Revoir WOLFEN

Au début des années 80, la légende du loup-garou fait un retour en force au cinéma. La même année, HURLEMENTS et LE LOUP-GAROU DE LONDRES débarquent en salles et attirent les amateurs de fantastique.

WOLFEN est un cas à part. Considéré à tort comme un film d’horreur et une nouvelle approche du mythe du loup-garou, le film de Michael Wadleigh a des aspects socio-politiques et écologiques évidents, liés à un thriller des plus efficaces.

Retour sur le parcours d’un film hors normes, devenu culte.

 

Des origines littéraires

WOLFEN est inspiré d’un roman de Whitley Strieber, auteur de récits fantastiques et de
science-fiction réputé outre-atlantique. On lui doit, entre autres, COMMUNION, récit dans lequel il évoque son enlèvement par des extra-terrestres, et surtout LES PRÉDATEURS, adapté à l’écran par Tony Scott en 1983 avec Catherine Deneuve, David Bowie et Susan Sarandon. Ce roman fait d’ailleurs partie d’une trilogie que Strieber conçut entre 1981 et 2002.

Le roman THE WOLFEN de Strieber interpelle Hollywood et devient rapidement l’un des premiers projets de la jeune société Orion Pictures, future productrice de TERMINATOR et ROBOCOP.

 

Dieu ou Diable ?

L’histoire de WOLFEN débute à New York dans les années 80. Un riche promoteur immobilier et sa femme sont retrouvés sauvagement assassinés. Une enquête est menée par Dewey Wilson (Albert Finney), un flic mis à l’écart par sa hiérarchie, et Rebecca Neff (Diane Venora), une experte en psychologie légale, concluant à l’acte de terroristes.

Wilson et Neff s’orientent vers certains activistes amérindiens, dont Eddie Holt (Edward James Olmos). Mais bientôt, d’autres crimes du même ordre sont commis dans les quartiers en ruine de la ville. Des indices retrouvés sur les corps amènent à envisager la présence de loups en plein New York…

Jouant habilement sur la suggestion, WOLFEN parvient ainsi à instaurer un véritable suspense et une angoisse des plus soutenues. Évitant les aspects glamour et chic usuels de la « Grande Pomme » pour en présenter les côtés les plus sombres et insolites, le film de Michael Wadleigh parvient à rendre crédible un récit basé sur des mythes ancestraux, confrontant le concret de la ville à l’inexplicable des légendes.

 

Un cinéaste rare

Le réalisateur Michael Wadleigh est essentiellement connu pour ses reportages dont le célèbre WOODSTOCK, Oscar du meilleur documentaire en 1970 sur le célèbre concert. WOLFEN représente à ce jour la seule fiction qu’il tourna.

En tête du casting, on retrouve Albert Finney, magnifique Hercule Poirot du CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS de Sidney Lumet en 1974. D’origine britannique, Finney eut une impressionnante carrière jusqu’à sa disparition cette année : TOM JONES de Tony Richardson, VOYAGE À DEUX de Stanley Donen, LES DUELLISTES de Ridley Scott, LOOKER de Michael Crichton, AU DESSOUS DU VOLCAN de John Huston, MILLER’S CROSSING des frères Coen, ERIN BROCKOVICH de Steven Soderbergh, SKYFALL de Sam Mendes…

Autour d’Albert Finney, on retrouve Diane Venora, vue entre autres dans COTTON CLUB, BIRD et HEAT.  Edward James Olmos est principalement connu pour ses rôles dans BLADE RUNNER au cinéma et dans les séries tv DEUX FLICS À MIAMI et BATTLESTAR GALACTICA.

Légiste dans WOLFEN, l’acteur et danseur Gregory Hines, disparu en 2003, fut remarqué dans COTTON CLUB, SOLEIL DE NUIT et RAGE À HARLEM. Incarnant ici un zoologiste, on se souvient essentiellement de Tom Noonan pour ses rôles de tueurs en série dans LE SIXIÈME SENS / MANHUNTER et LAST ACTION HERO.

 

Réalisme, Steadicam et filtres optiques

Venant du documentaire, Wadleigh eut à cœur d’utiliser le moins d’artifices possibles pour WOLFEN. Il filma ainsi de véritables quartiers en ruine de New York et sa banlieue, comme dévastés par une guerre ou un séisme. Seule l’église du film nécessita la construction d’un décor.

Utilisant la caméra subjective pour figurer la vision des loups, des filtres optiques donnèrent à l’écran cette tonalité si particulière.

Spécialiste en effets visuels et cofondateur du studio ILM, Robert Blalack eut recours à une solarisation de la pellicule et à une variation des couleurs pour figurer les difèrentes émotions ressenties par les loups.

Enfin, le chef opérateur Garrett Brown, créateur du Steadicam, fut appelé pour donner au film ses mouvements de caméra amples et proches du sol.

 

Les loups de Wall Street

Sur le tournage de WOLFEN, de vrais loups furent filmés, principalement pour les scènes finales. Bien évidemment, impossible d’utiliser les images de synthèse en 1981 ! Bénéficiant de dérogations spéciales, les séquences avec les loups nécessitèrent une organisation des plus strictes.

De hautes palissades furent dressées dans les quartiers de Wall Street pour canaliser les loups du tournage et éviter ainsi d’éventuels drames ! Des conditions de tournage impressionnantes qui seraient inimaginables aujourd’hui…

 

Thriller et film engagé

S’il reste toujours aussi impressionnant et marquant pour son récit fantastique et ses images virtuoses, WOLFEN n’en demeure pas moins un cri d’alarme écologique. Le lien entre la disparition des loups et celle de la communauté amérindienne est évidente, avant même les explications données dans certaines scènes du film.

Lorsque l’Amérique fut colonisée, les nations Indiennes furent décimées, tout comme les loups furent chassés et trop longtemps considérés comme des bêtes malfaisantes. La nature humaine, au plus profond de son âme, est mise en accusation et montré ouvertement du doigt.

WOLFEN, tout en restant un thriller prenant au suspense soutenu, n’oublie pas d’envoyer aux spectateurs un message écologique bienvenu. Près de 40 ans après sa sortie, l’impact du film de Michael Wadleigh est toujours aussi efficace.

Oubliez les rythmes épileptiques des films récents : WOLFEN prend son temps. Le temps d’installer une ambiance inquiétante, de mettre en place une atmosphère fantastique dans un quotidien urbain des plus classiques. Un polar où l’inexplicable vient bouleverser ce que l’on croit connaître et maîtriser.

Devenu culte comme de nombreuses œuvres des années 80, le film va bien au-delà du genre dans lequel on pourrait trop facilement le placer. C’est une œuvre utile, une façon d’apprendre à mieux nous comporter derrière le divertissement et l’effroi.

 

WOLFEN (1981 de Michael Wadleigh.
Avec Albert Finney, Dianne Venora, Edward James Olmos, Gregory Hines, Tom Noonan, Dick O’Neill…
Scénario : Michael Wadleigh, David Eyre et Eric Roth d’après le roman de Whitley Strieber : The Wolfen.
Musique : James Horner.

Crédits photos : © Orion Pictures

 

Bande-annonce

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Superbe article (j’adore « les loups de Wall Street »). En effet, il faut revoir Wolfen, film trop oublié aujourd’hui au profit des Hurlements et autre Loup-garou de Londres qui firent sensation un peu après. D’abord il faut se souvenir d’Albert Finney, acteur génial qui travailla beaucoup avec Lumet. Pas sexy pour deux sous ici, en opposition à tous ces flics beau gosse qui peuplent les polars. Et puis il y a Olmos en Indien, les réminiscences de la colonisation, une bonne dose de shamanisme et une utilisation expert de la steadical et du ralenti. Un film de très grande qualité.

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  2. Merci 😉 C’est le steadicam.

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    1. princecranoir dit :

      Oui mince, je ne me suis pas relu. 🙄

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