Batman se fait une toile #3

Troisième volet de la saga BATMAN SE FAIT UNE TOILE, à l’occasion des 80 ans du Caped Crusader. Et retour sur une trilogie qui va marquer les adaptations de comics sur grand écran : celle que l’on nomme le plus souvent la « trilogie Nolan » du nom de son réalisateur et créateur.

 

Batman : retour aux origines

Après BATMAN ET ROBIN, un nouvel opus est envisagé avec la même équipe – Joel Schumacher à la réalisation, George Clooney et Chris O’Donnell dans les rôles de Batman et Robin – et toujours produit par la Warner. Nommé BATMAN TRIUMPHANT ou encore BATMAN UNCHAINED, ce projet est stoppé devant les résultats négatifs de BATMAN ET ROBIN.

Plusieurs tentatives sont envisagés pour relancer la Bat-franchise avec entre autres une adaptation du comics BATMAN : YEAR ONE ou même du cartoon BATMAN BEYOND / BATMAN LA RELÈVE. Mais les années passent sans que l’un de ces concepts ne voit le jour.

Christopher Nolan, le jeune Jack Gleason et Katie Holmes sur le tournage de BATMAN BEGINS.

En 2003, le cinéaste Christopher Nolan, encore peu connu mais remarqué pour des polars complexes et exigeants comme MEMENTO et INSOMNIA, est choisi pour mettre en scène les nouveaux exploits du Caped Crusader.

Co-signant le scénario avec le réalisateur / scénariste / producteur David S. Goyer (la trilogie BLADE, le scénario de DARK CITY…), Nolan souhaite ancrer Batman et son univers dans un contexte réaliste, loin des délires colorés de Schumacher. Ce choix va s’avérer gagnant : intitulé BATMAN BEGINS, le film remet à zéro les compteurs de la série en proposant une relecture des origines de Batman, sur une tonalité réaliste, privilégiant autant le fond que la forme.

Retour à des origines sombres et mystérieuses pour Batman…

 

Un parfum de polar urbain

BATMAN BEGINS s’éloigne volontairement du « decorum » fantaisiste surdéveloppé dans BATMAN ET ROBIN pour se rapprocher du polar urbain des années 70. Mis en place comme un « origins story », le film est le premier – et le seul à ce jour – à évoquer dans le détail ce qui a poussé Bruce Wayne à s’engager dans une croisade contre le crime, puis à s’entraîner physiquement et spirituellement pour affronter le mal.

Si le film demeure très fidèle aux comics dont il s’inspire, certaines libertés sont prises telle la formation que suit Bruce Wayne pour devenir Batman ou le traitement de certains personnages comme James Gordon, présenté parfois dans le comics comme un homme nettement plus âgé que Wayne ou arrivant à Gotham City en même temps que le jeune milliardaire (cf BATMAN : YEAR ONE).

La mort brutale de ses parents va transformer à jamais Bruce Wayne (Gus Lewis).

Le « réalisme » est de rigueur. Nolan implique dès le début le spectateur, le faisant participer à la mise-en-place des éléments iconiques de l’univers Batman : la découverte de la Batcave, la mise-au-point du costume et de ses accessoires, la Batmobile aux allures de char d’assaut, etc…

BATMAN BEGINS revient également sur le choix de Bruce Wayne pour l’image effrayante de la chauve-souris à travers 2 évènements liés à son enfance. Ainsi, s’appuyant sur ce passé et sur son apprentissage auprès d’une société secrète et mystérieuse, le choix du costume n’est pas gratuit. Sans pour autant jouer la carte actuelle du « on va tout vous dire », Nolan nous rend complice de la « métamorphose ».

Une impressionnante Batmobile aux airs de char d’assaut…

Comme dans le comics DC, Gotham City est une cité sombre et tentaculaire, gangrénée par le crime organisé à l’image de villes comme Chicago ou New York durant des années. La ville n’a rien à voir avec la cité gothique développée chez Tim Burton mais relève plus de la mégalopole poisseuse vues dans de nombreux polars des années 30 à 70.

 

Un casting sans fautes

Nolan et son équipe brouillent les cartes quant au casting de BATMAN BEGINS. Généralement habitué aux rôles « positifs », Liam Neeson incarne ici un mentor ambigu. La fin du film révèle la véritable identité de son personnage, soit Ra’s al Ghul, l’un des ennemis les plus redoutables de Batman dans l’univers des comics. Charismatique, le choix de Neeson pour le personnage s’avère judicieux.

Liam Neeson, impérial dans le rôle de Ra’s al Ghul, « la tête du démon ».

À l’inverse, Gary Oldman interprète un personnage positif et indissociable du monde de Batman : le commissaire James Gordon, seul – ou presque – flic intègre de Gotham City et l’un des alliés les plus précieux du Caped Crusader. Oldman donne au rôle une belle interprétation, sobre, émouvante et crédible.

Gary Oldman campe un James Gordon intègre et crédible.

Impossible d’évoquer l’univers de Bruce Wayne / Batman sans présenter le personnage d’Alfred Pennyworth. Majordome et confident du milliardaire orphelin, Alfred est aussi le premier à connaître les secrets de son maître. Le grand Michael Caine apporte au personnage toute son élégance naturelle et son ironie british, complice et confident de toujours.

Le grand Michael Caine apporte humanité et humour British au personnage d’Alfred Pennyworth.

Dans des rôles secondaires mais tout autant essentiels dans le récit, Morgan Freeman en Lucius Fox, chef du département technologique de Wayne Industries, et le regretté Rutger Hauer en Richard Earle, nouveau directeur retors de Wayne Industries, viennent compléter cette belle distribution.

Morgan Freeman, parfait dans le rôle de l’indispensable Lucius Fox…

Enfin, impossible d’évoquer ce casting hors pair sans parler de Christian Bale, probablement le meilleur interprète à ce jour du double rôle Bruce Wayne / Batman. L’acteur avait excessivement repris du poids pour perdre son apparence squelettique, à peine sorti du tournage de THE MACHINIST, au point d’être surnommé « Fatman » par l’équipe de tournage ! Revenu à un poids idéal et à la musculature nécessaire au personnage, Bale donne à ce double rôle les fêlures et la noirceur idéales, revenant après les délires colorées de BATMAN ET ROBIN à un Caped Crusader mystérieux et inquiétant, à l’image du personnage des Comics DC.

Christian Bale, crédible et impliqué dans le double rôle de Batman / Bruce Wayne.

Cillian Murphy prête quant à lui son visage androgyne au personnage du Dr Jonathan Crane, alias l’Épouvantail, l’un des plus retors ennemis de Batman, usant de ses connaissances en psychologie pour créer des drogues hallucinogènes mortelles.

Cilian Murphy, inquiétant dans le rôle du Dr Crane alias l’Épouvantail…

Seule peut-être Katie Holmes, dans le rôle de Rachel Drawes, amie d’enfance et grand amour de Bruce Wayne, n’est pas vraiment convaincante dans un rôle pourtant essentiel à l’histoire. Force est de reconnaître que le développement du rôle n’est pas vraiment convaincant comparé à ceux des autres personnages…

Katie Holmes est Rachel, amie d’enfance et grand amour contrarié de Bruce Wayne.

 

Tournage autour du monde et BO à 4 mains

Point de ville recréée principalement en studio comme pour le BATMAN de Tim Burton. Pour représenter les extérieurs de Gotham City, Nolan opte pour les décors naturels de grandes cités comme Chicago, Waukegan ou New York. Les décors naturels de l’Islande vont illustrer le début du film, tout comme ceux du château Mentmore Towers en Grande-Bretagne serviront à représenter le manoir Wayne.

Réputée pour ses immenses hangars à dirigeables et sa base aérienne inaugurée durant la 1ère Guerre mondiale, le village de Cardington, en Angleterre, servira pour la construction de quelques décors extérieurs. D’autres décors seront réalisés aux célèbres studios britanniques de Shepperton.

Liam Neeson et Christian Bale sur le tournage de BATMAN BEGINS…

Comme à son habitude, Christopher Nolan va privilégier les effets spéciaux en direct et autres effets de plateaux par rapport aux images numériques, utilisées au minimum sur BATMAN BEGINS.

La Bande Originle de BATMAN BEGINS va être composée par les 2 auteurs Hans Zimmer et James Newton Howard. Pour l’anecdote, les 12 titres de l’album prennent les noms scientifiques d’une chauve-souris. Et les initiales des morceaux 4 à 9 forment le nom de… B-A-T-M-A-N !

Hns Zimmer et James Newton Howard

 

Pièce maîtresse

BATMAN BEGINS est un succès à sa sortie. Bien entendu, une suite est envisagée et, en 2008, Christopher Nolan va réaliser la « pièce maîtresse » de sa trilogie avec THE DARK KNIGHT. Si le 1er opus était une présentation quelque peu obligée, cette suite, véritable réussite tant visuelle que scénaristique, va s’imposer comme la parfaite alliance du blockbuster et du film d’auteur.

THE DARK KNIGHT, la pièce maîtresse de la Trilogie Nolan…

THE DARK KNIGHT introduit le personnage d’Harvey Dent, procureur intègre et fougueux, dans sa croisade officielle contre le crime à Gotham City. Mais l’arrivée du Joker, un dangereux et imprévisible criminel, va bouleverser les aspirations de Dent comme l’engagement de Batman à combattre le mal.

Aaron Eckhart dans le rôle d’Harvey Dent / Double Face…

Reprenant les acteurs principaux de BATMAN BEGINS – mais se permettant quelques changements bienvenus avec Maggie Gyllenhaal reprenant le rôle de Katie Holmes – THE DARK KNIGHT voit l’arrivée d’Aaron Eckhart, impeccable en Harvey Dent / Double Face, redonnant au personnage sa véritable profondeur dramatique là où la vision de Joel Schumacher pour BATMAN FOREVER en avait fait un bouffon.

Maggie Gyllenhaal reprend le rôle de Rachel Dawes.

Mais THE DARK KNIGHT est sublimé par l’impressionnante interprétation du regretté Heath Ledger. Composant un Joker menaçant et imprévisible, bien plus torturé que la version certes réussie de Jack Nicholson, le jeune acteur australien est saisissant dans le rôle de l’ennemi numéro 1 de Batman. Joué comme un terroriste adepte du chaos total, le Joker d’Heath Ledger lui vaudra plusieurs prix d’interprétation mérités, dont un Oscar, mais à titre posthume. L’acteur décède d’un puissant mélange de médicaments au début de l’année 2008, plusieurs mois avant la sortie du film.

Heath Ledger, impressionnant et terrifiant Joker dans THE DARK KNIGHT.

Véritable phénomène de l’été 2008, THE DARK KNIGHT sera le premier film exploité en salles à être tourné en partie en IMAX (comme la scène de hold-up de l’introduction). Ce 2ème volet va connaître un engouement mondial, tant critique que public, plaçant la barre haute et l’attente insoutenable pour la 3ème et dernière partie de la trilogie.

Rachel (Maggie Gyllenhaal) face à la démence du Joker (Heath Ledger)…

 

Fin ouverte

La désormais fameuse « Trilogie Nolan » s’achève à l’été 2012 avec THE DARK KNIGHT RISES. Introduisant le personnage de Bane – connu des fans du comics Batman pour être l’ennemi le plus redoutable du Caped Crusader dans la saga BATMAN : KNIGHTFALL – l’histoire de ce 3ème et dernier volet se déroule 8 ans après THE DARK KNIGHT.

Dernière croisade pour le Chevalier Noir…

Le récit de ce dernier chapitre nous présente un Batman devenu un paria aux yeux des habitants de Gotham City, ayant endossé les crimes d’Harvey Dent / Double Face pour que l’opinion public garde une image forte et positive du procureur. Mais l’arrivée de Bane (Tom Hardy), un nouvel ennemi qui le brisera physiquement et moralement et s’emparera de la ville pour y semer le chaos, comme une revanche ultime sur un monde capitaliste, va pousser le justicier dans ses retranchements. Aidé de la voleuse Selina Kyle (Anne Hathaway), mystérieuse Catwoman, et du jeune flic intègre John Blake (Joseph Gordon-Levitt), Batman va se sacrifier pour Gotham, révélant ainsi à ses habitants son engagement sincère de « chevalier noir »…

Bruce Wayne (Christian Bale) et Selina Kyle (Anne Hathaway).

À l’origine, ce dernier volet devait s’ouvrir avec le procès du Joker. Mais après la disparition brutale d’Heath Ledger, Christopher et Jonathan Nolan s’orientèrent dans une autre direction, introduisant les notions de revanche et de sacrifice, reliant en partie le film à BATMAN BEGINS tout en le plaçant comme une suite directe de THE DARK KNIGHT.

Bane (Tom Hardy), redoutable ennemi de Batman…

Les protagonistes de THE DARK KNIGHT RISES s’éloignent volontairement des clichés que le genre pourraient impliquer : Batman / Bruce Wayne est un héros usé, abîmé par les coups, au propre comme au figuré, que sa double existence lui inflige; Selina Kyle / Catwoman (dont le « nom de scène » n’est jamais prononcé) apparaît ici comme un personnage ambigu, traîtresse puis rachetant ses fautes; Bane, cruel et impressionnant, se révèle bien plus complexe en fin de film, loin d’être l’ennemi principal du film; Miranda Tate (Marion Cotillard) révèle sa véritable personnalité dans la dernière partie du film… Les concepteurs du film vont ainsi jouer sur la dualité propre au personnage de Batman et à son univers.

Affrontement au sommet pour Batman (Christian Bale) et Bane (Tom Hardy)…

La fin même du film est développée sur cette « ambiguïté » : présentant l’ultime acte de Batman comme un sacrifice, plusieurs éléments tendent à démontrer qu’il n’en n’est rien et que ce dernier est toujours vivant. Christopher Nolan termine ainsi THE DARK KNIGHT RISES sur une note intrigante, comme pour INCEPTION qu’il réalisa en 2010, entre THE Dark Knight et le 3ème volet de la trilogie Batman.

Anne Hathaway dans le rôle de Selina Kyle, aka Catwoman.

Enfin, certains indices – et les tous derniers plans du film – laissent entendre que l’activité du Chevalier Noir est loin d’être terminée : avec la révélation de son premier prénom – Robin – et « l’héritage » que lui lèguent Bruce Wayne, on peut très bien imaginer qu’un nouveau Batman va débarquer en ville…

« Robin » John Blake (Joseph Gordon-Levitt) prend possession de son « héritage »…

 

Drame et boulette

La sortie de THE DARK KNIGHT RISES sera hélas marqué d’un drame. Le 20 juillet 2012, une fusillade à lieu dans une salle de cinéma aux États-Unis, à Aurora dans le Colorado. Une cinquantaine de personnes seront blessées et une douzaine d’autres tuées par un forcené, cherchant probablement à « rebondir » sur la sortie évènementielle du film pour faire parler de lui en tirant au hasard dans la foule.

La nouvelle sème la peur partout dans le monde et plusieurs avant-premières, dont celle de Paris, sont annulées par précaution. Si la presse relaie rapidement l’information, certains journaux s’emparent du drame d’une façon nauséabonde. L’hebdomadaire Télérama, arborant fièrement une couverture rouge-sang où figure un masque de Batman brisé avec le titre « Le Cinéma Est-Il Assassin ? », s’abaissera ainsi au niveau de la presse à scandales. Écœurant…

Marion Cotillard, fausse note de THE DARK KNIGHT RISES.

Beaucoup moins grave mais marquant l’opinion publique durant un bon moment, la piètre prestation de Marion Cotillard dans son ultime scène va se répandre sur le net à la vitesse d’une traînée de poudre. Surjouant maladroitement la mort de son personnage, l’actrice va s’attirer les moqueries et autres détournements d’internautes déchaînés. Jouant pendant un temps l’indifférence, elle critiquera plus tard Christopher Nolan, lui reprochant de n’avoir pas retenu une meilleure prise pour cette séquence. Sans commentaires…

 

Une trilogie phare

La trilogie Nolan est devenue, en une quinzaine d’années, un véritable modèle du genre pour de nombreux films suivants et encore à venir. Jouant la double carte de la réflexion et du spectaculaire, ces 3 films sont bien la preuve qu’il est encore possible, dans le cinéma d’aujourd’hui, de produire des œuvres divertissantes et profondes.

Christian Bale, impressionnant en Batman…

BATMAN BEGINS, THE DARK KNIGHT et THE DARK KNIGHT RISES sont devenus d’importants succès commerciaux dès leurs sorties respectives, réunissant dans un même élan les fans du comics d’origine, rassurés après les errements discutables de BATMAN ET ROBIN, et les néophytes. Une des grandes réussites de cette trilogie qui usera à bon escient des comics d’origine tout en évitant de verser dans le « fan-service » souvent d’usage à Hollywood.

Bruce Wayne (Christian Bale) face à son double…

La grande difficulté, pour les prochains films sur le Caped Crusader, sera d’égaler, voire de surpasser, ces 3 films. À suivre dans un 4ème et dernier chapitre de BATMAN SE FAIT UNE TOILE…

 

Retrouvez les 3 autres parties de la saga Batman au cinéma :

• Batman se fait une toile #1

• Batman se fait une toile #2

• Batman se fait une toile #4

 

Crédits photos : © Warner Bros

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