Batman se fait une toile #2

Deuxième partie de cette série d’articles consacrée aux adaptations du Caped Crusader au cinéma. Après les serials des années 40 et la Batmania des années 60, faisons un bon dans le temps pour atterrir à la fin des années 80, époque d’une nouvelle Batmania et d’une nouvelle série de films…

 

 

Retour à la noirceur…

Après 2 décennies teintées de délire et d’histoires fantaisistes, les années 70 offrent l’occasion au personnage de Batman de revenir à la noirceur des origines. Les publications de cette période, politiquement et socialement chargée dans l’histoire des États-Unis, reflètent l’époque : guerre du Vietnam, violence des grandes villes, ségrégation, manifestations contestataires, libération des mœurs…

Neal Adams, dessinateur de légende, va rendre ses lettres de noblesse au Chevalier Noir de Gotham City. Batman redevient le mystérieux combattant du crime, évoluant la nuit pour mieux s’y dissimuler, source certaine de peur pour les truands de toute sorte.

Batman, vu par Neal Adams.

D’un trait racé, Neal Adams propose un Batman élancé et gothique, torturé et fascinant, déclenchant une nouvelle étape décisive dans le parcours du personnage. Dans cette mouvance, le cadre même du super-héros – décors, ennemis, situations… – s’adapte à ce retour aux sources, s’éloignant volontairement des couleurs criardes et des récits « pop » qui ont lassé le public.

Au milieu des années 80, l’impact des comics THE DARK KNIGHT RETURNS de Frank Miller, de BATMAN : YEAR ONE de Mazzuchelli et Miller et de THE KILLING JOKE de Alan Moore et Brian Bolland relance fortement l’intêret pour le Caped Crusader. Sombres, réalistes et remarquablement conçus, ces « graphic novels » rendent ses lettres de noblesse au Chevalier de Gotham, lui redonnant un nouvel intêret.

Batman, vu par Frank Miller dans THE DARK KNIGHT RETURNS.

Entre 1988 et 1989, la Warner Bros, détentrice de DC Comics, décide de monter une grosse production autour du personnage. La réalisation est confiée à un jeune cinéaste, Tim Burton, qui vient tout juste de faire parler de lui avec le succès surprise d’une comédie fantastique noire et décalée : BEETLEJUICE.

Burton n’est pas un fan de comics mais la noirceur des titres de Miller, Bolland et Moore lui plaisent. Et l’idée de pouvoir présenter sa vision du Joker, personnage proche de son univers, l’intéresse.

 

Le diptyque Burton (1989-1992)

En s’attaquant au projet BATMAN, Tim Burton ne s’attendait probablement pas à connaître des moments parmi les plus difficiles de sa carrière. Malgré son talent et l’accord passé, la Warner lui met une pression de tous les instants, bien consciente de jouer un double coup de poker des plus hasardeux en misant sur un réalisateur encore peu expérimenté… et sur un personnage de comics !

Michael Keaton et Tim Burton sur le tournagede BATMAN (1989)

Très loin de notre époque où les films tirés de comics s’apparentent à de juteuses productions rentrant le plus souvent dans leurs frais et sources de recettes financières alléchantes, la fin des années 80 n’est guère propice à ce genre de projets. Marvel n’a vu que de piètres productions de Captain America ou des 4 Fantastiques débarquer sur grand écran, et une adaptation de SPIDERMAN signé James Cameron est vite tombée aux oubliettes.

En 1987, SUPERMAN IV, produit par la Cannon, instigatrice des derniers Chuck Norris, marque la fin – pour longtemps – du fils de Krypton sur grand écran, fragilisant un peu plus la Warner quant à son ambitieuse notion d’un film sur Batman.

Machoires serrées et regard de dingue, Michal Keaton est Batman.

Mais déjà peu rassuré par le choix de Burton à la réalisation, les Bat-fans du monde crient au scandale lorsqu’ils apprennent le nom de l’acteur pour incarner le double-rôle de Bruce Wayne / Batman : Michal Keaton, 1,m75, plusieurs comédies lourdingues à son actif et une belle coupe mulet en vogue à l’époque, est choisi là où beaucoup attendaient un Tom Cruise ou un Michael Paré (LES RUES DE FEU, PHILADELPHIA EXPERIMENT…).

Cette décision originale, imposée par Burton avec qui Michael Keaton vient de tourner BEETLEJUICE, provoque un véritable boycott général du public et de la critique avant même la sortie du film. Le cinéaste soutient sa décision en s’appuyant sur une notion qui se défend : pourquoi un homme, milliardaire qui plus est, aurait besoin de se grimer pour s’imposer auprès des truands… s’il était déjà lui-même un colosse de près de 2 m ?

Mais les jeux sont faits et l’annonce d’un casting composé entre autres de Kim Basinger et, surtout, de Jack Nicholson en Joker va atténuer les mauvais échos que le film traîne déjà derrière lui.

Dans la Batcave…

Bientôt, une première photo de Keaton, regard sombre et machoires serrées, se tenant debout dans un costume entièrement noir et devant une Batmobile néo-gothique imposante, rassure la Bat-sphère. Porté par une BO associant plusieurs titres originaux de Prince – dont le tube BATDANCE – et une partition sombre et puissante de Danny Elfman, ainsi qu’un remarquable travail sur les costumes et les décors par Bob Ringwood et Anton Furst, inspirés des films de gangsters des années 20 et 30, BATMAN sort en 1989 et connaît un triomphe planétaire.

Ce succès permettra à Burton de s’imposer et de réaliser son plus beau film (à mes yeux) en 1990 avec EDWARD AUX MAINS D’ARGENT. En 1992, le cinéaste revient au Caped Crusader avec BATMAN RETURNS / BATMAN LE DÉFI. S’intéressant toujours plus à ses ennemis qu’au super-héros lui-même – ce qui lui sera souvent reproché par la suite – le réalisateur met en valeur les personnages hors-normes du Pingouin et de Catwoman, brillament interprétés par Danny De Vito et la sublime Michelle Pfeiffer, meilleure interprète au cinéma de la femme-chat, mi voleuse mi héroïne vengeresse, face au détestable industriel Max Schrek (Christopher Walken).

Danny DeVito et Michelle Pfeiffer dans BATMAN RETURNS (1992)

Si cette suite est à nouveau un succès mérité, teintée de poésie macabre et de répliques à double-sens, le film est bien trop sombre pour la Warner, soucieuse de ne pas perdre son public le plus jeune. Mais l’autre « inconvénient » du diptyque Burton est très certainement d’être trop… Burtonien ! Oubliant justement que les comics du personnage les plus réussis ont vu leurs auteurs respectifs imposer leurs pattes, certains fans sont partagés quant à ces 2 visions de leurs héros, et cela malgré un Bob Kane (co-créateur de Batman… et lui-même motivé par un poste de consultant sur chaque film produit) se voulant rassurant quant aux options du cinéaste.

Batman contre le Fantôme Masqué (1993)

Avec le succès du diptyque Burton, l’année 1992 voit débarquer à la télévision un magnifique cartoon reprenant les aspects gothiques et rétro-furistes des films. BATMAN ANIMATED ou BATMAN LA SÉRIE ANIMÉE.

Créé par le duo Bruce Timm et Paul Dini, BATMAN THE ANIMATED SERIES reprend l’univers sombre des films de Tim Burton et le style graphique art-déco du cartoon SUPERMAN des frères Fleisher, au début des années 40, pour offrir l’une des plus belles – si ce n’est la plus belle – adaptation du comics de chez DC.

Les débuts de Bruce Wayne sous le masque de Batman…

Soutenu par la réorchestration de la BO de Danny Elfman par la talentueuse Shirley Walker, la série animée BATMAN s’impose rapidement comme un succès commercial et artistique. Après le diptyque de Burton, un long-métrage animé, BATMAN : MASK OF THE PHANTASM (BATMAN CONTRE LE FANTÔME MASQUÉ en VF), est réalisé pour une sortie en salles aux États-Unis.

L’histoire du film voit Batman / Bruce Wayne affronter un mystérieux vengeur nocturne, éxécutant les malfrats de Gotham City les uns après les autres de façon expéditive. Alors que le Caped Crusader tente de connaître l’identité du tueur, des flashbacks nous font revenir aux origines du super-héros…

Qui se cache derrière le Fantôme Masqué ?

Grande réussite plastique et scénaristique, BATMAN CONTRE LE FANTÔME MASQUÉ sera un échec injustifié lors de sa distribution en salles en 1993. Une probable incompréhension d’un public, freiné par la fausse idée d’un film d’animation pour enfants quand d’autres y ont vu une œuvre trop sombre pour les plus jeunes. Ou un blocage de ceux ne comprenant pas pourquoi ils iraient payer une place de cinéma pour un programme déjà diffusé à la télévision…

Distribué directement en vidéo pour sa sortie française, BATMAN CONTRE LE FANTÔME MASQUÉ bénéficie aujourd’hui d’un beau statut de film culte et s’avère, pour de nombreux Bat-fans, comme l’adaptation cinématographique la plus réussie du héros de Gotham sur grand écran.

Batman dans sa croisade nocturne contre le crime…

 

Le diptyque Schumacher (1995-1997)

En 1994, alors qu’un 3ème opus se met en place, Tim Burton quitte la Batcave, suivi par Michael Keaton. Se tournant vers un cinéaste plus « consensuel » avec Joel Schumacher (LOST BOYS, LE CHOIX D’AIMER, L’EXPÉRIENCE INTERDITE…), réalisateur touche-à-tout passant du drame lacrymale au thriller fantastique, la Warner voudrait un acteur plus physique pour reprendre la cape et le masque du justicier de Gotham.

Alors que Schumacher souhaiterait réaliser un prequel en adaptant le BATMAN : YEAR ONE de Frank Miller et David Mazzucchelli, les dirigeants de la Warner lui imposent une orientation colorée, pop et légère après les choix trop sombres à leur goût de Tim Burton.

La légende raconte que Val Kilmer, sorti du succès mérité des DOORS d’Oliver Stone, se trouvait en Afrique pour les repérages de L’OMBRE ET LA PROIE dans une grotte remplie… de chauve-souris lorsqu’il apprit qu’il était choisi pour reprendre le personnage de Batman !

Batman (Val Kilmer) et le Dr Chase Meridian (Nicole Kidman)

Quel que soit la part de vérité, l’acteur ne connaît pas les problèmes rencontrées par Michael Keaton et parvient avec aisance à endosser le smoking de Wayne comme le Bat-costume de Batman. Face à lui, Jim Carrey en Homme-Mystère et Tommy Lee Jones en Double-Face cabotinent à outrance, écrasant trop souvent la personnalité du héros.

Coloré, tout en éclairage aux néons fluos comme un retour à la série des années 60, BATMAN FOREVER est un nouveau succès pour la franchise. Schumacher parvient à rassurer les producteurs avec une œuvre plus « grand public » malgré quelques plans et des allusions crypto-gays – plus poussées dans le film suivant – qui feront râler les bien-pensants.

Double-Face (Tommy Lee Jones) et L’Homme Mystère (Jim Carrey)

Fun, rythmé, soutenu par une BO réussi et de nouvelles répliques cinglantes, BATMAN FOREVER ne fait pourtant pas l’unanimité de tous, certains lui préférant… la noirceur des films de Tim Burton ! Difficile de contenter tout le monde…

Le film s’en sort sans démériter et son succès entraîne la pré-production d’un 4ème opus, BATMAN & ROBIN pour 1997. Mais Val Kilmer quitte le Bat-boat pour d’autres projets (sa participation à l’excellent HEAT, entre autres…). Des rumeurs ont évoqué une mésentente avec Joel Schumacher, d’autres ont abordé le peu d’intêret de l’acteur pour le personnage et sa personnalité « difficile ».

La famille s’agrandit : autour de Batman (George Clooney), Batgirl (Alicia Silverstone) et Robin (Chris O’Donnell)

Toujours est-il qu’un nouvel acteur est engagé pour le double-rôle. Encore peu connu à l’époque mais s’imposant dans la série hospitalière à succès URGENCES, George Clooney met de côté temporairement la blouse verte et le stéthoscope du Dr Ross pour se glisser dans le Bat-costume.

Face à un Arnold Schwarzenegger hystérique et engoncé dans son costume de Mr Freeze, et à une Uma Thurman pas encore magnifiée par Tarantino, vénéneuse et sans nuances dans le rôle de l’écolo Poison Ivy, Clooney fait une piètre contre-performance en cherchant à insuffler plus de légèreté à Wayne / Batman. Si sa complicité avec Chris O’Donnell, juste en Robin, fonctionne, son peu de crédibilité dans certaines séquences dramatiques (au chevet d’Alfred, agonisant dans son lit, par exemple…) ne laisse pas un souvenir impérissable.

Tout en « kolossale » finesse, Schwarzy brise la glace dans BATMAN & ROBIN.

Ajoutez à cela des scènes frisant le grotesque (la Bat-carte de crédit) quand d’autres sont d’une touchantes poésie (la larme gelée de Freeze devant le corps de sa femme en état de stase), des choix plus que contestables comme celui de faire de Bane un « mongolito » grognant et bourré de muscles sous perfusions (alors que le personnage du comics est bien plus intelligent et dangereux…), l’arrivée d’une Batgirl (Alicia Silverstone), boulotte et inutile, et une ridicule controverse autour des têtons placés sur les costumes des héros.

Gloubi-boulga trop fluo et indigeste malgré quelques touches intéressantes, BATMAN & ROBIN est un échec artistique et financier, trop souvent imputé à George Clooney (qui continue de s’excuser aujourd’hui pour le film) ou à Schumacher pour ses choix maladroits. Le film est surtout la preuve d’une machine trop confiante, cherchant à réunir tous les publics possibles tout en oubliant l’élément-clé indispensable au bon fonctionnement de la production : un héros marquant et crédible.

Dans BATMAN & ROBIN, Poison Ivy (Uma Thurman) s’épile les dessous de bras à la cire chaude.

Il faudra attendre près de 10 ans, en 2005, pour que Batman fasse enfin un retour triomphant sur grand écran…

 

Fin de la deuxième partie de ce dossier. Mais Batman reviendra sur le blog pour une 3ème partie consacrée à la trilogie de Christopher Nolan…

Retrouvez les 3 autres parties de la saga Batman au cinéma :

• Batman se fait une toile #1

• Batman se fait une toile #3

• Batman se fait une toile #4

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