle famillial cher au producteur Steven Spielberg, EXPLORERS ne sera pas un succès mais connaîtra avec le temps la reconnaissance d’un filme culte.

Ce qui surprend en revoyant le film de Joe Dante, c’est son mélange de merveilleux et de désenchantement. Touché par la grâce et le talent de ses jeunes acteurs – dont le regretté River Phœnix et Ethan Hawke 4 ans avant LE CERCLE DES POÈTES DISPARUS – et par la beauté et la simplicité de ses effets spéciaux (le vaisseau, fait de poubelle et de hublot de machines à laver, mérite un proder / maquette digne de ce nom…), le film ne s’adresse pas qu’aux enfants.

EXPLORERS a en effet tout du conte tout public, avec sa haute teneur en fantastique portée par la bande originale de Jerry Goldsmith. Mais bien plus profond qu’il n’y paraît, le film évoque les rêves qui nous permettent de supporter une réalité douloureuse, sordide et amère. La rencontre des enfants avec le couple d’E.T. sera au finale une déception pour le trio de jeunes explorateurs. Face à des aliens « ados attardés » et fugueurs, abrutis par les images télés que leur envoie la Terre, ils sortiront déçus de leur étrange aventure mais plus soudés qu’avant…  Au final, EXPLORERS est une curiosité qui, bien qu’un peu datée, mérite qu’on y revienne et qu’on la (re)découvre.


L’AFFAIRE CHELSEA DEARDON (1986) D’IVAN REITMAN

Dans les années 80 à New York, Chelsea Deardon (Daryl Hannah), une jeune artiste, fille d’un célèbre peintre des années 60, est accusée de vol de tableaux. Son avocate Laura Kelly (Debra Winger) et l’assistant du procureur Tom Logan (Robert Redford) enquêtent pour prouver son innocence… 

Après le triomphe planétaire de GHOSTBUSTERS / SOS FANTÔMES en 1984, le cinéaste Ivan Reitman n’avait qu’à claquer des doigts pour diriger le film qu’il voulait. Contre toutes attentes, il va mettre en scène une comédie policière contemporaine, teintée de romance, et se déroulant dans les milieux méconnus et haut de gamme de l’art contemporain et des galeries chics. Mais sa soudaine notoriété va lui permettre de sélectionner un casting royal.

Autour de Robert Redford, sa tête d’affiche, il va réunir les actrices du moment que sont la brune Debra Winger (TENDRES PASSIONS, OFFICIER ET GENTLEMAN) et la blonde Daryl Hannah (BLADE RUNNER, SPLASH), soutenus tous les 3 par une distribution de seconds rôles de qualité : Brian Dennehy (SILVERADO, COCOON), Terence Stamp (THÉORÈME, SUPERMAN, WALL STREET) ou Steven Hill (L’ŒIL DU TÉMOIN, YENTL).

Dans ce mélange de comédie, de romance et d’enquête policière dans le milieu fermé et complexe de l’art, Redford dévoile une belle propension à la comédie. Au delà du charisme naturel de l’acteur, son personnage de juriste hors-pair, maladroit lorsqu’il n’est pas dans une cour d’assises et adepte des claquettes nocturnes en cas d’insomnie, lui permet d’évoluer dans une œuvre simple et stylisé, loin des plaines africaines d’OUT OF AFRICA ou des thrillers politiques tels LES HOMMES DU PRÉSIDENT ou LES 3 JOURS DU CONDOR. Comme une récréation pour se détacher de l’icône inaccessible auquel le public et les médias s’étaient progressivement habitués.

À ses côtés, la séduisante Debra Winger en femme de tête effrontée et la sculpturale Daryl Hannah en artiste étrange et attirante font de ce trio de choc et de charme l’atout essentiel du film. L’AFFAIRE CHELSEA DEARDON dépasse son encrage dans les années 80 par un délicieux cocktail de joutes verbales et de mixage savamment dosé entre film de procès, marivaudage et thriller sophistiqué. Et offre au final un brillant divertissement, léger comme les bulles d’un champagne bien frappé.


EX MACHINA (2015) de Alex Garland

Caleb (Domhnall Gleeson), jeune programmeur travaillant pour l’une des plus importantes sociétés informatiques mondiales, gagne un concours lui offrant l’occasion de rencontrer son patron Nathan (Oscar Isaac). Mégalomane cynique et arrogant, ce dernier vit retranché dans une propriété luxueuse digne d’une forteresse, perdue dans les montagnes. Sur place, Nathan apprend à Caleb le véritable but de sa venue : tester une androïde dotée d’une intelligence artificielle et nommée Ava (Alicia Vikander)… 

Les rapports ambigus, faits de fascination et de répulsion, entre l’Homme et la Machine ont donné lieu à certains des plus beaux films de science-fiction de ces dernières années comme BLADE RUNNER, A.I. ou GHOST IN THE SHELL. Plus modestement, EX MACHINA disserte du même sujet de manière esthétique et oppressante.

Huis-clos anxiogène, à la fois étouffant et lumineux, le film d’Alex Garland aborde le sujet de l’Intelligence Artificielle par le biais du thriller psychologique. Face à une androïde, tour à tour innocente, séductrice et manipulatrice (Alicia Vikander, parfaite), c’est d’une remise en question de la personnalité, de l’existence et de la liberté dont nous parle EX MACHINA.

Avec son récit prenant, sa belle photographie et ses effets spéciaux subtils et réussis, EX MACHINA offre une nouvelle variation du triangle amoureux derrière son ambiance fantastique. Le film n’évite pas les longueurs, rehaussées malgré tout par quelques scènes chocs, troublantes et dérangeantes. Dans son rôle de « créateur-despote » détestable et trop sûr de lui, Oscar Isaac n’évite pas une certaine surenchère à côté d’un Domhnall Gleeson effacé et sobre, comme le veut le rôle candide de Caleb.

Dans sa façon d’aborder l’éternelle question des liens étroits et complexes entre le créateur et sa création, EX MACHINA n’apporte aucune nouvelles réponses. Mais il offre une intrigue fascinante, glaçante et soignée, débarrassée des contraintes commerciales chic et toc liées aux blockbusters des grands studios hollywoodiens.

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