Western : les immanquables #1

Il n’y a pas de demi-mesures. On aime ou pas le Western au cinéma. Mais prétendre que tous les Westerns se ressemblent, s’adressent en priorité à un public masculin un rien bourrin et sont des films d’un autre âge relève de l’erreur élitiste et monumentale.

Non, le Western n’est pas mort. Né avec le cinéma, voilà plus de 50 ans qu’on l’annonce fini, obsolète et dépassé. Et chaque année – ou presque – un petit bijou du genre déboule sur les écrans au grand galop, histoire de nous prouver le contraire.

Enfilez vos tiags, dégainez vos colts: voici la 1ère partie d’une liste non exhaustive de films parmi ceux que je considère comme des immanquables du Western, devenus des indispensables du cinéma.

Comme toute liste qui se respecte, il a fallu pour celle-ci faire un tri et mes choix ne plairont peut-être pas à tous. Mais l’idée est ici de vous proposer des œuvres marquantes qui ont dépassé le cadre du western pour devenir des films inoubliables, au delà des genres.

À voir absolument avant de finir six pieds sous terre ou au bout d’une corde de potence.


LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS (1952) dE FRED ZINNEMANN

Plus qu’un western, le film de Fred Zinnemann est un bijou de cinéma, novateur à plus d’un titre. Filmé pratiquement en temps réel – HIGH NOON (midi pile), son titre en VO, évoque l’importance du temps dans le récit – ce suspense met en vedette Gary Cooper dans le rôle de Will Kane, le shérif de Hadleyville, une petite bourgade de l’Ouest. Alors qu’il vient juste de se marier avec une jeune Quaker (Grace Kelly dans son 1er rôle au cinéma), renonçant également à son statut d’homme de loi confronté à la violence, Frank Miller, un dangereux hors-la-loi que Kane avait arrêté des années plus tôt, vient d’être libéré.

Rejoint par plusieurs complices (dont Lee Van Cleef pour qui c’était également la 1ère apparition à l’écran), Miller a juré de se venger de Kane et se dirige vers Hadleyville. Forcé de reprendre son étoile de shérif, Will Kane se retrouve seul face à la couardise des villageois et à leur rejet du fait de sa nouvelle appartenance à l’ordre Quaker…

Réalisé en plein maccarthysme, LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS est une transposition à peine déguisée de cette époque de lâcheté et de délations traversée par Hollywood en ce début des années 50. Cette dénonciation de la bassesse humaine était voulue par son scénariste Carl Foreman (LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ, LES CANONS DE NAVARONE…), lui-même victime du maccarthysme et placé sur la liste noire de Hollywood.

Porté par un impérial Gary Cooper, dont ce fut l’un des plus célèbres rôles, le film dépasse le cadre du western pour devenir un thriller dramatique porteur d’un message humaniste. La chanson titre du film – le célèbre « Si toi aussi tu m’abandonnes » en VF – devint un hit et reste encore l’une des balades les plus célèbres du cinéma Hollywoodien.


LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT (THE SEARCHERS – 1956) de john ford

Impossible d’évoquer le Western au Cinéma sans citer au moins une fois les noms de John Ford et John Wayne. Le cinéaste et l’acteur, tous deux irlandais d’origine, ont marqué l’histoire du 7ème art avec des œuvres inoubliables comme LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE, RIO GRANDE ou LA CHARGE HÉROÏQUE. Tiré d’un classique de la littérature américaine signé Alan le May – auteur entre autres de THE UNFORGIVEN qui donna à l’écran LE VENT DE LA PLAINE de John Huston – LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT est aujourd’hui considéré comme le chef d’œuvre de Ford et probablement comme l’un des plus beaux films du cinéma américain.

Le film montre le retour, 3 ans après la Guerre de Sécession, d’un soldat confédéré, Ethan Edwards (John Wayne), auprès de son frère qui occupe un ranch avec sa famille. Mais à la suite d’une attaque de Comanches, la famille d’Edwards est massacrée et ses deux nièces enlevées par les Indiens. Aidé de son jeune neveu adoptif Martin (Jeffrey Hunter), Ethan va traquer durant de longues années les kidnappeurs. Le drame et cette longue quête vont en faire un être aigri et sombre, déjà meurtri par les horreurs de la Guerre. Jusqu’au jour où l’une des nièces, Debbie (Natalie Wood), est retrouvée…

Lumineux par ses décors et sombre par son récit, LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT offrit à John Wayne son plus beau rôle, loin des stéréotypes que nombre de westerns véhiculaient encore à l’époque. La ligne consistant à se faire affronter les « bons » cow-boys contre les « mauvais » indiens n’est pas aussi nette et le personnage de Wayne est loin du héros valeureux. C’est un homme dévasté par la violence du monde, dont la brutalité n’est pas excusable malgré les drames vécus. John Wayne lui apporte une humanité bouleversante et en fait un colosse d’argile, un héros fatigué dont la dernière image, cette silhouette chancelante qui se découpe face au désert, reste l’une des plus marquantes de l’histoire du western.


LES 7 MERCENAIRES (1960) de john sturges

À l’origine de ce grand classique indémodable, il y a un autre classique… venant du cinéma japonais ! LES 7 MERCENAIRES est une transposition des 7 SAMOURAÏS d’Akira Kurosawa dans l’univers du western. Dans le film de John Sturges, les guerriers du Soleil Levant sont devenus des pistoleros en manque d’action et de dollars, attirés pour la plupart par l’appât du gain ou le besoin de quitter le territoire américain.

Lorsqu’un groupe de paysans mexicains, dont le village est sous la coupe d’un truand et de sa bande, leur demandent de l’aide, ces 7 as de la gâchette et du couteau vont former un groupe hétéroclite et improvisé de défenseurs, anti-héros incorruptibles touchés par la situation des villageois.

Porté par l’excellente bande originale signé Elmer Bernstein, LES 7 MERCENAIRES s’est imposé comme l’un des derniers fleurons du western « classique » à une époque où le genre ne fait plus vraiment recette au cinéma, relayé (remplacé ?) par de nombreuses séries tv à succès comme RAWHIDE, LE VIRGINIEN, GUNSMOKE ou AU NOM DE LA LOI d’où provenait Steve McQueen.

Magnifié par la mise-en-scène de Sturges, alternant les scènes amples et intimistes, le film fut aussi un véritable tremplin pour la majorité de ses acteurs, tous issus ou presque de la télévision. Le tournage engendra d’ailleurs une véritable poussée de testostérone entre Yul Brynner, initiateur et producteur du projet, et ses partenaires, les amenant à prolonger leurs personnages en dehors des scènes ! Adapté pour une série tv dans les années 90 puis réactualisé dans un récent remake avec Denzel Washington, LES 7 MERCENAIRES demeure encore aujourd’hui un superbe western et un grand film de cinéma.


LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND (1966) DE SERGIO LEONE

Les années 60 vont voir l’intêret pour le Western diminuer puis rebondir d’une façon inattendue. Le nouvel élan viendra d’Europe, d’Italie pour être précis, avec une série de films dont les plus marquant seront réalisés par Sergio Leone, un metteur en scène issu du peplum. Le succès mondial de ce que l’on nommera dès lors des « westerns spaghettis » relancera l’engouement du public pour les grands espaces et les gunfights.

Après POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS en 1964 et POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS en 1965, Leone souhaite enchaîner avec un film plus ambitieux qui l’imposera définitivement comme le père spirituel – à défaut d’en être le véritable instigateur – du western spaghettis. Il poursuit sa collaboration avec les américains Clint Eastwood et Lee Van Cleef et y ajoute Elli Wallach, déjà vu entre autres dans LES 7 MERCENAIRES. Les deux premiers ont vu leurs carrières respectives redémarrer grâce au succès inespéré de ces films à petits budgets et le 3ème compte bien sur ce nouvel opus pour rebondir lui aussi.

L’histoire de ces 3 mercenaires en quête d’une cargaison d’or durant la Guerre de Sécession prendra une ampleur et un souffle que n’offraient pas encore les 2 premiers volets, avec en toile de fond l’Histoire avec un grand « H ». Ces westerns formeront ce que l’on nommera plus tard « la trilogie du dollar » ou « trilogie de l’homme sans nom », référence au personnage d’Eastwood présent dans les 3 films.

Bien que l’on évoque plus souvent IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST comme le western-spaghettis ultime de Sergio Leone, LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND reste à mes yeux le plus réussi, de par son humour noir, ses dialogues et ses scènes cultes (« Le monde se divise en deux catégories… »), ainsi que l’alchimie entre les 3 anti-héros du récit. Leone rentre définitivement dans la cour des grands cinéastes, imposant sa griffe et les détails indispensables du genre (le cache-poussière, les longs plans-séquences, la BO d’Ennio Morricone…).


LITTLE BIG MAN (1970) de Arthur Penn

À la croisée des années 60 et 70, Hollywood entre dans une nouvelle ère – le fameux « Nouvel Hollywood » inspiré par la Nouvelle Vague Française – et un vent de contestation souffle sur le cinéma américain. Englués dans la Guerre du Vietnam, les États-Unis ne sont plus le pays du rêve où tout est possible et le « western à la papa » en prend pour son grade.

Véritable pamphlet anti-militariste, mélange de récit picaresque inspiré du CANDIDE de Voltaire, de comédie, de drame et de western bien sûr, LITTLE BIG MAN évoque les coulisses de la Conquête de l’Ouest, ses tragédies, sa sauvagerie et ses monstres de vanité et de bêtise avec, par exemple, le portrait peu reluisant d’un Général Custer loin de l’image d’Épinal longtemps véhiculé.

Très loin des personnages flamboyants du Far West, tels qu’ils ont été présentés depuis les origines du genre au cinéma, Dustin Hoffman est un Jack Crabb tout à la fois chanceux et malchanceux, véritable anti-héros de cette évocation sans fard d’une époque trop souvent idéalisée. Déchiré entre ses origines blanches et son éducation indienne, il va traverser cette période décisive et violente dans l’Histoire de l’Amérique. À plus de 120 ans, devenu une véritable encyclopédie vivante, il évoquera ses souvenirs auprès d’un historien, rétablissant la vérité sur des moments cruciaux de la conquête de l’Ouest…

Tour à tour drôle et poignant, LITTLE BIG MAN fut l’un des premiers westerns à la tonalité plus réaliste, comme SOLDAT BLEU de Ralph Nelson, en cette période contestataire et anti-vietnam des années 70. Il fut également le début d’une prise de conscience pro-indienne, n’hésitant pas à inverser les rôles pour donner le statut de héros aux Indiens.


Fin de la première partie. À suivre…

Photo de couverture : La Prisonnière du Désert (The Searchers) de John Ford (1956).

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