Revoir PREDATOR

En réalisant avec une stupeur non feinte que le PREDATOR de John McTiernan avait fêté ses 30 ans en 2017, je tombais 2 fois à la renverse. La première pour la simple raison que ces 30 dernières années ont filé sans que je ne m’en aperçoive. La seconde… parce que j’ai purement et simplement oublié de chroniquer cet anniversaire sur le blog !

Vieux motard que jamais, je vous propose un regard en arrière sur un film devenu culte, mêlant aventures, survival et fantastique, introduction à l’une des créatures les plus étranges et fascinantes de la science-fiction contemporaine au cinéma : j’ai nommé le PREDATOR, alien à tronche de crabe et à la coupe rasta, alliant la ruse du caméléon et la force de frappe d’un régiment de marines sévèrement burnés.

Retour sur le film qui révéla l’un des grands réalisateurs américains du film d’action, John McTiernan, « McTi » pour les amis, et demeure une pièce maîtresse dans la carrière de Big Schwarzy.


ROCKY CONTRE LES ALIENS

Une légende raconte que le personnage de ROCKY, le boxeur qui rendit célèbre Sylvester Stallone, serait à l’origine du récit de PREDATOR ! En 1985, après le 4ème volet où le boxeur affrontait un Russe (Dolph Lundgren), une plaisanterie circulait à Hollywood sur le prochain adversaire de Balboa. Il ne restait plus à Rocky qu’à affronter un extra-terrestre après tout !

Jim et John Thomas, 2 frères scénaristes, prennent cette blague au sérieux et, surfant sur cette époque bénie des films d’action et des héros aux gros bras, développent un scénario nommé, dans un premier temps, HUNTER.

Les deux frangins proposent leur script au producteur Joel Silver (PIÈGE DE CRISTAL, L’ARME FATALE…) qui vient de financer COMMANDO avec Arnold Schwarzenegger. Silver est emballé et engage le réalisateur John McTiernan, dont c’est la toute première grosse production hollywoodienne après son premier film NOMADS, un échec commercial remarqué pour ses qualités artistiques par la critique.

SCHWARZY CONTRE JCVD

Révélé par les succès de CONAN LE BARBARE  et TERMINATOR, Arnold Schwarzenegger est engagé pour tenir le rôle principal, celui d’un chef commando, Dutch Schaefer, engagé avec ses hommes pour retrouver et libérer des otages dans la fôret amazonienne

Mais à leur arrivée sur le lieu de leur mission, ces hommes surentraînés découvrent un adversaire étrange et insaisissable venu d’un autre monde, équipé d’armes high tech et capable de se fondre dans le décor tel un caméléon. L’alien les prend vite en chasse, les éliminant avec une habileté et une cruauté redoutables…

À l’origine, ce « Predator » devait être incarné par Jean-Claude Van Damme, « the muscles from Brussels », encore peu connu à l’époque. Mais l’as du coup de pied latéral en pleine poire provoqua rapidement la colère de l’équipe de tournage. Agacé par la première apparence peu réussie et l’inconfort du costume de l’alien – et probablement véxé de ne pas avoir plus de scènes en vedette dès le début du film – JCVD fut vite remercié et remplacé par le géant Kevin Peter Hall, réputé pour ses multiples personnages de monstres du fait de ses 2,19m !

LA FÔRET L’A EMPORTÉ SOUS SON BRAS !

Le tournage de PREDATOR se déroula en grande partie au Mexique, dans la fôret de Puerto Vallarta, et aux studios de la 20th Fox pour le reste de la production. Mauvaise surprise en arrivant sur les lieux choisis lors des repérages : la saison a profondément modifié la végétation et le chef décorateur doit «réhabillé » la flore existante à grands renforts de plantes rapportées de l’extérieur !

Après le renvoi de Van Damme et l’arrivée de Kevin Peter Hall pour « incarner » la chose d’un autre monde, l’apparence du monstre demeurait un problème. Si le scénario prévoyait déjà de ne faire apparaître le Predator qu’en dernière partie du film, son aspect nécessitait d’être tout à la fois crédible et marquant.

Stan Winston, grand spécialiste du bestiaire fantastique hollywoodien (TERMINATOR, JURASSIC PARK…) fut engagé pour concevoir le nouveau design du Predator. Si on lui doit l’aspect final de la bête, c’est sûr les conseils avisés de son ami James Cameron que des mandibules furent ajoutées à la bouche du personnage.

CASTING OU COMMANDO

Autour d’Arnold Schwarzenegger s’est mis en place un véritable commando en guise de casting.

Le plus connu du groupe est Carl Weathers, ex champion de football américain passé à la télé et au cinéma au milieu des années 70. Son personnage d’Apollo Creed dans la saga ROCKY demeure son rôle le plus célèbre. Il a tenu également un petit rôle de soldat militaire dans RENCONTRES DU 3ème TYPE de Steven Spielberg en 1977. L’échec critique et commercial du film ACTION JACKSON en 1988 mit un frein à sa carrière.

L’actrice mexicaine Elpidia Carrillo incarne le seul personnage féminin du film. On a pu la voir auparavant dans UNDER FIRE de Roger Spottiswoode ou SALVADOR d’Oliver Stone. L’acteur et cinéaste Bill Duke est un abonné aux personnages troubles en raison de son visage inquiétant. On a pu le voir dans bons nombres de séries télé, comme STARSKY & HUTCH, et au cinéma dans COMMANDO – déjà aux côtés de Schwarzy – ou dans COMME UN OISEAU SUR LA BRANCHE.

Engagé sur PREDATOR pour incarner le « pisteur » Billy Sole, l’acteur amérindien Sonny Landham trainaît avec lui une telle réputation qu’un garde du corps fut engagé… pour protéger les autres acteurs de ses sautes d’humeur et excès de violence !

Richard Chaves, dans le rôle de Poncho, joua également dans WITNESS de Peter Weir en 1985. Ancien catcheur, Jesse Ventura retrouva Schwarzenegger dans RUNNING MAN avant de s’orienter vers une carrière politique.

Disparu en 1991 des suites d’une transfusion sanguine, Kevin Peter Hall fut un abonné des rôles « bigger than life » du fait de ses 2m19 ! Il a été le Bigfoot dans BIGFOOT ET LES HENDERSONS et a repris le personnage de l’alien mandibulé dans PREDATOR 2. On peut l’apercevoir en pilote d’hélicoptère à la fin de PREDATOR.

Quant à Shane Black, si sa carrière d’acteur n’a pas marqué les mémoires, il fut le scénariste de L’ARME FATALE 1 et 2, du DERNIER SAMARITAIN de Tony Scott, de LAST ACTION HERO ou de AU REVOIR À JAMAIS. On lui doit aussi les réalisations de KISS KISS BANG BANG, IRON MAN 3 et THE NICE GUYS.

L’ENFER DU DEVOIR

PREDATOR va s’imposer comme un film à la réalisation particulièrement difficile, compte tenu des conditions climatiques dans la jungle mexicaine. Avec un tournage finalement démarré en avril 1986, l’équipe technique et les acteurs doivent subir une atmosphère chaude et humide dans la journée pour enchaîner avec de lourdes baisses de température lorsque la nuit arrive.

Cela n’empêche pas les hormones des acteurs de travailler sévèrement, Carl Weathers et les autres profitant de leur temps libre pour faire de la gonflette afin de se mesurer à Schwarzy en terme d’épaisseur de bras et de cuissot ! Les mecs et leur éternel syndrome de « celui qui a la plus grosse »…

Comme la plupart de ses collègue, Arnold Schwarzenegger est touché par la « tourista » et perdra une dizaine de kilos en plus du poids déjà perdu avant le tournage ! John McTiernan subira lui aussi une sévère perte de poids en voulant éviter les plats mexicains qui lui sont contre-indiqués. Mieux qu’un programme « Comme J’aime », un petit tournage au Mexique et fini les kilos en trop !

Kevin Peter Hall souffrira lui aussi dans son costume de Predator. Avec une visibilité limitée à cause de son masque, gêné par un costume lourd à porter, il doit mémoriser son parcours lors de la scène d’affrontement final contre Dutch / Schwarzy afin de ne pas trébucher… tout en subissant les multiples sangsues du lac environnant ! Joie et bonheur…

CLICHÉS, SUCCÈS ET FILM CULTE

En dépit de l’ensemble de la Presse qui fait la fine bouche, PREDATOR sera un succès auprès du public dès sa sortie en salles. Réussite qui se répandra lors de la distribution du film à l’internationale…

Si la réalisation maîtrisée, nerveuse et claire de John McTiernan est pour beaucoup dans la réussite de PREDATOR, je ne peux m’empêcher de trouver au film, en le revoyant comme lors de sa sortie il y a 30 ans, de nombreux clichés qui m’ont toujours fait sourire et frisent par moments la parodie. Les scènes de groupe lors de l’opération commando, au début de l’intrigue, n’évitent pas les « bourrinades » typiques des années 80, à grands renforts de « son of a bitch », bras bodybuildés prêts à exploser sous  le tee-shirt serré et flingues en pogne comme pour mieux exposer ses attributs virils !

Certes, on est pas chez Bresson ou Godard. Et si l’on met de côté ces excès comme le jeu outré de Bill Duke qui pleure son copain sous la lune, PREDATOR reste un film d’action et de SF réussi, doté d’une fin tribale et apocalyptique mémorable, où le personnage interprété par Schwarzenegger doit perdre toute humanité pour retrouver ses instincts primaires les plus sauvages afin de détruire son redoutable ennemi.

La jungle filmée par McTiernan prend alors une tonalité infernale, devenant le terrain d’un affrontement cauchemardesque et sans réel vainqueur. Lorsque Dutch / Schwarzenegger est enfin secouru par l’hélicoptère sensé les récupérer lui et ses hommes, c’est un homme muré dans le silence, meurtri par les pertes et ce combat hors normes.

Loin de l’image Reaganienne triomphante en vigueur à cette époque, PREDATOR nous fait le portrait étonnant d’une Amérique perdue face à l’Inconnu, probablement trop sûre d’elle pour tenir tête à un chasseur habile et démoniaque.

Reste que ce premier film – suivi en 1990 par une suite honnête réalisée par Stephen Hopkins avec Danny Glover, puis par d’autres films oubliables et les deux ALIENS / PREDATORS de sinistre mémoire – demeure le seul et véritable PREDATOR digne de ce nom à l’heure actuelle. En attendant le reboot THE PREDATOR réalisé par Shane Black en personne et dont la sortie est prévue pour cette année 2018…

Œuvre plus subtile qu’il n’y paraît derrière le decorum du film d’action sévèrement burné, ce film culte de John McTiernan a amplement mérité sons statut d’œuvre marquante, véritable modèle tant dans sa mise-en-scène que dans ses choix graphiques et visuels.


PREDATOR (1987) de John McTiernan.
Avec Arnold Schwarzenegger, Carl Weathers, Elpidia Carrillo, Bill Duke, Shane Black, Sonny Landham, Richard Chaves…
Scénario : Jim Thomas et John Thomas. Musique : Alan Silvestri.

Crédits photos : © 20th Century Fox


BANDE-ANNONCE

(À noter que ce teaser trailer utilise la BO de ALIENS composée par James Horner…)


BONUS

Retrouvé en cliquant ce lien un extrait la désormais célèbre
Bande Originale du film composée par Alan Silvestri (RETOUR VERS LE FUTUR, FORREST GUMP, READY PLAYER ONE…)

 

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