Pour une poignée de films… #32

32ème poignée de films en mode expresso avec au sommaire 3 films français : une daube faisandée et lourdingue, une énième errance bobo parisienne et une belle comédie mélancolique.

SI J’ÉTAIS UN HOMME de Audrey Dana (2017)

Jeanne (Audrey Dana), une jeune architecte, est plaquée par son mari. Se retrouvant seule à gérer travail et famille, elle se réveille un matin avec le sexe d’un homme qui a poussé entre ses jambes !

À l’approche des années 2020, les clichés sexistes sont toujours d’actualité dans la comédie française. La belle et talentueuse actrice Audrey Dana – ici réalisatrice et scénariste – y plonge à nouveau la tête la première après le bancal et raté SOUS LES JUPES DES FILLES, accumulation lourdingue de portraits de femmes pseudo humoristiques.

Ici, l’actrice-cinéaste tente de nous faire l’état des lieux de l’homo-erectus du 21ème siècle par le biais de l’humour potache et du fantastique. Son personnage se réveille un jour avec le service 3 pièces d’un mâle lambda, avec les surprises, bonnes ou mauvaises, que la surprenante situation  va entraîner dans son existence compliquée.

Donc, très loin du superbe titre de la chanteuse Diane Tell que cette comédie poussive s’est attribuée, le film pose son « énorme » sujet comme un pavé dans la mare : être un homme aujourd’hui, c’est avoir une paire de « cojones » sous le slip, une bistouquette et des coucougnettes sous le calefouette !

On comprend rapidement qu’Audrey Dana a probablement quelques comptes à régler avec une partie de la gente masculine. Mais la lourdeur de son propos de base provoque la gêne à défaut du rire.

Si le machisme forcené des hommes est, hélas, encore en vigueur dans notre quotidien, au travail comme en famille et chez certains couples, être un homme au 21ème Siècle est très certainement plus complexe qu’un braquemard et des burnes en dessous du nombril.

Certains et certaines s’imaginent déjà que ma réaction tient plus de l’individu blessé et de la vexation que d’un regard objectif. Que je n’ai pas saisi que le cinéma d’Audrey Dana s’adresse en priorité aux « filles » … En toute sincérité, ça n’est pas le cas. Quelques situations du film sont amusantes voire même touchantes. Certains personnages, comme celui d’Éric Elmosnino, toujours juste, et celui de Christian Clavier, drôle et sobre pour une fois, nous offrent de beaux moments.

Mais l’aspect (involontairement ?) réducteur du récit n’apporte rien au débat « hommes/femmes mode d’emploi », ni à la comédie. On en vient à imaginer le tollé général si, en inversant la situation, un acteur / réalisateur avait choisi d’évoquer la femme actuelle par le biais de son vagin, de ses talons-aiguilles et de son sac à mains… soit par le biais des clichés, pour que mes propos ne soient pas mal interprété.

En accumulant les lourdeurs d’un mauvais scénario, comme issu d’une époque lointaine, Audrey Dana tombe dans la facilité et les clichés à la pelle pour mieux régler ses comptes. Tant mieux pour elle, elle s’est fait plaisir. En oubliant de s’adresser au public.

 

PARIS EST À NOUS d’Elisabeth Vogler (2018)

Anna et Greg (Noémie Schmidt et Grégoire Isvarine) se rencontrent au cours d’une soirée et tombent amoureux l’un de l’autre. Un an plus tard, alors que Greg est à Lisbonne pour son travail, Anna décide de prendre l’avion pour le rejoindre…

Il y a 60 ans, une poignée de jeunes cinéastes cinéphiles transforma le cinéma français – et international – en imposant une vision « naturaliste », débarassée du carcan des tournages en studios et des scénarios trop écrits et convenus. Truffaut, Godard, Chabrol… apportaient un souffle nouveau à un art engoncé dans un certain confort classique et routinier. La « Nouvelle Vague » allait imposer son style, fait de tournage en pleine rue et d’improvisations plus ou moins réelles.

Aujourd’hui encore, cette étape importante dans l’histoire du 7ème art (le Nouvel Hollywood des années 60/70 s’en ai largement inspiré…) marque encore les esprits des jeunes auteurs. Pour le meilleur… mais aussi pour le pire, hélas.

PARIS EST À NOUS en est une nouvelle preuve. Film « évènement » dans sa conception, proposé sur la plateforme Netflix depuis le 22 février dernier, cette réalisation d’Elisabeth Vogler – nom véritable ou pseudo d’un collectif ? – fait aujourd’hui plus parler d’elle pour sa production et sa distribution originale que pour ses qualités d’œuvre à part entière.

Soit un tournage « à l’arrache et dans l’urgence » comme dirait un pseudo journaliste des Inrocks entre deux harcèlements de la Ligue du LOL, étalé sur 3 ans et mis en place grâce à un budget participatif, avec une petite caméra numérique dans les rues de la capitale, en pleine période secouée d’après attentats, sans autorisations et en filmant la population sans son consentement ! La génération smartphone se sert là où elle peut et veut, sans se soucier des autres, pour mieux en rire sur les plateaux télé…

Le gros problème de PARIS EST À NOUS – tout est dans le titre bobo chic – est son ennui mortel. Soit près d’1h30 d’errance dans les rues de Paris, de (très) mauvaises interprétaions et d’absence de naturel magré un tournage sur le vif. Bénéficiant malgré tout d’un grand sens esthétique, le film puise allègrement dans de belles références – on pense entre autres, pour le sujet, à CLÉO DE 5 À 7 d’Agnès Varda – pour aboutir à une énième « œuvre » auteurisante sur la vie, l’amour, les avions manqués et les drames évités ou pas.

C’est pompeux, pompant et d’une assurance incompréhensible compte tenu du résultat. Reste au jeune collectif derrière ce 1er film la chance d’avoir pu mettre en place un tel projet, et d’avoir déniché une distribution internationale par le biais de Netflix. Pour la suite, il leur reste encore à faire de bons films.

 

BELLES FAMILLES (2015) de Jean-Paul Rappeneau

Jérôme Varenne (Mathieu Amalric) est un homme d’affaire français, installé à Shanghai depuis plus de 10 ans. À l’occasion d’un voyage d’affaires à Londres, il en profite pour revoir sa mère et son frère (Nicole Garcia et Guillaume de Tonquédec). Mais les retrouvailles se passent mal lorsque Jérôme découvre que la belle demeure familiale, située en province, est sur le point d’être vendue dans le cadre d’un projet immobilier…

Jean-Paul Rappeneau est un cinéaste rare. Et ce qui est rare est cher, dit-on. Cher à nos âmes et à nos cœurs de cinéphiles pourrait-on ajouter tant le réalisateur a mis-en-scène de belles pépites du cinéma français.

Passé quelque peu inaperçu lors de sa sortie en salles il y a 4 ans, bien qu’ayant attiré plus d’1 million de spectateurs, BELLES FAMILLES est une belle comédie mélancolique et classique, « à l’ancienne » pourrait-on dire sans que cela prenne un sens péjoratif.

Pas question ici de caméra tremblotante pour simuler le mouvement, ni de dialogues improvisés pour « sonner vrai ». Rappeneau, comme à son habitude, a ciselé son scénario et ses mots, pour mieux évoquer les tourments tragi-comiques de l’existence.

Au delà de cette volonté d’écriture et de récit construit à l’extrême, tout ici sonne vrai pour qui aura déjà connu l’irrésistible venin sucré du coup de foudre dévastateur, le poids du passé que l’on traîne malgré soit, et ces moments de profonde nostalgie que l’évocation des souvenirs familiaux provoque sans que l’on s’y attende.

Derrière l’ironie de son titre à double sens, BELLES FAMILLES nous offre un beau récit doux-amer, virevoltant comme le sont toutes les comédies de Jean-Paul Rappeneau, saupoudrées de larmes et d’éclats de rire.

Soutenu par un très beau casting – Nicole Garcia, Karin Viard, Gilles Lellouche, Marine Vacth, Guillaume de Tonquédec… – dominé par l’attachant Mathieu Amalric, parfait en entrepreneur perdu et submergé par les souvenirs, BELLES FAMILLES se savoure avec cette complicité trop souvent ignoré dans notre cinéma hexagonal.

Sans chercher l’esbrouffe d’une réalisation tape-à-l’œil et tendance, ce beau film de Rappeneau nous prouve que la tradition a parfois du bon.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Mieux vaut donc privilégier les vieux pots que cette marmelade de dernière génération qui fait du LOL quand elle veut donner la leçon, prescriptrice du bon goût et du bien penser quitte à faire rimer féminisme avec extrémisme. N’ayant vu aucun des trois films, je suis sans doute bien mal placé pour juger. néanmoins, je fais confiance à votre plume qui parle pour eux.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci. « Vieux pot » n’est peut-être pas le terme approprié 😉 Mais honnêtement, je préfère le classicisme et l’élégance de Jean-Paul Rappeneau. Après, le cinéma français est capable du meilleur, comme l’ont récemment prouvé Le Chant Du Loup ou Grâce À Dieu de François Ozon. Mais ce sont de rares exemples pour trop de All Inclusive ou de Qu’est-ce Qu’on A Fait Au Bon Dieu bas de gamme

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