La saga 007 : de 1962 à 1971

Bond. James Bond. Le nom claque comme un uppercut, simple et terriblement efficace. La légende raconte que Ian Fleming, ex employé des services secrets britanniques durant la seconde Guerre Mondiale, aurait emprunté le nom d’un ornithologue dont un essai sur les oiseaux des îles traînait dans la bibliothèque de Goldeneye, sa propriété à la Jamaïque.

Il est dit également qu’en ce début des années 50, prompt à une mélancolie et un ennui qui ne le quittèrent jamais vraiment jusqu’à sa disparition en 1964, Fleming écrivit les premières aventures de 007, l’agent-secret au service secret de sa majesté et au permis de tuer, en un temps record…

Fleming. Ian Fleming.

Plusieurs autres aventures de Bond suivirent pendant une dizaine d’années. Lorsqu’au début des années 60, 2 producteurs s’associèrent pour adapter au cinéma les romans de Fleming. L’américain Albert « Cubby » Broccoli et l’anglais Harry Saltzman venaient de créer la société de production EON : « Everything Or Nothing » en VO, « Quitte ou Double » dans une traduction française inspirée de l’univers du Casino et des tabes de jeux indissociables des récits de Bond. La suite, c’est de l’Histoire…

Grand fan de la saga 007, je vous propose ici de survoler les 24 films sortis depuis 56 ans de façon concise mais en allant à l’essentiel : pour chaque opus de ce qui représente la plus longue franchise existante à ce jour au cinéma, un rapide résumé du film, le contexte de création, les + et les – du film (on peut être fan, on n’en reste pas moins objectif…).

Pour cette 1ère partie regroupant la période Sean Connery et l’unique opus de George Lazenby, notre voyage dans le temps débute en 1962 pour s’arrêter en 1971. D’une visite chez le docteur à une pleine poignée de diamants…

 

JAMES BOND CONTRE Dr NO de Terence Young (1962)

L’agent-secret britannique James Bond est envoyé à la Jamaïque pour enquêter sur l’étrange disparition de Strangways, le contact en place du MI-6. Au cours de ses investigations 007 découvre l’existence du mystérieux Dr No, personnalité trouble de l’île…

17 ans après la fin de la seconde Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne sort à peine la tête de la grisaille et d’années austères. Albert Broccoli et Harry Saltzman voient dans la série de romans de Ian Fleming l’occasion d’offrir au public un spectacle divertissant et coloré. Une façon idéale d’apporter aux spectateurs une bonne dose d’exotisme à une époque où les voyages et le tourisme ne sont pas à la portée du plus grand nombre.

Mais les deux associés d’EON Productions ne disposent que d’un budget limité – 1 million de dollars, promotion comprise – et ils décident d’adapter le roman Dr NO pour son unité de lieu, la Jamaïque, et les décors de rêve attendus. Reste la grande problématique : trouver l’acteur idéal pour incarner Bond.

Fleming souhaitait Cary Grant ou David Niven. Budget oblige, ce sera Sean Connery, un ex culturiste devenu acteur, aperçu dans LE JOUR LE PLUS LONG et DARBY O’GILL, une comédie musicale des studios Disney. Le cinéaste Terence Young, véritable gentleman dans la pure tradition anglaise, devient le coach du jeune acteur, le temps du tournage, apportant style et élégance à son allure féline.

Sur le tournage, Fleming rendra une visite de courtoisie à l’équipe. Impressionné par le magnétisme de Sean Connery, il mettra de côté ses préjugés quant au choix du jeune acteur au point de donner au personnage de James Bond des origines écossaises dans AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ, le nouvel épisode 007 qu’il était en train d’écrire à l’époque…

LES + : Sean Connery qui s’impose dans le rôle, le temps d’une mythique scène d’introduction; l’apparition « boticellienne » de Ursula Andress, sortant de la mer telle une déesse de la mythologe et devenant LA référence quant aux James Bond girls à venir; Joseph Wiseman, parfait d’étrangeté, de suavité et de cruauté en Dr No, établissant lui aussi une autre référence pour les prochains films de la saga; Jack Lord, futur star de la série HAWAÏ POLICE D’ÉTAT, reste encore à ce jour la meilleure incarnation de Félix Leiter, le collègue de Bond à la CIA; la beauté de la Jamaïque dont les couleurs viennent contrebalancer la noirceur du récit; la délicieuse patine « vintage » du film.

LES – : Époque oblige, l’aspect « colonialiste » du film a mal vieilli avec le temps. L’attitude plutôt méprisante de Bond avec les autochtones en général, et avec le personnage de Quarrel en particulier, fait quelque peu grincer des dents aujourd’hui…

 

BONS BAISERS DE RUSSIE de Terence Young (1963)

Bond, en mission en URSS pour récuper un système de décodage, ne se doute pas qu’il est la cible de la mystérieuse organisation SPECTRE…

Alors que Dr NO est un succès, Broccoli et Saltzman découvre que BONS BAISERS DE RUSSIE est l’un des livres de chevet du Président Kennedy. Ils décident de l’adapter dans la foulée sans se douter que le film deviendra un classique de l’espionnge. Plus « réaliste » dans son ambiance et son traitement que le film précédentet et les films suivants, BBDR évoque souvent le Hitchcock de LA MORT AUX TROUSSES dans plusieurs de ses scènes et dans sa photographie. Passant de simple « arrangeur » musical à « compositeur attitré « , John Barry signe ici l’une des plus mémorables BO de la saga, liant pour toujours sa griffe jazzy et singulière à la franchise.

Les + : L’ennemi de Bond, Red Grant, interprété par Robert Shaw, l’inoubliable Quint de JAWS, véritable double maléfique de 007; l’affrontement  dans le train entre Grant et Bond reste un modèle du genre en terme d’inventivité et de découpage…

Les – : Mignonne, Daniela Bianchi n’a pourtant pas l’allure sculpturale d’Ursula Andress. Quelques longueurs comme les scènes dans le camp gitan…

 

GOLDFINGER de Guy Hamilton (1964)

Bond affronte Auric Goldfinger, un curieux milliardaire qui voue un culte pour l’or et envisage d’attaquer Fort Knox, la rérve d’or des États-Unis…

LE film référentiel, que l’on soit fan ou non de la saga 007, GOLDFINGER est devenu un film culte qui s’est très vite imposé, dès sa sortie, comme une date clé dans la franchise, comprenant de nombreux codes et symboles indissociales de l’agent-secret : la chanson-titre du film interprétée par Shirley Bassey; la jeune femme peinte en or; Gert Froebe, détestable à souhait, et son inquiétant homme de main, Oddjob, au chapeau tranchant; les gadgets utilisés au cours du film et que le public découvre grâce à l’impayable Q / Desmond Llewlyn… Mais GOLDFINGER introduit l’ultime objet attaché à vie à la saga : la fameuse Aston Martin DB 5 et ses « options » redoutables, inoubliable véhicule au style intemporel qui fit la fortune du fabricant de modèles réduits Corgi Toys et devint probablement le 1er placement de produit rentable au cinéma. On dit que l’idée de la plaque minéralogique changeante revient au cinéaste Guy Hamilton… qui n’en pouvait plus des contraventions qu’il accumulait sur Londres !

Les + : La scène où Bond « goûte » du laser à découpe des usines Goldfinger et le dialogue inoubliable entre 007 et son ennemi : « Espériez-vous que je parle, Goldfinger ? » « Non Mr Bond, j’espère que vous mourrez ! ». L’affrontement final entre 007 et Oddjob dans l’enceinte de Fort Knox. Les décors « modulables » de Ken Adam, designer attitré sur plusieurs films de la série. Sean Connery, parfaitement à l’aise dans le rôle.

Les – : Pas grand chose si ce n’est, peut-être, le côté de plus en plus macho de Bond qui ne passerait plus de nos jours, comme le « claquage au fesses » pour dire « dégage poupée ! »…

 

OPÉRATION TONNERRE de Terence Young (1965)

Un bombardier de l’OTAN, armé de deux ogives nucléaires, a été dérobé par le SPECTRE qui réclame une rançon en échange. Bond est sur les traces d’Emilio Largo, pseudo philanthrope qui est un agent de l’organisation criminelle…

Avec THUNDERBALL, la saga 007 s’offre sa première superproduction – on ne parle pas encore de blockbuster à l’époque – et un merchandising de compétition à faire pâlir d’envie George Lucas. Pas le meilleur de la série mais un très bon divertissement aux séquences sous-marines envoutantes et d’une grande beauté. La superbe Claudine Auger est la première actrice française à incarner une James Bond Girls et Tom Jones est numéro 1 des charts avec un titre qui n’est pas sans clin d’œil au chanteur macho… Le choix d’Adolfo Celi dans le rôle de Largo n’est pas des plus heureux, tant l’acteur semble surjouer les « méchants » avec son bandeau de pirate, accessoire devenu le cliché type des futurs parodies de la saga. Mais Luciana Paluzzi incarne une première véritable ennemie fatale marquante, en avance sur son époque et référence pour la suite. THUNDERBALL nous montre enfin les coulisses du SPECTRE, et son aspect « entreprenarial » avec sa salle de réunion ou chaque sociétaire présente son bilan de l’année !

Les + : Des scènes sous-marines superbes. La beauté naturelle de Claudine Auger. Le retour de la DB 5 dans la scène d’intro. L’affrontement final entre plongeurs ennemis et collègues de 007.

Les – : Un méchant d’opérette. Quelques longueurs en milieu de film.

 

ON NE VIT QUE DEUX FOIS de Lewis Gilbert (1967)

Une capsule spatiale américaine disparait avec son équipage, menaçant le fragile équilibre entre l’Est et l’Ouest. Bond est envoyé au Japon où un mystérieux véhicule spatial aurait été signalé sur les radars…

Après un rythme effrené depuis 5 ans avec un nouveau film par an, la production de ON NE VIT QUE DEUX FOIS prend son temps et du saké pour offrir au public l’un des plus exotiques films de la série. Tourné essentiellement au Japon, le film propose des vues magnifiques du Pays du Soleil Levant, présentant pour la 1ère fois sur grand écran le grand modernisme et les traditions ancestrales d’un pays fascinant. Enchaînant, après THUNDERBALL, sur un nouveau budget pharaonique, le film offre l’occasion au designer Ken Adam de se surpasser avec l’impressionnant décor du volcan habritant le repère de Blofeld, le plus grand jamais construit à l’époque.  Blofeld justement, dont on découvre le visage balafré sous les traits de Donald Pleasance (LA GRANDE ÉVASION, HALLOWEEN…) et qui sera une référence évidente pour le Dr Denfer d’AUSTIN POWERS 20 ans plus tard… John Barry créé pour le film l’une de ses plus belles partitions, soutenue par la voix de Nancy Sinatra  sur le titre d’intro. De son côté, Sean Connery, excédé par l’opniprésence des paparazzis sur le tournage et la trop forte association entre lui et son personnage (« Sean Connery IS James Bond » affirme le merchandising…) claquera la porte de la série une fois le tournage terminé. Ça ne sera que la première fois.

Les + : L’impressionnant repaire de Blofeld dans le volcan éteint; la « Petite Nellie », avion de poche que tous les grands petits garçons rêvent de posséder; l’éxotisme appaisant du pays du soleil levant entre deux scènes d’action; le coupé blanc Toyota créé pour le film; la sublime BO de John Barry, à nouveau…

Les – : Des Bond girls mimines mais fades; Quelques longueurs malgré les superbes paysages…

 

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (1969) de Peter Hunt

Sur les traces de Blofeld dans les Alpes Suisses, Bond fait la connaissance de Tracy di Vincenzo, la fille d’un gangster Corse dont il s’éprend follement…

Sean Connery parti, Saltzman et Broccoli organisent un grand casting pour dénicher la « perle rare ». Plus impressionnés par ses qualités physiques que par son jeu d’acteur, ils engagent George Lazenby, acteur australien venant de la publicité. Diana Rigg, l’ex Emma Peel de la série « Chapeau Melon et Bottes de Cuir », est retenue pour interpréter « l’ultime » Bond Girl puisqu’elle est la seule que 007 épousera. Choix judicieux tant l’actrice, solaire, fait de son personnage une nouvelle référence pour les films à venir… Sur le tournage, Lazenby attrape la grosse tête et ses relations avec la production seront tendues. Pourtant, avec le recul, ce nouveau Bond s’en sort plutôt bien. Crédible dans l’action comme dans l’humour, Lazenby apporte même une touche d’émotion que Sean Connery n’aurait pu reproduire à l’époque. À la sortie du film, le public est décontenancé par cet opus teinté de romantisme et se terminant sur une note tragique. Si le film n’est pas un échec public, il n’est pas non plus une réussite commerciale. Faute que les médias vont vite attribuer à George Lazenby. L’acteur trentenaire, influencé par un entourage qui lui prédit que le personnage de 007 est fini avec l’arrivée des 70’s, claquera la porte et ne tourna plus que dans des séries B ou des téléfilms, s’offrant de temps à autre quelques clins d’œil au personnage. 50 ans plus tard, AU SERVICE… est devenu l’un des films les plus appréciés des connaisseurs, considéré parfois comme le meilleur épisode de la série. Un film culte, apprécié sur le tard mais qu’il est toujours bon de (re)découvrir…

Les + : La séquence pré-générique avec Lazenby, s’adressant à la caméra : «  Ça ne serait jamais arrivé à l’autre type ! »; la sublime partition de John Barry, dont le thème principal retentit comme un second Bond thème; la présence de Diana Rigg; les séquences de poursuites à ski, qui deviendront une véritable référence avec le temps…

Les – : Telly Savalas n’est pas un Blofeld très charismatique…

 

LES DIAMANTS SONT ÉTERNELS (1971) de Guy Hamilton

Bond enquête aux Pays-Bas puis à Las Vegas sur un traffic de diamants auquel Blofeld et le Spectre pourrait être mêlés…

Premier opus des années 70, LES DIAMANTS… s’apparente plus à un polar, avec courses-poursuites d’usage dans les rues de Las Vegas, qu’à un film d’espionnage. Tourné vers le public américain et destiné à flatter le marché US, le film comporte de bons moments mais n’a pas l’élégance et le style des premières aventures de l’agent-secret. Réendossant le smoking contre la somme record pour l’époque de 1 million de dollars, somme intégralement reversé à des œuvres carritatives en Écosse, Sean Connery ne donne pas le meilleur de lui-même, quelque peu empaté et absent de son personnage. À ses côtés, Jill Saint-John apporte une touche de vulgarité à laquelle les autres Bond Girl ne nous avaient pas habitué. Quant à Charles Gray, il offre la plus mauvaise prestation sous le col Mao de Blofeld… Reste l’excellente BO de John Barry avec le retour de Shirley Bassey pour la chanson titre. Et une curiosité, osée pour l’époque, avec un couple de tueurs gay qui n’évite pas les clichés d’un autre âge. Un épisode correct mais le moins bon de l’ère Connery qui, une fois le tournage achevé dit : « Plus jamais ! » Jamais ?

Les + : La chanson titre de Shirley Bassey et la musique de John Barry; l’affrontement entre Bond et un ennemi dans une cage d’ascenseur.

Les – : Une Bond Girl vulgaire, maquillée comme une voiture volée; un Blofeld pas franchement inquiétant; le manque de réels enjeux dramatiques…

Fin de la première partie. Mais James Bond reviendra…

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