5 raisons de revoir MILOU EN MAI

On évoque souvent Louis Malle à travers ses premiers classiques comme ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD, LE FEU FOLLET ou  pour ses derniers films comme AU REVOIR LES ENFANTS. Mais il en est un qui me tient à cœur et qui mérite que l’on s’y attarde. Voilà déjà 5 bonnes raisons de revoir MILOU EN MAI.

Pour son récit tendre et ironique

Tous comptes faits, peu de films évoquent cette période d’agitation que fut Mai 68. Souvent présenté comme un moment décisif dans l’histoire de France, la « révolution étudiante » française, si elle illustra un certain état d’esprit général et inquiéta bon nombre de français à l’époque, semble bien surfaite avec le temps.

Réalisé par Louis Malle en 1989, MILOU EN MAI revient sur cette période d’agitation avec ce regard tendre et ironique que permet le recul des années passées. En plein mois de mai 1968, à la campagne, loin de l’agitation parisienne du moment, le film nous montre comment les membres d’une famille, réunis à la suite du décès de la grand-mère, vont céder à la folie douce traversée par le pays et être poussés par le vent réactionnaire de l’époque.

Loin de l’agitation parisienne mais touchés par les échos remontés jusqu’à eux, les différents protagonistes réunis dans la grande propriété familiale autour de Milou (Michel Piccoli), l’un des fils de la défunte, vont révéler leur personnalité propre. S’imaginant vivre les derniers moments de leur « monde » avant le chaos, chacun va mettre à jour ses faiblesses et autres travers.

Mêlant la petite histoire à la grande, Louis Malle se moque de la France de l’époque face aux bouleversements sociaux et moraux de la fin des années 60. Mais dans le même temps, il raille les liens familiaux confrontés au deuil. Ses personnages s’y révèlent tous – ou presque – bien cruels et égoïstes, finissant par oublier le but premier de leurs retrouvailles. La réussite du cinéaste est d’éviter le drame pour s’orienter vers la fantaisie, alliant avec finesse la comédie et la mélancolie.

Pour Michel Piccoli

Lorsqu’il tourne MILOU EN MAI en 89, Michel Piccoli n’en n’est pas à son premier rôle. Mais avec ce personnage rêveur et touchant, il trouve certainement le rôle le plus lumineux de son impressionnante carrière. Milou est un grand enfant, un sexagénaire qui vit encore avec sa mère et n’a d’autres ambitions dans la vie que de rester proche de la nature, dans cette grande propriété à la campagne, et perpétuer une certaine tradition familiale.

Le début du film le voit enfourcher son vélo au son de la cloche qui signale le déjeuner « pour ne pas faire attendre maman ». Milou a gardé l’esprit étonné et tendre d’un enfant. Loin d’être un idiot, il a refusé pour une raison que Louis Malle n’explique pas le conformisme des adultes, préférant une vie simple faîtes de petits plaisirs quotidiens.

Face aux petites bassesses des autres membres de la famille, Milou apparaît vite comme le personnage le plus attachant et le plus sage de cette petite communauté confrontée à la tourmente des évènements. Piccoli lui apporte tout son talent et son charisme. Plus habitué à des rôles dramatiques et sombres (BELLE DE JOUR, LES CHOSES DE LA VIE, 7 MORTS SUR ORDONNANCE…), il démontre avec MILOU EN MAI qu’il sait aussi être tendre et solaire.

Pour le casting du film

Autour de Michel Piccoli, Louis Mallee a réunis une brillante distribution. Miou-Miou, à 100 lieues de son image habituelle, incarne une petite bourgeoise des plus désagréables, plus soucieuse de son héritage que d’avoir perdu un être cher. Fille du personnage de Milou, elle est devenue tout ce que son père exècre. Michel Duchaussoy, dans le rôle du frère de Milou, joue quant à lui un journaliste plus obnubilé par l’information brûlante du moment que par la disparition de sa propre mère.

MILOU EN MAI donne aussi l’occasion de voir certains acteurs à leurs débuts, comme François Berléand dans le rôle du notaire veule et amant du personnage de Miou-Miou. L’actrice Dominique Blanc incarne ici l’une des petites filles de la défunte, profitant de la période trouble de mai 68 pour afficher son homosexualité au grand jour. Valérie Lemercier joue également dans le film, interprétant la voisine châtelaine de Milou…

Enfin, le film est aussi l’occasion de savourer le talent de Bruno Carette, l’un des membres des Nuls. Révélé par les émissions de Canal +, avec ses complices Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia, Bruno Carette avait déjà enchaîné plusieurs seconds rôles marquands au cinéma avant de disparaître brutalement. Son personnage de routier lubrique, aux répliques devenus cultes, fut son dernier rôle et s’avère l’un des protagonistes les plus mémorables du film.

Pour la musique de Stéphane Grappelli

Disparu il y a 20 ans cette année, le violoniste Stéphane Grappelli s’est fait connaître à partir des années 30 pour sa collaboration avec le célèbre guitariste Django Reinhardt. Ensemble, les deux musiciens vont populariser un « swing » que l’on nommera « jazz manouche » pour ses accents gitans. Également pianiste, Grappelli reste encore aujourd’hui l’un des plus grands violonistes de XXème siècle.

Curieusement, Stéphane Grappelli ne participera qu’à 2 bandes originales de films au cours de sa carrière : en 1974 pour LES VALSEUSES de Bertrand Blier, puis avec ce MILOU EN MAI de Louis Malle.

Avec une création virevoltante, à la fois légère et teintée d’ironie, le musicien a créé une parfaite illustration sonore du récit de Jean-Claude Carrière et Louis Malle. Loin de l’image triste et douloureuse qu’évoque trop souvent les compositions au violon, Grappelli a saisi les intentions des auteurs et donne au film une touche lumineuse supplémentaire.

 

Pour son apparente légèreté

La grande réussite de MILOU EN MAI est d’évoquer des moments graves de l’existence, placés dans un contexte historique marquant, avec une apparente légèreté. Malgré son sujet et son contexte, le film de Louis Malle reste une comédie douce-amère souriante et lumineuse, soutenue par une musique pétillante et un décor champêtre attrayant.

Louis Malle a préféré le sourire aux larmes pour nous évoquer ces moments graves et douloureux que sont le deuil, la perte d’un être cher et, en toile de fond, une période sociale « mouvementée » de l’histoire de France.

Avec décontraction et sensibilité, MILOU EN MAI donne des envies d’école buissonnière et de campagne ensoleillée. L’apparente légèreté du film n’empêche pas l’émotion, comme ce dernier plan qui voit Milou / Piccoli danser avec le fantôme de sa mère. Une ultime pirouette touchante comme pour mieux souligner l’élégance du personnage principal et la fragilité de l’existence.


EnregistrerEnregistrerMILOU EN MAI (1989) de Louis Malle
Avec Michel Piccoli, Miou-Miou, Michel Duchaussoy, Dominique Blanc, Paulette Dubost, François Berléand, Bruno Carette, Valérie Lemercier…

Scénario : Jean-Claude Carrière et Louis Malle. Musique : Stéphane Grappelli et des extraits de Mozart et Debussy.

Crédits photos : © Nouvelles Éditions de Films / TF1 Films Production


BONUS

En bonus, la bande originale du film à écouter en cliquant ce lien.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Publicités

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. roijoyeux dit :

    Un très bel article, ma préférence va vers les films classiques du cinéma américain, mais j’aime aussi beaucoup ce genre de cinéma français comme « Le grand chemin », léger en apparence mais très émouvant et plus profond qu’il n’y parait

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi ! Sans dénigrer LE GRAND CHEMIN, MILOU EN MAI est peut-être plus subtile et moins « grand public ». Comme toi, j’ai une préférence pour le bon cinéma américain. Mais ça ne m’empêche pas d’aimer les bons films français, entre autres. Celui-ci en est un, français en apparence mais plus fin dans son approche 😉

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s