SUPERMAN : 40ème ANNIVERSAIRE


Cette année est l’occasion d’un double anniversaire spécial pour le dernier fils de Krypton. Créé par Joe Shuster et Jerry Siegel en 1938, le personnage de Superman fut adapté en 1978 au cinéma pour un long-métrage qui allait marquer les mémoires et l’histoire du Cinéma par ses multiples qualités.

Arrivant en cette fin des années 70, à la même époque que LA GUERRE DES ÉTOILES et les premiers films importants de Steven Spielberg, le SUPERMAN de Richard Donner demeure la première adaptation réussie et crédible – et probablement la meilleure – d’un comic book sur grand écran.

Blockbuster divertissant, sensible, spectaculaire et futé, ne prenant jamais les spectateurs pour des idiots, cette version titanesque d’un des titres phares des éditions DC Comics nous promettait l’impossible : « vous allez croire qu’un homme peut voler ». Elle allait tenir parole.

 

SUPER-HÉROS SOCIAL

Comme je l’avais rapidement évoqué dans un autre article, Superman est, à l’origine, le véritable héros des faibles et des laissers pour compte, bien loin de l’image trop lisse du boy-scout de l’Amérique triomphante.

En cette fin des années 30, au sortir des années de crise économique, le personnage n’hésite pas à combattre les politiciens véreux et autres grands patrons corrompus.

Les débuts de Superman dans le tout premier numéro de Action Comics…

Mais l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale l’entraîne malgré lui vers une orientation très (trop) patriotique. DC Comics et les multiples auteurs qui succèdent à Siegel et Shuster en font un « super soldat », toujours prêt à défendre les valeurs morales des États-Unis. C’est encore – à tort – cette image qui colle au personnage de par le monde aujourd’hui…

Au début des années 40, le succès du comics est soutenu par un feuilleton radiophonique et un superbe dessin animé réalisé par les frères Fleisher (Popeye, Betty Boop…). Plusieurs éléments clés liés au personnage – dont la fameuse kryptonite, pierre verte issue de la planète-mère Krypton de Superman – seront développés à cette époque dans ces différents médias.

Le superbe cartoon des frères Fleisher dans les années 40…

Mais à la fin de la Guerre, Superman connaît une chute de popularité. Un premier serial est d’abord proposé au public dès 1948, avec Kirk Alyn. Mais l’engouement pour la télévision, qui débarque dans les foyers américains au début des années 50, va coincider avec le retour triomphale du super-héros à travers une série tv très populaire aux États-Unis, où Superman est interprété par l’acteur George Reeves (ça ne s’invente pas).

George Reeves et Kirk Alyn, premiers interprètes de Superman à l’écran…

 

SUPER PRODUCTION

En 1974, les producteurs franco-mexicains Ilya Salkind et son père Alexander Salkind, ainsi que le français Pierre Spengler, obtiennent de DC Comics les droits d’adaptation de SUPERMAN au cinéma pour un film qu’ils souhaitent hors-norme et après plus d’un an de tractations avec l’éditeur.

La maison DC veut une version scrupuleusement fidèle au personnage qui a fait leur fortune et leur célébrité. Et plusieurs scénaristes – dont William Goldman (MARATHON MAN) ou Leigh Brackett (LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT, L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE) – sont contactés afin d’écrire le récit du film.

L’affiche du film et son accroche prometteuse…

Mario Puzo, l’écrivain et scénariste du PARRAIN de Francis Ford Coppola, est finalement retenu par Alexander Salkind qui y met le prix. Son scénario est beaucoup trop long et il faut le réécrire. Robert Benton (futur réalisateur de KRAMER CONTRE KRAMER) et David Newman, tous les deux auteurs de la comédie musicale IT’S A BIRD… IT’S A PLANE… IT’S SUPERMAN en 1966, sont alors engagés pour revoir entièrement le script.

Mais le résultat final a pris une direction loufoque et décalée, transformat le film en une parodie forcée où, par exemple, Superman devait croiser Kojack / Telly Savalas en personne au cours d’une séquence improbable !

Richard Donner (tout à gauche) dirige ses acteurs…

Pour la réalisation du film, alors qu’ Ilya  Salkind souhaite Steven Spielberg qui n’est pas disponible, plusieurs cinéastes tels Sam Peckinpah (LA HORDE SAUVAGE), Peter Yates (BULLITT) ou William Friedkin (L’EXORCISTE) sont envisagés. Mais le succès de LA MALÉDICTION oriente les producteurs vers le réalisateur Richard Donner, futur metteur-en-scène des GOONIES et de L’ARME FATALE.

Donner n’apprécie pas la tournure décalée de la dernière version du scénario. Respectueux du personnage, il fait réécrire l’ensemble par Tom Mankiewicz, scénariste entre autres sur plusieurs James Bond, pour aboutir à la version définitive.

Richard Donner et Gene Hackman sur le tournage…

Avec la Warner Bros à la distribution, SUPERMAN va atteindre le budget colossal pour l’époque de 55 millions de dollars. Afin d’amortir cet investissement, il est décidé de tourner 2 films à la suite en disposant du même casting et de la même équipe technique.

 

SUPER CASTING

Pour le rôle de Kal -El / Clark Kent / Superman, DC Comics exige un acteur en vogue à l’époque du tournage : les noms de Robert Redford, Al Pacino, James Brolin, Nick Nolte et James Caan sont alors énvisagés. Mais Richard Donner croit à raison que l’identification ne pourra se faire qu’avec un acteur inconnu.

Christopher Reeve, un jeune comédien issu du théâtre, est engagé. À cette époque, il est encore très mince mais son jeu intense et impliqué au cours des test du casting retient l’attention de Donner et du reste de l’équipe.

On envisage un moment de l’équiper d’un costume spécial pour lui donner une plus forte musculature. Mais Reeve refuse et choisit de suivre un entraînement intensif avec le culturiste David Prowse (devenu entretemps Dark Vador pour LA GUERRE DES ÉTOILES), gagnant une vingtaine de kilos de muscles supplémentaires.

Autour du jeune acteur inconnu, la production décide d’engager une star et une superstar afin « d’équilibrer » le casting et de rendre le film plus « vendeur ». Révélé par l’énorme succès critique et public de FRENCH CONNECTION en 1971 puis vu dans L’AVENTURE DU POSEIDON, L’ÉPOUVANTAIL ou CONVERSATION SECRÈTE, Gene Hackman est retenu pour le rôle de Lex Luthor, ennemi juré de Superman.

Pour le rôle de Jor-El, père Kryptonien de Superman, Marlon Brando (UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR, SUR LES QUAIS, LE PARRAIN…) est sorti de sa pré-retraite. L’icone de l’Actor Studio va obtenir le cachet record de 4 millions de dollars pour une dizaine de minutes à l’écran ! Il refuse d’apprendre son dialogue, prétextant que cela ne peut que nuire à son interprétation. Son texte sera alors placé dans différentes parties du décor lui faisant face… jusque dans les couches de Kal-El bébé !

L’actrice Margot Kidder – vue dans SŒURS DE SANG de Brian De Palma et LA KERMESSE DES AIGLES de George Roy Hill – est choisie pour le rôle de Lois Lane. Le jeune Marc McClure, vu depuis dans RETOUR VERS LE FUTUR, est engagé pour incarner le photographe Jimmy Olsen.

Autour de ce jeune casting, de solides acteurs sont retenus pour les seconds rôles : Susannah York (ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX, LE CRI DU SORCIER…) est Lara-El, Glenn Ford (3H10 POUR YUMA, GILDA…) est Jonathan Kent, Jackie Cooper (LE RETOUR DE FRANK JAMES, COLUMBO…) est Perry White, Terence Stamp (THÉORÈME, THE HIT…) est le Général Zod, Valérie Perrine (ABATTOIR 5, LENNY…) est Ève Teschmacher, Ned Beatty (DÉLIVRANCE, LES HOMMES DU PRÉSIDENT…) est Otis…

 

UN HOMME PEUT-IL VOLER ?

L’équipe du film doit faire face à la principale difficulté du film : faire croire qu’un homme peut voler. Plusieurs solutions sont alors envisagées pour donner la parfaite illusion de Superman volant dans le ciel, sans pouvoir s’appuyer, en cette fin des années 70, sur les images de synthèse.

Pour simuler l’envol de Superman, des mannequins, réalisés sur le modèle de Christopher Reeve et projetés d’un canon à air, furent testés sans résultats probants.

On utilisa alors la technique d’incrustation d’images en filmant les acteurs devant un écran bleu… remplacé par un écran vert, afin de ne pas faire disparaître le costume azur de l’homme d’acier ! Le choix de l’écran vert reste encore une priorité pour de nombreuses productions actuelles.

Un système de câbles « invisibles » et de harnais fut également employé en direct sur le plateau, maintenant Christopher Reeve pour de nombreuses scènes d’envol et d’atterrissage. Enfin, pour les séquences représentant Superman de loin ou impliquant des maquettes, l’équipe des effets spéciaux utilisa des figurines à l’image de Christopher Reeve dans sa tenue de Superman.

Mais de l’aveu même du réalisateur Richard Donner, le mérite revient à Christopher Reeve. Très convainquant lors des séquences de vol grâce à son jeu crédible et impliqué, dans l’intensité de son regard et les postures qu’il improvisa lors du tournage, l’acteur est bien celui qui nous fait croire qu’un homme peut vraiment voler.

 

TOURNAGE MOUVEMENTÉ

Pas de réelle surprise : la production de SUPERMAN fut des plus mouvementée. Étalé sur plus de 18 mois entre 1977 et 1978, le tournage se déroula à New York, au Mexique et au Canada pour les scènes extérieures, et aux studios Pinewood en Angleterre pour les scènes intérieures.

Chef décorateur sur des films comme CLÉOPÂTRE, DE L’OR POUR LES BRAVES ou LA GUERRE DES ÉTOILES, le britannique John Barry (à ne pas confondre avec le célèbre compositeur) réalisa les magnifiques décors de la planète Krypton, de la Forteresse de Solitude et du repaire de Lex Luthor.

Grand directeur de la photographie, Geoffrey Unsworth réalisa un véritable tour de force pour « effacer » les câbles permettant à Christophe Reeve de voler. À la demande de Richard Donner, il adapta la photo du film aux différentes époques traversées par le récit, permettant d’effectuer un voyage dans l’histoire des États-Unis sur près de 40 ans, Unsworth avait également travaillé sur la photographie de 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, DE L’OR POUR LES BRAVES, CABARET ou LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS.

Malgré les talents et implications des acteurs comme de l’équipe technique, les tensions s’accumulèrent entre Richard Donner et les Salkind. Le tournage de deux films était prévu à l’origine. Mais devant la mésentente grandissante entre le cinéaste et les producteurs, il fut décidé de finaliser le premier film en priorité.

Richard Donner fut bientôt écarté du tournage alors que 75% du deuxièm film avait déjà été mis en boîte. Ces problèmes furent inconnus du public durant plusieurs années. Mais une fois révélés, devant la pression des fans, la Warner autorisera Richard Donner en 2006 à monter sa propre version de la suite de SUPERMAN pour une sortie directe en vidéo nommée SUPERMAN II : THE RICHARD DONNER CUT.

Une scène inédite tirée de SUPERMAN II : THE RICHARD DONNER CUT…

 

UNE BANDE ORIGINALE MYTHIQUE

À la base, pour la musique de SUPERMAN, Richard Donner souhaitait engager Jerry Goldsmith avec qui il venait de travailler sur LA MALÉDICTION. Mais Goldsmith n’étant pas disponible, John Williams, le compositeur attitré de Steven Spielberg, à peine sorti du triomphe de LA GUERRE DES ÉTOILES, fut choisi pour la bande originale du film.

Dirigeant l’Orchestre Symphonique de Londres, Williams composa un nouveau chef d’œuvre épique et émouvant, magnifiant chaque scène du film dès l’introduction et le générique, imposant Superman comme le héros hors-norme que le comics avait mis en place depuis 1938.

Le thème principal qu’il va créé pour SUPERMAN fait partie des plus célèbres musiques de films, immédiatement identifiable dès les premières notes. De la même manière, Williams va composer l’un des plus beaux thèmes romantiques de l’histoire du 7ème art pour la séquence de vol entre Lois et Clark / Superman.

Sa partition, alternant des moments galvanisants et spectaculaires avec d’autres plus délicats et sensibles, est d’une ampleur symphonique rarement atteinte en matière de bande originale.

 

UNE ŒUVRE CULTE ET UN FILM PHARE

Avec des recettes atteignant plus de 300 millions de dollars, un Oscar pour les effets visuels et plusieurs Saturn Awards (dont meilleur film de SF, meilleure actrice pour Margot Kidder, meilleurs effets spéciaux et meilleurs décors pour John Barry) en 1979, SUPERMAN est devenu un immense succès public et critique.

Fêtant son 40ème anniversaire cette année 2018, il s’est imposé avec le temps comme une référence en matière de film fantastique et probablement la plus belle adaptation d’un comics à l’écran.

Si certains esprits critiques et grincheux n’y ont vu qu’un film naïf, je répondrais qu’ils se trompent sur toute la ligne : SUPERMAN est une œuvre sincère, qui respecte le public comme peu de blockbusters le font aujourd’hui.

Au risque de passer à nouveau pour un vieux con qui pleure sur le passé, je crois sincèrement que le film de Richard Donner fait partie de ces films d’une certaine époque – et que l’on nommera plus tard des « blockbusters » – qui divertissaient le public, tout en le respectant. Des œuvres qui, sans prendre la tête des spectateurs à grand renfort de réflexions intellectuelles rasoires, ne prenaient pas pour autant les gens pour des idiots et de simples vaches à lait !

SUPERMAN a su dépasser les limites techniques de son époque pour offrir le meilleur du cinéma de divertissement. Belle combinaison d’acteurs impliqués, d’un cinéaste croyant en son projet, d’un compositeur touché par la grâce et de techniciens ingénieux, le film doit aussi sa réussite à son scénario.

Certes, son écriture a été mouvementée. Mais au final, en respectant le personnage et son univers, en le comprenant et en offrant au public un super-héros à la fois invincible et d’une grande humanité, les auteurs du film ont abouti à une œuvre bien plus touchante et profonde qu’il n’y paraît.

Pariant sur la combinaison du film catastrophe et de la romance, de la comédie et du drame, les créateurs de ce SUPERMAN ont réalisé une œuvre phare dans l’histoire du cinéma, marquant l’imaginaire et s’imposant comme un modèle.

Il y a 40 ans, SUPERMAN nous faisait croire qu’un homme pouvait voler. C’est toujours le cas aujourd’hui.


SUPERMAN (1978) de Richard Donner.
Avec Christopher Reeve, Marlon Brando, Gene Hackman, Margot Kidder, Susannah York, Ned Beatty, Valerie Perrine, Terence Stamp, Jackie Cooper, Marc McClure, Glenn Ford…
Scénario : Tom Mankiewicz, Mario Puzo, Robert Benton, David Newman et Leslie Newman, d’après l’œuvre de Jerry Siegel et Joe Shuster.
Musique : John Williams.

Crédits photos : © Warner Bros


BANDE-ANNONCE


BONUS

Cliquez ici pour écouter la bande-originale du film composée par John Williams.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mélina dit :

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    Aimé par 1 personne

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