Revoir NEW YORK 1997

Les années 80 sont devenues cultes auprès d’un large public. Regorgeant de pépites du 7ème art, adulée par les amateurs de films de genre regroupant la science-fiction, le fantastique, l’horreur ou les films d’action, cette décennie compte des œuvres marquantes comme E.T., LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, MAD MAX, TERMINATOR, WAR GAMES, GREMLINS, LES GOONIES ou TRON.

Et s’il est des cinéastes devenus cultes avec les années 80, John Carpenter fait très certainement partie du haut de la liste.

Révélé par ASSAUT et HALLOWEEN dans la seconde moitié des années 70, John Carpenter entame la décennie suivante par un efficace film d’épouvante, FOG, sorti en 1980. Mais un projet plus ambitieux va l’imposer comme un cinéaste essentiel et marquera à jamais la culture populaire pour les années à venir.

Sorti en 1981, NEW YORK 1997 – ou ESCAPE FROM NEW YORK en VO – deviendra une référence ultime en termes de dystopie et de SF post-apocalyptique, avec son univers totalitaire réaliste et inquiétnt. Retour sur un classique indétronable…

 

L’IMPACT DU WATERGATE

À l’origine, l’idée de NEW YORK 1997 vient à John Carpenter après l’affaire du Watergate au début des années 70. Scandale retentissant, impliquant le parti Républicain et ayant entraîné la démission du président Richard Nixon en 1974, cet évènement va bouleverser l’opinion mondiale et remettre en cause les valeurs du peuple américain et ses rapports avec son propre gouvernement.

Marqué comme tant d’autres nord-américains, Carpenter développe un scénario vers le milieu des années 70, en référence aux mensonges de l’État et des manipulations gouvernementales auprès du public.

Hollywood traverse alors une période de films contestataires et engagés, de manière directe et frontale (TAXI DRIVER, NETWORK, VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER…) ou par la voie de la science-fiction (SOLEIL VERT, SILENT RUNNING, L’ÂGE DE CRISTAL…).

Carpenter choisit de placer son « brulot » dans un contexte futuriste, l’anticipation lui offrant un champ critique plus large comme c’est souvent le cas dans ce domaine.

Il co-écrit le scénario de NEW YORK 1997 avec son complice Nick Castle, scénariste entre autres sur HOOK de Steven Spielberg, réalisateur de STARFIGHTER et « incarnation » de Michael Myers sous le masque sur HALLOWEEN.

 

ANTICIPATION SOCIALE

Le scénario de NEW YORK 1997 va devenir une véritable référence. À l’époque de l’écriture puis du tournage du film – le début des années 80, pour rappel… – le film est envisagé comme un récitd’anticipation aux fortes connotations sociales. Afin de s’accomoder d’un budget limité et de situer l’action dans un avenir proche, NEW YORK 1997 n’évolue pas dans une SF high-tech.

Usant de son statut d’île, le gouvernement en place a transformé Manhattan en une prison de haute sécurité, encerclée d’un mur et sous haute surveillance. Mais alors qu’il survolait New York, l’avion Air Force One, avec le président américain à son bord, est attaqué par un groupe de terroristes. Seul survivant, le chef d’état parvient à s’enfuir mais sa capsule atterrit au sein même de la prison de Mannathan.

On fait alors appel à Snake Plissken, un aventurier et ancien militaire aux faits d’armes légendaires. Sorti de prison, Plissken se voit proposer un marché… ou plutôt, se voit « forcé » d’accepter un marché : une remise de peine et la liberté en échange du sauvetage du président.

 

UN TOURNAGE DANS LE MISSOURI

Conforté par le succès d’HALLOWEEN, John Carpenter obtient un budget de 6 millions de dollars pour NEW YORK 1997. Si le film est tourné en partie à Los Angeles et même à New York pour certains plans, l’équipe se déplace à Saint-Louis, dans le Missouri.

Cette cité avait été victime d’un important incendie dans les années 70. Les reconstructions traînant, la production du film y posa ses caméras afin de figurer quelques séquences d’un New York dévasté.

 

MAQUETTES ET TRUCAGES

L’époque n’est pas encore à l’image de synthèse et l’équipe technique va user d’astuces pour simuler le New York concentrationnaire du film.

Parmi les membres du groupe chargé des effets spéciaux, un certain James Cameron, issu des tournages à faibles budgets des productions Roger Corman et futur réalisateur de TERMINATOR et TITANIC, est en charge de plusiers matte-paintings.

Compte tenu du budget et face à des images 3D encore chères à l’époque, la représentation de la « Grande Pomme » en mode filaire est filmé à l’aide de maquettes peintes en noir et agrémentées de bandes fluorescentes sur les arrêtes. Tournée dans l’obscurité et sous une lumière noire, la séquence fera illusion.

 

L’ACTEUR FÉTICHE

NEW YORK 1997 marque la deuxième collaboration entre John Carpenter et l’acteur Kurt Russell, après LE ROMAN D’ELVIS tourné en 1979 pour la télévision puis diffusé par la suite au cinéma. Révélé vers la fin des années 60 et le début des années 70 dans des productions Disney, puis à la télévision dans la série western SUR LA PISTE DES CHEYENNES, Kurt Russell va trouver, avec le personnage de Snake Plissken, rebelle au système mais véritable héros au passé militaire légendaire, un rôle iconique auquel il sera définitivement associé.

Pour le reste de la distribution, John Carpenter a su bien entourer celui qui deviendra son acteur fétiche. Révélé par des westerns classiques comme LE TRAIN SIFFLERA 3  FOIS puis devenu l’un des acteurs mythiques de Sergio Leone dans ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS et LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND, Lee Van Cleef interprète ici le retors Hauk qui « piège » Snake Plissken. Autre vétéran à l’impressionnante carrière (TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES, VERA CRUZ, UN HOMME EST PASSÉ, LA HORDE SAUVAGE, BIENVENUE À GATTACA…), Ernest Borgnine incarne Cabbie le chauffeur de taxi.

Dans le rôle du président des États-Unis, le britannique Donald Pleasence fut déjà l’interprète de John Carpenter dans HALLOWEEN, dans le rôle du Dr Loomis. Il tournera à nouveau pour lui dans PRINCE DES TÉNÈBRES en 1987. Mais  sa carrière comprend de nombreux classiques : LA GRANDE ÉVASION, CUL-DE-SAC, LE VOYAGE FANTASTIQUE, LA NUIT DES GÉNÉRAUX, SOLDAT BLEU, THX 1138, LE DERNIER NABAB, PHENOMENA… Il fut la première incarnation de Blofeld, l’ennemi de James Bond, dans ON NE VIT QUE DEUX FOIS en 1967.

Compagne à l’époque de John Carpenter, Adrienne Barbeau, grande habituée des films de genre (FOG, CREEPSHOW, L’ÉQUIPÉE DU CANNONBALL…) incarne Maggie, seule présence féminine du film. Acteur célèbre pour ses rôles dans des films iconiques comme ALIEN, CHRISTINE, PARIS TEXAS ou FOOL FOR LOVE, Harry Dean Stanton jour le roublard « Brain » Hellman.

Plus connu pour être l’auteur / compositeur / interprète de SHAFT, célèbre chanson-titre du film de Gordon Parks en 1971, Isaac Hayes interprète ici le redoutable « Duc » de New York, chef de bande qui s’est auto-proclamé maître de l’île forteresse de Manhattan. Enfin, pour les amateurs de VO, la voix originale de l’introduction n’est autre que celle de Jamie Lee Curtis, révélée 3 ans plus tôt par Carpenter dans HALLOWEEN et future star d’UN FAUTEUIL POUR DEUX, UN POISSON NOMMÉ WANDA, BLUE STEEL ou TRUE LIES.

 

INSPIRATIONS ET FILM RÉFÉRENCE

Rapportant à sa sortie plus de 4 fois son budget initial de 6 millions de dollars, NEW YORK 1997 va devenir le plus grand succès commercial de John
Carpenter. Le film est également un succès critique, bien accueilli par l’ensemble de la presse dans le monde et lauréat de 4 Saturn Awards en 1982.

Film clé de la pop culture, NEW YORK 1997 ne peut cacher ses probables sources d’inspirations visuelles venant des comics et même de la bande dessinée européenne. Ainsi, Snake Plissken et son célèbre bandeau de pirate n’est pas sans rappeler le Nick Fury de chez Marvel.

Le décor d’un New York futur dévasté évoque étrangement celui de la BD française VALÉRIAN ET LAURELINE de Christin et Mézières, avec l’album LA CITÉ DES EAUX MOUVANTES.

Au delà de ses « emprunts » plus ou moins volontaires, NEW YORK 1997 est devenu en presque 40 ans une indéniable référence de la pop culture, dans les domaines de la SF et du « film d’évasion ». Plusieurs DTV, téléfilms et séries Z surferont sur le succès du film de Carpenter en puisant allègrement des éléments de son récit, de son décor et de ses personnages.

Par exemple, BANLIEUE 13 en 2004 et LOCK OUT en 2012, deux productions Luc Besson, présentent de grandes ressemblances avec NEW YORK 1997. Le second film fut d’ailleurs reconnu comme un plagiat du film de John Carpenter après un retentissant procès…

Dans le domaine du jeu vidéo, les auteurs de METAL GEAR  reconnurent avoir emprunté son nom au héros Snake Plissken pour leur personnage de super agent infiltré Solid Snake.

Enfin, en 1996, John Carpenter et Kurt Russell se retrouvèrent, après THE THING en 1982 et LES AVENTURES DE JACK BURTON en 1986 (BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA en VO) pour donner une suite à NEW YORK 1997. Mais LOS ANGELES 2013, plus ou moins considéré comme un remake inavoué, ne connut pas le même succès que le 1er film. Et l’idée d’une trilogie, avec un ultime volet nommé ESCAPE FROM THE EARTH, fut finalement abandonnée…

Véritable œuvre culte qui n’a pas pris une ride, NEW YORK 1997 suscite aujourd’hui des envies de remake d’un Hollywood en manque total d’inspiration, croyant à tort ne prendre aucun risques en enchaînant les prequels, reboots et autres spin-offs. Grossière erreur car il n’y a qu’un seul et unique Plissken. Si vous êtes digne de sa confiance, il vous laissera peut-être l’appeler Snake.

 

NEW YORK 1997 (1981) de John Carpenter.
Avec Kurt Russell, Lee Van Cleef, Adrienne Barbeau, Donald Pleasance, Harry Dean Stanton, Ernest Borgnine, Isaac Hays, Tom Atkins…
Scénario : John Carpenter et Nick Castle. Musique : John Carpenter et Alan Howarth.

Crédits photos : © AVCO Embassy Pictures

 

Bonus

NEW YORK 1997 en affiches, autour du monde…

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Je le croyais mort 😉
    Bravo pour ce riche recueil d’anecdotes.

    Aimé par 1 personne

    1. De rien et merci pour ton appréciation 😉

      Aimé par 1 personne

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