La saga 007 : de 2006 à 2015

4ème et dernière partie de LA SAGA 007 consacrée aux films de James Bond, série débutée en 1962. Cet article aborde les 9 années regroupant les 4 opus tournés par Daniel Craig, acteur toujours en titre dans le rôle de l’agent au service secret de sa Majesté…

CASINO ROYALE (2006) de Martin Campbell

Fraîchement promu au titre double 0, lui donnant l’autorisation de tuer dans les cas extrêmes, l’agent secret britannique James Bond est envoyé en mission au Monténégro pour affronter Le Chiffre, un trafiquant d’armes international…

Cherchant déjà à aborder le 21ème siècle sous un jour plus réaliste avec MEURS UN AUTRE JOUR en 2002, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, les producteurs de la franchise James Bond, prennent une décision brutale en choisissant de rompre le contrat qui les lient à Pierce Brosnan, détenteur du rôle titre. Malgré le carton au box-office de ce dernier film avec l’acteur irlandais, la saga 007 est dans une impasse et doit à nouveau se remettre en question pour rester à flot : les attentats du 11 septembre 2001 et la situation géo-politique secouée de drames n’autorisent plus vraiment les films de Bond à des fantaisies surréalistes, aux effets spéciaux improbables permettant aux voitures de se rendre invisibles ou à Bond de surfer sur la banquise. Le succès de LA MÉMOIRE DANS LA PEAU, tiré des romans de Jason Bourne (un autre JB) de Robert Ludlum, et sortie également en 2002, fait prendre conscience aux détenteurs de la série 007 qu’une véritable amorce plus sombre – et déjà tentée à la fin des années 80 – est plus que jamais d’actualité. Exit Pierce Brosnan et bonjour à… Daniel Craig, acteur blond plus habitué aux rôles de truand (LES SENTIERS DE LA PERDITION, LAYER CAKE…) qu’aux personnages de héros et autres justiciers. La surprise secoue le 7ème art et rend dingue les petits « gardiens du temple », ceux qui ne supportent pas que l’on change la couleur du slip de leur super-héros préféré ou que l’on confie le port du Walther PPK à un acteur qu’ils ne désirent pas. Connerie du web et de certains de ses utilisateurs, des sites de dénigrement à l’encontre de Daniel Craig vont être créés, incitant les fans de Bond, et le public en général, à boycotter l’acteur et le prochain film à venir. Mais à la surprise quasi général, cette nouvelle adaptation de CASINO ROYALE – après un téléfilm américain dans les années 50 et une parodie loufoque en 1967 – est une réussite, clouant le bec aux intolérants de tout bord. S’imposant le temps d’une séquence d’introduction en noir et blanc, nerveuse et sèche, Craig offre au public une impressionnante incarnation d’un 007 débutant, brut de décoffrage mais touché par l’amour en la personne de Vesper Lynd, brillament interprétée par la belle et talentueuse Eva Green. Se réapropriant la désormais célèbre formule « Everything Or Nothing » (« Quitte Ou Double » en VF) Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont choisi de façon judicieuse de revenir aux origines littéraires du personnage, balayant, sans les dénigrer pour autant, les films précédents pour redémarrer la franchise 007 sur de solides bases, spectaculaires mais crédibles, violentes mais humaines. Après un MEURS UN AUTRE JOUR bancal, la version 2006 de CASINO ROYALE fait entrer James Bond dans le 21ème siècle par la grande porte, emballant comme jamais – ou presque – le public comme la critique. La suite se fera désirer, dans un mélange d’engouement renouvelé et de crainte quant à une éventuelle déception…

Les + : Daniel Craig, formidable et inattendu dans le rôle de 007, donne un nouvel élan au personnage, plus sombre, réaliste et humain; Eva Green est LA femme, véritable icône apportant un éclairage nouveau sur les rapports de Bond avec la gente féminine; Mads Mikkelsen fait un ennemi glaçant des plus marquants dans le rôle du Chiffre; la remarquable adaptation du premier roman de Ian Fleming consacré à James Bond, prouvant que le personnage a toujours sa place dans le paysage des thrillers et autres films d’action et d’espionnage; la réalisation soignée et nerveuse de Martin Campbell, relençant encore une fois la franchise après GOLDENEYE; la séquence d’intro et le superbe design du générique.

Les – : à dire vrai… je n’en vois pas si ce n’est, peut-être, l’absence de la séquence du « Gun Barrel » indissociable de la franchise…

 

QUANTUM OF SOLACE (2008) de Marc Forster

Après sa capture par James Bond et le MI6, le trouble M. White parvient à s’enfuit, aidé par un traître au sein des services secrets britanniques. Au cours de son enquête pour retrouver White, Bond découvre l’existence d’une mystérieuse organisation, Quantum, et l’implication de Dominic Greene, pseudo philantrope aux sombres desseins…

QUANTUM OF SOLACE est une première dans la saga Bond puisqu’il s’agit d’une suite directe du film précédent, CASINO ROYALE. Mais après l’impact positif qu’a suscité l’épisode de Martin Campbell, ce deuxièm film incarné par Daniel Craig est attendu au tournant par les fans… comme par les détracteurs. Si QoS fait un bon score, l’accueil critique et public est des plus tièdes, en France comme ailleurs. On reproche à ce nouvel opus des longueurs dans le traitement du récit et la fadeur de son scénario, pourtant teinté d’écologie en lien avec l’actualité. Dans la presse, les remarques du cinéaste germano-suisse Marc Forster, révélant n’avoir jamais été un fan du personnage et des films de la série, tout comme l’attitude quelque peu cynique de Mathieu Amalric au cours d’interviews, semblant presque être gêné de tourner dans un blockbuster, n’arrange rien au désintêret général. Une réception plutôt sévère puisque le film, loin d’être un échec, comporte plusieurs aspects positifs indéniables. Le problème tient peut-être à la précipitation du projet, réalisé en très peu de temps par rapport à son ampleur et reproduisant, d’une certaine manière, les erreurs commises au début des années 70 avec L’HOMME AU PISTOLET D’OR, mis en place trop rapidement après VIVRE ET LAISSER MOURIR… QoS reste encore à ce jour le moins apprécié des films de la période Craig. Signe de plus que la pensée unique véhiculée par le net est une triste réalité ou baisse de régime d’une franchise ayant de nouvelles difficultés à maintenir un cap brillament amorcé deux ans plus tôt ? Le débat est toujours ouvert…

Les + : la présence des superbes Gemma Arterton et Olga Kurylenko; l’impressionnante course-poursuite de la séquence d’intro; la scène aérienne dans le désert Bolivien; la séquence à l’Opéra de Bregenz en Autriche.

Les – : des longueurs dans le récit déséquilibrent le film; Mathieu Amalric, qui dit pourtant s’être en partie inspiré de l’ex président Sarkozy, ne fait pas un ennemi très convaincant; une fin quelque peu décevante.

 

SKYFALL (2012) de Sam Mendes

Au cours d’une mission à Istanbul où une section du MI6 a été assassinée et une liste d’agents a été déobée, Bond est considéré comme mort…

Probablement conscients d’avoir quelque peu précipité les choses avec QUANTUM OF SOLACE et ses 18 mois de production, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson vont attendre 4 ans avant de mettre en place et distribuer SKYFALL en salles. Mais cette prise de conscience n’est pas la seule raison. La MGM, co-productrice de la franchise, vient à peine de sortir d’importants problèmes financiers. De plus, l’année 2012 marque le 50ème anniversaire de la saga 007 au cinéma. À la surprise générale, la réalisation de ce nouvel opus est confiée au cinéaste Sam Mendes, un metteur-en-scène venant du théâtre, habitué des productions « auteurisantes » avec des œuvres comme AMERICAN BEAUTY, LES SENTIERS DE LA PERDITION ou JARHEAD. Pour la première fois, les scénaristes Neal Purvis et Robert Wade, auteurs sur la série depuis 1999, décident d’introduire quelques informations sur les origines de 007 en s’inspirant des éléments présents dans les romans de Ian Fleming. Si David Arnold cède sa place de compositeur attitré à Thomas Newman (L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES CHEVAUX, LA LIGNE VERTE, ERIN BROCKOVICH…), fidèle complice de Mendes, la chanson de SKYFALL est confiée à la chanteuse Adèle, qui va créé l’un des titres les plus réussis de la série. S’inspirant de la trilogie DARK KNIGHT de Christopher Nolan, grand succès du moment alliant blockbuster et film d’auteur, SKYFALL est certainement le plus ambitieux et abouti film de la saga 007, intense et dramatique. Apportant un nouvel éclairage sur les origines du personnage de Bond, le film de Sam Mendes devient le plus rentable des films de la franchise avec plus d’1 milliard de dollars de recettes internationales. Réunissant l’engouement pratiquement unanime de la critique et du public, SKYFALL reste encore à ce jour le meilleur des Bond de l’ère Daniel Craig.

Les + : Daniel Craig, pleinement investi dans le rôle, physiquement et intellectuelement parlant; Javier Bardem est probablement le plus impressionnant des ennemis de la saga, effrayant et tragique; la réintroduction des personnages de Q et Moneypenny, incarnés par Ben Wishaw et Naomie Harris; le « passage de relais » des M entre Judi Dench et Ralph Fiennes; la chanson-titre interprétée par Adèle; le retour de la mythique Aston Martin DB5; la présence d’Albert Finney; quelques informations enfin dévoilées sur les origines de James Bond.

Les – : pas grand chose à mes yeux, si ce n’est, peut-être la tonalité tragique du film…

 

SPECTRE (2015) de Sam Mendes

Alors que les services secrets britanniques connaissent une importante remise en question au sein du gouvernement, Bond enquête sur le SPECTRE, une mystérieuse et redoutable organisation terroriste liée à son propre passé…

Après le triomphe de SKYFALL, les producteurs de la série décident de conserver les mêmes « ingrédients », tant techniques que scénaristiques, pour ce nouvel opus. Rebondissant sur des éléments du film précédent sans être pour autant une suite directe, SPECTRE – rebaptisé 007 SPECTRE pour sa distribution française – est aussi l’occasion de revenir à l’un des fondamentaux de la saga Bond au cinéma avec la présence de l’organisation criminelle de l’ère Sean Connery et de Ernst Stavro Blofeld, son redoutable dirigeant. Poursuivant sur l’introspection des origines de James Bond, le film surprend les fans de la première heure en liant très intimement la némésis de 007 et son propre passé. Une idée originale, certes, mais pas totalement convaincante et posant quelques problèmes de logiques quant aux prochaines aventures du personnage. En attribuant les récentes aventures de 007, soit de CASINO ROYALE à ce dernier film, à la simple existence du SPECTRE, qu’advient-il de Bond une fois cette affaire en cours résolue ? Certes, la fin ouverte du film insinue que l’agent-secret tire sa révérence, rendant au MI6 son Walther PPK et son smoking, tout en sous-entendant qu’il sera peut-être de retour… Mais le « coup de théâtre » prévisible, faisant de Blofeld un personnage clé de l’enfance de Bond, n’est pas vraiment abouti. Et laisse un goût de « pirouette » scénaristique mal maîtrisée. Autre déception : répondant aux attaques de certains fans, reprochant à SKYFALL ses aspects trop sombres, le récit de SPECTRE cherche à revenir, de temps à autre, vers la légèreté de la période Roger Moore. Si le côté pince-sans-rire de Daniel Craig est impeccable, quelques séquences avec un humour mal maîtrisé – comme la course-poursuite en voitures à Rome – n’apporte rien au film. Enfin, malgré une séquence finale en plein Londres au suspense et au rythme réussis, SPECTRE n’est pas exempt de défauts, comme l’évasion vite expédiée de Bond du repaire de Blofeld, par exemple. Gros succès à sa sortie, le film ne fera pourtant pas les scores de SKYFALL, décevant quelque peu le public comme la critique.

Les + : la spectaculaire séquence d’introduction et son long plan-séquence sans coupures et sans dialogues; la sublime Monica Bellucci dans un rôle trop court; l’implication de M / Ralph Fiennes dans l’action; la remise en question du MI6, comme une mise en abime de la franchise.

Les – : un scénario quelque peu tiré par les cheveux avec cette idée de lier Bond à son pire ennemi; un sentiment de « marche arrière » dans cette volonté évidente, et mal maîtrisée, de revenir à une tonalité plus légère; un Christoph Waltz peu convaincant et cabotinant dans le rôle de Blofeld; Léa Seydoux, nouvelle actrice française interprétant une James Bond Girl, n’est guère marquante; une chanson-titre, interprétée par Sam Smith, bien fade comparée à celle,superbe, proposée à l’époque par le groupe Radiohead mais finalement non retenue.

 

Voilà pour cette chronique en 4 parties consacrée aux films de James Bond, en souhaitant que vous avez pris autant de plaisir à me lire que moi à l’écrire. Concernant cette dernière période de 4 films interprétés par Daniel Craig, on peut en conclure qu’elle a « reboosté » la série, la replaçant sur les rails du succès mais la situant dans une sorte de « boucle temporelle » avec ce sentiment parfois gênant de reboot étalé sur 4 films.

Ce qui est sûr, c’est que la saga des Bond a vu chaque acteur apporter sa propre personnalité au personnage. Chaque interprète a façonné 007, l’éclairant d’un jour nouveau et lui donnant consistance. Alors qu’à l’heure actuelle la production mouvementée du prochain film allimente les médias et les réseaux sociaux, ce dont on peut être certain est que James Bond reviendra…

Bonus

Pour découvrir les 3 premières parties de cette chronique :

• La saga 007 : de 1962 à 1971

• La saga 007 : de 1973 à 1985

• La saga 007 : de 1987 à 2002

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