Pour une poignée de films… #31

Dans l’ordre d’apparition pour cette 31ème chronique express : une comédie douce-amère, de l’épouvante à l’ancienne et un cauchemar post-apocalyptique anxiogène.

BONNE POMME (2017) de Florence Quentin

Gérard (Gérard Depardieu) ne supporte plus une vie où tout le monde le considère comme la « bonne pomme » de service. Il quitte son travail, sa femme et sa belle-famille envahissante pour reprendre un petit garage dans un village du Gâtinais où Barbara (Catherine Deneuve), une femme seule et portée sur la boisson, tient une auberge…

Plus connue pour ses scénarios des films d’Étienne Chatilliez, la réalisatrice Florence Quentin propose ici une comédie sans prétention sur cette envie d’ailleurs qui peut pousser tout un chacun à bouleverser une existence trop monotone. Sur une idée de base des plus simples, son talent pour les dialogues et les récits accrocheurs se ressent dès les premières scènes du film.

Mais l’intêret de BONNE POMME tient bien évidemment dans son couple de stars Deneuve / Depardieu. Les plus nostalgiques risquent de grincer des dents en se remémorant des classiques comme LE DERNIER MÉTRO de François Truffaut, LE CHOIX DES ARMES d’Alain Corneau ou JE VOUS AIME de Claude Berri.

Le temps a passé et, telles de vieilles connaissances que l’on verrait à nouveau après plusieurs années, c’est avec une certaine nostalgie que l’on retrouve les deux acteurs vedettes dans des rôles éloignés des clichés traditionels qu’ils véhiculent tous les deux.

Loin du caractère d’ogre hors-norme qui le caractérise depuis plusieurs années, Depardieu surprend agréablement dans ce rôle d’homme délicat et foncièrement serviable, toujours prompt à aider les autres. Sans artifices ni éxagération, il rend touchant un personnage de faux loser bien décidé à se reprendre en main.

À ses côtés, Catherine Deneuve s’éloigne des rôles glacés / glaçants qui lui ont souvent forgé une aura de « star distante ». D’un caractère antipathique au premier abord, elle parvient à rendre attachante cette femme alcoolique et détestée de tous mais surtout très seule.

Film sans prétention mais attachant, BONNE POMME se découvre avec le sourire aux lèvres. Et donne parfois envie, comme son couple de satrs, d’envoyer valser les étiquettes et de prendre le large.

 

LA MAISON DES OMBRES (THE AWAKENING-2011) de Nick Murphy

En 1921, en Angleterre, Florence Cathcart (Rebecca Hall) traque les escrocs en ésotérisme et autres mystifications surnaturelles. Après le succès de son livre, elle est appelée dans un pensionnat où d’étranges apparitions auraient provoqué la mort d’un enfant…

J’ai toujours préféré l’épouvante à l’horreur, la suggestion au gore, la subtilité au grand déballage. Distribué directement en vidéo en France malgré 3 prix au Festival de Gérardmer en 2012, et aujourd’hui visible sur Netflix, LA MAISON DES OMBRES appartient à la première catégorie.

Rappelant une certaine tradition gothique chère aux productions de la Hammer, le film de Nick Murphy installe progressivement une ambiance lourde et angoissante à l’aide de détails suscitant curiosité et effroi : un pensionnat perdu dans la campagne anglaise, des couloirs où ou le moindre grincement de porte fait sursauter, la présence du fantôme d’un enfant, une maison de poupée aux décors prmonitoires…

Certes, on a déjà vu ça au cinéma. Et la réalisation de cette MAISON DES OMBRES, bien que soignée, n’égale pas celles de classiques comme LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise, LES INNOCENTS de Jack Clayton ou, plus récemment, LES AUTRES d’Alejandro Amenábar.

Mais l’une des réussites du film de Nick Murphy est de nous attirer en terrain (presque) connu pour mieux nous surprendre. Situant son récit quelques années après la fin de l’horreur de la Première Guerre Mondiale, avec ce que cela représente de traumatisant chez ses personnages principaux, et personnalisant sa « menace » sous les traits d’un enfant-spectre, Murphy parvient à éviter certaines facilités du genre.

Enfin, son héroïne centrale, interprétée avec élégance et sensibilité par Rebecca Hall (LE PRESTIGE, VICKY CRISTINA BARCELONA, UNE PROMESSE…), est un personnage complexe et novateur dans sa mise-en-place.

Forte et implacable en apparence, à une époque où l’engouement du public pour le spiritisme entraînait de nombreuses escroqueries, Florence voit ses convictions et son pragmatisme progressivement détruits par les évènements, la confrontant à son propre passé enfoui dans ses lointains souvenirs.

Sans révolutionner le genre, LA MAISON DES OMBRES est une œuvre prenante, soutenue par un casting sans fautes et une réalisation classique mais stylisée, à découvrir lors d’une séance de rattrapage méritée.

 

BIRD BOX (2018) de Susanne Bier

De nos jours, une étrange « invasion » pousse la population au suicide. Alors que ceux et celles qui « voient » les mystérieux envahisseurs commettent l’irréparable, des survivants s’organisent en se cloitrant chez eux et en se masquant la vue. Malorie (Sandra Bullock), une artiste désabusée, se retrouve en plein cauchemar alors qu’elle est enceinte…

Diffusé sur Netflix pour une sortie simultanée fin décembre 2018, BIRD BOX est adapté du roman fantastique du même nom de Josh Malerman. Succès oblige – Malerman ayant été comparé à Stephen King – une adaptation cinématographique fut mise en chantier, produite et interprétée par Sandra Bullock.

Entourée d’un solide casting incluant John Malkovich, Trevante Rhodes (MOONLIGHT, THE HORSE SOLDIERS), Sarah Paulson (MUD, PENTAGON PAPERS) ou bien encore B.D. Wong (JURASSIC PARK, Mr ROBOT), l’actrice / productrice offre une performance investie et intéressante dans le sens où elle ne cherche pas à rendre immédiatement attachant son personnage de femme solitaire et cynique.

Soigné dans sa photographie et bénéficiant de la mise-en-scène solide et sobre de la réalisatrice danoise Susanne Bier (BROTHERS, LOVE IS ALL YOU NEED, SERENA), BIRD BOX est une œuvre à la fois prenante et (très) anxiogène. Déconseillé aux âmes trop sensibles tant sa violence psychologique peut mettre mal à l’aise, le film est à prendre comme une fable sombre sur un monde au bord du chaos, soumis à une folie dévastatrice inexpliquée.

Secoué par le périple de Malorie / Sandra Bulleck et des enfants dont elle a la charge, je me posais de multiples questions sur ce que ce récit désespéré tentait d’évoquer. Prenant le parti de la suggestion plutôt que celui de la surenchère, BIRD BOX nous parle-t-il de notre propre penchant à l’auto-destruction ? Cherche-t-il à nous dire que notre regard peut-être manipulé à des fins néfastes ? Autant de questions que ce récit peut vous amener à vous poser… Si le film de Susanne Bier évoque parfois SANS UN BRUIT avec Emily Blunt et sorti en 2018, il vaut le détour pour son récit adulte et son interprétation sans failles.

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