La saga 007 : de 1987 à 2002

3ème partie de cette analyse de la plus longue franchise du cinéma, celle consacrée à James Bond. L’agent 007 sera interprété par deux acteurs entre 1987 et 2002, parvenant chacun à s’approprier le personnage et à lui apporter de nouvelles caractéristiques, mieux adaptées à cette fin de XXème siècle…

TUER N’EST PAS JOUER (1987) de John Glen

Chargé du transfert d’un agent soviétique par delà le Mur de Berlin, Bond s’éprend d’une mystérieuse violoncelliste. Mais tous les deux sont manipulés…

Si Roger Moore a marqué de son empreinte la saga 007, les temps ont changé. Les ravages provoqués par le sida et la fin prochaine de l’URSS – la chute du Mur de Berlin se produira deux ans plus tard – amènent les créateurs de la série à réorienter le personnage de Bond vers plus de crédibilité. Exit les délires cosmiques de MOONRAKER ! TUER N’EST PAS JOUER est un retour à une intrigue solide à la John Le Carré, même si les éléments qui ont fait le succès des films précédents sont respectés, comme l’Aston Martin truffée de gadgets, l’exotisme et les courses-poursuites spectaculaires. Premier interprète de Bond venant du théatre, Timothy Dalton donne à l’agent-secret la dureté et la crédibilité qui commençait à faire défaut Plus rude et moins porté sur la gaudriole que la version de son prédecesseur, le Bond de Dalton se veut plus proche des romans de Ian Fleming dans une intrigue surfant sur l’actualité brûlante au Moyen-Orient. Le personnage prend également une tournure plus humaine, voire sentimentale en s’éprenant de Kara Milovy jouée par Maryam D’Abo, Bond girl plus « réaliste ». Si cette cassure un peu soudaine avec la légèreté des années précédentes séduit les adeptes des romans d’origine, une grande partie du public est décontenancée par cette rupture de ton. Le film, sans être un échec, ne convainc pas vraiment. Quant à Timothy Dalton, la pression que le rôle induit, tant au niveau des médias que du public, le met mal à l’aise… Tout n’est pas perdu et les créateurs de la saga parieront sur un autre film avec l’acteur pour mieux réussir ce nouveau virage.

Les + : Timothy Dalton donne à James Bond plus de profondeur; un retour à l’Aston Martin; la séquence d’introduction; Bond aidé par des Moudjahidins; l’affrontement final en plein ciel entre Bond et le tueur Necros.

Les – : une Bond girl mignonne mais un peu fade; des ennemis plus réalistes mais manquant d’envergure; la chanson-titre de A-Ha, moins prenante que celle de Duran Duran.

 

PERMIS DE TUER (1989) de John Glen

Bond se met hors-la-loi en cherchant à venger son ami Felix Leiter, sauvagement torturé et laissé pour mort par le narco-trafiquant Sanchez…

La série traverse une crise identitaire. Face à de nouveaux héros interprétés par Stallone, Schwarzennegger ou Bruce Willis, le personnage de Bond a fort à faire pour rester « crédible » et attirer encore les spectateurs, en quête d’autres sensations. Poursuivant la réorientation engagée avec le film précédent, les créateurs de la saga vont aller très loin dans la violence et la férocité, au risque de perdre les fans de la première heure. Le 007 de PERMIS DE TUER devient un fauve solitaire et sans pitié, bien décidé à utiliser les moyens les plus cruels pour venger son ami, rendant coup pour coup sans remords et sans crainte des conséquences. Cette noirceur – bien que très fidèle aux romans de Fleming – va décontenancer les spectateurs, faisant chuter l’audience du film. De plus, cherchant à attirer un nouveau public plus jeune, EON Productions choisit volontairement d’éviter les trop fortes références à James Bond. S’appuyant sur le choix risqué d’une communication occultant les références trop évidentes à l’univers Bondien et présentant un 007 rageur, sans son célèbre smoking, la production provoquera le rejet pur et simple d’une grande partie des Bondophiles. Enfin, un autre problème que croisera le film à sa sortie sera la concurrence : en plein été 89, devant faire face à L’ARME FATALE 2 et au BATMAN de Tim Burton, PERMIS DE TUER ne parviendra pas à s’imposer et n’attirera pas les foules. Si certains journalistes placeront cela sur le compte de la trop forte noirceur du film, d’autres feront porter le chapeau à Timothy Dalton. Traversant la première grosse remise en question de son histoire, la série des Bond connaîtra le plus long arrêt avant qu’un autre film soit mis en chantier. Devant des producteurs qui doutent et un public qui ne l’accepte pas vraiment, Dalton préferera quitter le rôle alors qu’un autre film devait se faire avec lui. Avec le recul des années, il faut toutefois lui reconnaître une très bonne interprétation du personnage, entre dureté et humanité. Un Bond plus réaliste et très certainement fidèle à l’œuvre d’origine.

Les + : Timothy Dalton, très investi dans le rôle, offre l’une des eilleures incarnations du personnage; un retour aux fondamentaux de 007, soit un retour aux romans de Ian Fleming; Carey Lowell et Talisa Soto, 2 des plus belles James Bond Girls; Robert Davi offre un ennemi crédible dans le rôle de Sanchez; l’un des premiers rôles de Benicio Del Toro en Dario, l’homme de main inquiétant et cruel de Sanchez.

Les – : la dureté générale du film marque une trop importante cassure après les années Roger Moore et n’en fait pas le James Bond le plus agréable à revoir, malgré des partis-pris courageux pour l’époque…

 

GOLDENEYE (1995) de Martin Campbell

Après le vol d’un hélicoptère dernier cri de l’armée française et le détournement d’un satellite de défense russe, James Bond doit affronter la mystérieuse organisation terroriste Janus…

6 ans après le relatif échec du diptyque de l’ère Timothy Dalton, et après des problèmes juridiques concernant les droits de distribution des films, la saga 007 effectue son grand retour tout en faisant « peau neuve » au propre comme au figuré. Dans une récente interview, Timothy Dalton aurait donné la véritable raison de son départ quant au rôle de 007. Broccoli lui aurait offert de tourner dans GOLDENEYE mais à la condition que Dalton s’engage sur 3 ou 4 films. Or ce dernier ne désirait participer qu’à un film de plus, histoire de boucler la boucle sur une trilogie. Devant l’impossibilité de trouver un terrain d’entente, il fut alors décidé d’en rester là et Timothy Dalton quitta la smoking et le Walther PPK de 007… Le personnage de Bond prit donc un nouveau visage avec l’arrivée de Pierce Brosnan. L’acteur irlandais avait déjà été envisagé en 1987 pour succéder à Roger Moore. Mais son contrat sur la série tv LES ENQUÊTES DE REMINGTON STEELE l’avait empêché d’endosser le smoking de l’agent-secret. Alliance du glamour de Roger Moore et de la virilité de Sean Connery, Brosnan est un 007 idéal dans un film renouant avec le spectaculaire des meilleurs Bond tout en rebondissant sur l’actualité. Depuis 6 ans, l’URSS n’existe plus, le Mur de Berlin est tombé et les ennemis de Bond ont changé. Considéré par sa nouvelle supérieure – l’excellente Judi Dench dans le rôle de M – comme une relique du passé, comme une allusion à ses détracteurs, Bond / Brosnan va prouver qu’il en a encore sous le smoking. Pied de nez jubilatoire face à ceux que cette longue absence avait conforté dans l’idée que le personnage de 007 était obsolète, GOLDENEYE sera l’un des plus gros succès de l’année 1995. La série repart sur de bonnes bases, retrouvant la confiance des fans tout en attirant un nouveau public.

Les + : Pierce Brosnan fait un très bon 007, glamour mais crédible dans l’action; l’arrivée de Judi Dench dans le rôle de M, la supérieure de Bond, est très certaiment l’une des meilleures idées des producteurs de la série; Famke Janssen, encore méconnue, dans le rôle d’une tueuse perverse; l’excellente chanson-titre, écrite par Bono et The Edge du groupe U2 et interprétée par Tina Turner; la course-poursuite où Bond pilote un char d’assaut; la mise-en-scène nerveuse de Martin Campbell sort la série de réalisations « pépères ».

Les – : Éric Serra qui composa l’une des moins bonnes BO de la série, en total désaccord avec le récit et l’action du film, à telle point que toute la scène du char d’assaut fut réécrite par un autre compositeur !

 

DEMAIN NE MEURT JAMAIS (1997) de Roger Spottiswoode

James Bond affronte Elliott Carver, magnat des médias qui provoque une guerre contre la Chine pour s’accaparer les scoops…

La franchise 007 relancée avec succès, la MGM, détentrice des droits de diffusion des films dans le monde, demande à la société EON de s’atteler à un nouvel opus au plus vite. Réécrit par de nombreux auteurs – Bruce Feirstein, Dan Petrie, Jr., David Campbell Wilson ou bien encore l’écrivain et cinéaste Nicholas Meyer – sans être tiré d’un roman de Ian Fleming, le scénarion de DEMAIN NE MEURT JAMAIS s’inspirera de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, ayant lieu en 1997, pour situer l’essentiel du récit en Asie. Mais le script n’est pas encore finalisé lorsque les premières prises de vue commencent. Plusieurs modifications se déroulèrent en cours du tournage, à la demande des acteurs insatisfaits du résultat final… Le casting lui-même n’est pas totalement terminé lorsque la production du film se met en place. Connu pour son interprétation dans le BRAZIL de Terry Gilliam,  Jonathan Pryce est retenu pour le personnage de Carver à la place d’Anthony Hopkins, initialement prévu. Du côté des Bond Girls, la belle Teri Hatcher est choisie pour interpréter Paris, l’épouse de Carver et ex amour perdu de 007, quand l’athlétique Michelle Yeoh, star du cinéma de Hong Kong, est retenue pour jouer l’agent des services secrets chinois Wai Lin. La bande originale du film est confiée au compositeur britannique David Arnold (STARGATE, INDEPENDANCE DAY, HOT FUZZ…), grand fan de John Barry et à l’origine la même année de SHAKEN AND STIRRED, album hommage constitué de reprises des chansons titres de la saga 007 par les artistes pop/rock en vogue à l’époque. La chanteuse Sheryl Crow sera l’interprète du titre générique du film alors qu’un morceau avait déjà été enregistré par K. D. Lang, utilisé finalement pour le générique de fin et entraînant quelques rumeurs sur la crainte des producteurs de la série quant à l’homosexualité affirmée de Lang… Concernant la production, DEMAIN NE MEURT JAMAIS marque le 1er film de la série mis en place par Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, respectivement fille et beau-fils d’Albert « Cubby » Broccoli, décédé en 1996 et auquel le film sera dédié. Sorti à la fin de l’année 1997 après un tournage tendu et chaotique,  DEMAIN NE MEURT JAMAIS est heureusement un nouveau succès pour la franchise 007.

Les + : la course poursuite en BMW; l’affrontement entre Bond et les sbires de Carver derrière une baie vitrée, dans une pièce insonorisée; les retrouvailles entre Bond et Paris à l’hôtel; la course poursuite à moto dans les rues de Hong Kong; le choix de David Arnold pour la BO.

Les – : l’affrontement final, trop explosif car voulant correspondre à l’ère du temps; Michelle Yeoh, impressionnante dans les scènes d’action… mais pas vraiment glamour.

 

LE MONDE NE SUFFIT PAS (1999) de Michael Apted

Après un attentat au sein même du MI6 et qui coûte la vie à Robert King, magnat du pétrole, Bond se rapproche de sa fille Elektra qu’il pense être la prochaine cible du terroriste Renard…

Après l’efficace Roger Spottiswoode, les producteurs de la saga 007 se tournent vers Michael Apted, cinéaste britannique talentueux mais peut-être plus habitué aux drames (AGATHA, GORILLES DANS LA BRUME, NELL…) qu’aux thrillers d’espionnage. La tonalité du MONDE NE SUFFIT PAS s’en ressent, diffusant un parfum doux-amer out en restant un film prenant et soigné dans sa mise-en-scène. Clin d’œil à l’œuvre de Ian Fleming, le titre de ce nouvel opus fait une référence directe à le devise des ancêtres de James Bond, déjà présentée dans une scène d’AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ. Nouvelle actrice française engagée sur la série après Claudine Auger et Carole Bouquet, Sophie Marceau incarne ici Elekra King, un personnage de Bond Girl plus complexe qu’à l’accoutumée, se révélant être la véritable nemesis de Bond. À ses côtés, Robert Carlyle (TRAINSPOTTING, THE FULL MONTY…) interprète avec talent le rôle du torturé Victor Zokas dit « Renard », terroriste rendu insensible suite à un affrontement où une balle s’est logé dans son crâne sans le tuer, et fou amoureux d’Elektra, faisant de lui l’ennemi le plus tragique de la saga. LE MONDE NE SUFFIT PAS marque aussi la dernière apparition de Desmond Llewelyn dans le rôle du légendaire Q. L’acteur disparut tragiquement dans un accident de la route, quelques temps après la sortie du film… Seule grossière erreur de casting : la présence de la bimbo Denise Richards dans le rôle de Christmas Jones… une scientifique experte en nucléaire, habillée comme Lara Croft !! La demoiselle a beau être mignonne, on a vraiment beaucoup de mal à la trouver crédible, là où une véritable actrice était nécessaire… Lors du tournage du côté de Chamonix, censé figurer le Caucase, une importante avalanche eut lieu, stoppant un temps la production du film. L’équipe entière participa alors aux secours mis en place. Autre moment clé du MONDE NE SUFFIT PAS, la séquence d’intro sur la Tamise nécessita 7 semaines de tournage et reste la plus longue scène pré-générique de la série. Dernier film de la saga 007 produit et distribué au XXème siècle, LE MONDE NE SUFFIT PAS trouva son public sans réellement convaincre les fans.

Les + : Pierce Brosnan, totalement à l’aise dans rôle de Bond, propose certainement ici sa meilleure interprétation du personnage; la spectaculaire séquence d’introduction; Robert Carlyle dans le rôle d’un ennemi à la fois repoussant et tragique; le retour de Robbie Coltrane dans le rôle de Zukovsky, ex agent du KGB devenu trafiquant notoire; l’introduction de R, successeur de Q, interprété par l’ex Monty Python John Cleese; la chanson titre de Garbage; l’implication lus forte du personnage de M au récit.

Les – : le manque d’humour du film et sa tonalité quelque peu dramatique; Denise Richards, grossière erreur de casting.

 

MEURS UN AUTRE JOUR (2002) de Lee Tamahori

En mission en Corée du Nord, Bond est intercepté, torturé et incarcéré. L’échec de sa mission est due à une trahison au sein du MI6. Échangé au bout d’un an, 007 soupçonne l’extravagant  milliardaire Gustav Graves d’être lié à sa capture passée…

L’année 2002 est importante à plus d’un titre dans la saga 007. Elle marque le 20ème film de la série, le 40ème anniversaire du personnage au cinéma depuis Dr NO et l’entrée de la franchise dans le XXIème siècle. Barbara Broccoli et Michael G. Wilson veulent, avec MEURS UN AUTRE JOUR, offrir un véritable feu d’artifices au public : de l’action non-stop, des scènes  jamais vues, des rebondissements en cascade… Mais le mieux est parfois l’ennemi du bien. Et certaines bonnes intentions n’aboutissent pas toujours à de bons résultats. Contenant de bonnes idées comme la scène d’intro, l’idée de plonger James Bond dans une situation critique angoissante dès le début du film et de revenir à certains fondamentaux de la création de Ian Fleming, l’ensemble est vite balayé par des effets de montage « cut » pour coller aux blockbusters de l’époque et à un usage pas très heureux d’effets spéciaux peu crédibles. Premier film de la saga à user d’images de synthèse, MEURS UN AUTRE JOUR s’offre une scène de « surf sur la banquise » totalement improbable, ainsi qu’une Aston Martin invisible semblant sortir tout droit d’un comics. Renouant avec les excès qui avaient plombé MOONRAKER, le film de Lee Tamahori se transforme rapidement en grosse production décérébrée, oubliant de respecter le public à vouloir lui en offrir trop. Le syndrôme du gros gâteau indigeste à force de contenir trop de crème patissière… Reste la présence de la superbe Halle Berry dans le rôle de la redoutable et sculpturale Jinx et de multiples références aux autres films de la série semées dans le récit, dont une allusion à l’ornithologue à l’origine du nom de l’agent-secret. Grand spectacle, MEURS UN AUTRE JOUR sera un gros succès à sa sortie, faisant oublier un temps ses maladresses et faiblesses. Mais le film marque un nouvel essouflement évident de la franchise, amenant les producteurs à revoir leur copie pour repartir sur de nouvelles bases…

Les + : la séquence d’intro à la conclusion dramatique; Bond bafoué et torturé.. mais Bond libéré; Halle Berry, superbe et crédible dans L’action, et dont le personnage de Jinx devait occasionner un spin-off; John Cleese, impayable et digne successeur de Q; le palais de glace de Gustav Graves.

Les – : des images de synthèse peu convaincantes et mal employées; une intrigue pas vraiment maîtrisée qui verse dans l’excès; la chanson titre « dance » de Madonna, vite exaspérante; l’Aston Martin invisible fait sincèrement regretter l’iconique DB5.

 

Fin de cette 3ème partie consacrée à la saga 007 et portée par les deux bons acteurs que sont Timothy Dalton et Pierce Brosnan. Période mouvementée, composée de très bons moments et de choix assez discutables, ces 15 années virent la série basculer dans le high-tech artificiel à outrance des films Brosnan après le diptyque manqué des films Dalton. Parvenant toutefois à maintenir un certain niveau de qualité, la saga prendra une tournure plus réaliste, s’adaptant à la période sombre et tragique de l’actualité internationale du début du XXIème siècle…

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