5 raisons de (re)voir LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM

« Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais aussi d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination : un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la quatrième dimension. »

À quelques variantes près (la série connut plusieurs introductions), c’est en ces termes que débutait chaque épisode de THE TWILIGHT ZONE / LA QUATRIÈME DIMENSION, une anthologie fantastique  créé à la fin des années 50 par Rod Serling – et non pas Rod Sterling comme l’écorche trop souvent de nombreux journalistes pigistes en mal de solide formation.

Devenue une référence pour plusieurs générations d’amateurs d’histoires fantastiques à travers le monde, LA QUATRIÈME DIMENSION fit l’objet d’une adaptation cinématographique au début des années 80.

Voici déjà 5 raisons, parmi tant d’autres, de découvrir ou de redécouvrir ce film.

 

Pour ses 4 histoires… sans oublier son introduction !

À la manière d’un best of ou d’une play-list sélective, LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM se compose de 4 récits distincts et d’une introduction.

Le film commence sur une route, quelque part aux États-Unis. À bord d’une voiture, 2 hommes – le conducteur et un auto-stoppeur – tentent de tromper l’ennui en discutant et en jouant à des quizz musicaux. Lorsque l’un d’entre eux évoque la série de Rod Serling…

« Vous voulez vraiment avoir peur ? ». Dan Aykroyd et Albert Brooks dans l’introduction du film…

Dans la première histoire (TIME OUT), un américain rustre et raciste (Vic Morrow), aigri de ne pas avoir eu de promotion au sein de l’entreprise qui l’emploie, se retrouve plongé sans explications dans différentes périodes sombres de l’Histoire : poursuivi par des Nazis en France sous l’occupation, par des membres du Ku-Klux-Klan, par des soldats américains qui le prennent pour un ennemi durant la Guerre du Vietnam…

Vic Morrow en plein cauchemar temporel…

Le deuxième segment (QUICK THE CAN) se déroule au sein d’une maison de retraite. Un mystérieux nouveau pensionnaire (Scatman Crothers) propose à quelques retraités de retrouver leur jeunesse au cours d’un jeu nocturne…

Scatman Crothers, un mystérieux visiteur dans la maison de retraite…

La troisième histoire (IT’S A GOOD LIFE) débute par un accident : une jeune femme (Kathleen Quinlan), perdue dans un coin reculé de l’Amérique, renverse par mégarde un petit garçon. Soucieuse de l’aider, elle accepte de le ramener chez lui où l’attend une étrange famille…

Kevin McCarthy face aux tours monstrueux du jeune Anthony…

Enfin, le film s’achève sur un récit anxiogène (NIGHTMARE AT 20 000 FEET), celui d’un homme (John Lithgow) tentant vainement de surmonter sa peur de l’avion au cours d’un vol en pleine tempête. À la lueur d’un éclair, il croit apercevoir, sur l’une des ailes de l’aéronef, une créature cauchemardesque qui le nargue en détruisant l’un des moteurs…

Un monstre farceur terrorise John Lithgow en plein ciel…

Mis-à-part l’introduction et la 1ère partie, chaque récit est le remake d’un épisode classique de l’anthologie. Respectant la tonalité de la série, chaque partie du film s’appuie ici sur l’étrangeté, l’angoisse ou le merveilleux (pour la deuxième histoire) et non sur de l’horreur gratuite. Comme le voulait Rod Serling, les récits donnent matière à réflexion à travers les questions que peuvent se poser les spectateurs tout en se divertissant.

 

Pour ses 4 réalisateurs

Derrière chacune des 4 parties du film se cache un grand cinéaste.

À l’origine du projet d’adaptation de la série au cinéma avec Steven Spielberg, John Landis (THE BLUES BROTHERS, LE LOUP-GAROU DE LONDRES…) réalisa l’introduction et le premier segment du film. Bien que cette partie soit d’une réelle efficacité dans son traitement, elle fut assombrie par un dramatique accident qui causa la mort de son acteur principal, Vic Morrow, et de deux enfants asiatiques alors que la législation interdisait qu’ils tournent de nuit. Une sombre histoire qui pèse encore sur le film, et mis Landis à l’écart des studios durant une longue période.

John Landis à l’époque du film.

Steven Spielberg mis-en-scène la 2ème partie du film. Sans aucun doute la plus tendre et mélancolique des 4 histoires, elle n’en demeure pas moins la moins forte – voire la plus mièvre – de toutes. Malgré un sujet universel (la vieillesse et le temps qui passe) et de bons acteurs (dont Scatman Crothers, vu dans SHINING), ce récit de vieillards se voyant offrir une seconde jeunesse le temps d’un jeu n’est pas très convaincant et constitue le maillon faible du film. Peu de temps après, Spielberg lança sa propre anthologie fantastique à la télévision avec AMAZING STORIES, fortement influencée par LA QUATRIÈME DIMENSION.

Steven Spielberg durant le tournage de son épisode.

Joe Dante fut en charge du 3ème récit du film, un an avant de connaître le succès avec GREMLINS. Souvent comparé à un double « garnement » de son collègue Spielberg, on retrouve ici sa griffe dans l’étrange récit de cet enfant aux pouvoirs illimités. Parsemé de séquences cartoonesques, cette partie distille pourtant une ambiance inquiétante et quelques plans chocs qui font aussi sa réussite.

Joe Dante et George Miller durant la production du film.

George Miller, le père de MAD MAX, réalisa sans aucun doute le meilleur segment de LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM. Interprété par l’excellent John Lithgow – qui remplace ici William « Kirk » Shatner qui jouait dans l’épisode original du réalisateur Richard Donner – cette anxiogène histoire n’est pas à regarder avant de prendre l’avion ! Prenant tous les aspects d’un véritable cauchemar (… avant sa redoutable conclusion), le récit marque également pour sa terrorisante créature, inspiré des récits de « Gremlins » que se racontaient les pilotes de bombardiers américains pensant la Seconde Guerre Mondiale.

Pour sa bande originale

Quand on évoque le nom de Jerry Goldsmith, de nombreuses bandes originales de films reviennent à la mémoire auditive : LA PLANÈTE DES SINGES, PAPILLON, CHINATOWN, STAR TREK LE FILM, LA MALÉDICTION, GREMLINS, TOTAL RECALL…

Pour LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM, le célèbre compositeur était revenu sur ses débuts puisqu’il créa plusieurs musiques d’épisodes de la série tv TWILIGHT ZONE.

Pour le film, il repris même le célèbre thème de la série, créé par le compositeur et chef d’orchestre Marius Constant. Ce dernier, français d’origine roumaine, était principalement connu grâce à ses œuvres pour les ballets de Maurice Béjart et Roland Petit.

Mais pour en revenir à Jerry Goldsmith, le compositeur offrait, avec la BO de LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM, un véritable florilège de ses talents : sonorités angoissantes et disturbantes pour la poursuite du 1er volet, douceur et mélancolie de la harpe pour le second segment, mystère et mauvais rêve pour l’épisode 3, et retour au cauchemar à force de cordes stridentes pour la dernière partie.

Goldsmith réalisa probablement, avec cette impressionnante bande originale, l’une de ses plus belles et riches musiques de films, contribuant grandement à la réussite et à l’impact du film.

 

Parce que le film relança l’intérêt pour la série

D’accord, ce que j’affirme ici n’est pas fondé sur une quelconque étude ou sur des faits avérés. Mais force est de constater que LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM contribua à relancer l’intêret pour l’anthologie de Rod Serling, en France comme ailleurs.

Dans notre riante contrée, seule une douzaine d’épisodes de la série tv fut diffusée en 1965. À l’époque, le programme divise l’opinion, entre ceux qui y voient un programme de qualité et les cartésiens qui n’y trouvent aucun sens.

Alain Carrazé, passionnant et passionné de séries télé, fut l’initiateur de la programmation de LA QUATRIÈME DIMENSION en France dans les années 80…

Mais la sortie du film en 1983 et sa programmation au Festival d’Avoriaz poussera certainement les programmeurs de l’émission TEMPS X. Ne nous mentons pas (oui, je sais, elle est facile celle-là…) : c’est à Alain Carrazé, célèbre grand spécialiste des séries tv – et œuvrant à l’époque pour les frères Bogdanoff – que nous devons la diffusion dans sa quasi intégralité de LA QUATRIÈME DIMENSION / THE TWILIGHT ZONE entre 1984 et 1986 sur TF1.

Chaque samedi, le programme était devenu un incontournable pour des téléspectateurs de plus en plus nombreux (dont votre humble ôte). Par la suite, après l’arrêt de TEMPS X, la diffusion de l’anthologie se poursuivit sur la première chaîne, puis sur celles du service public et sur celles du câble.

Le réalisateur Jordan Peele, grand fan de la série d’origine, relança THE TWILIGHT ZONE, programmé chez nous sur Canal +.

Dans un angle plus large, sa rediffusion dans le monde entraîna la création d’une nouvelle série en couleurs dès 1985. Puis d’autres « reboots » furent mis en chantier – dont l’un était présenté par Forrest Withaker – jusqu’à la dernière version à l’initiative de Jordan Peele, le réalisateur de GET OUT et US qui ne cacha jamais son intérêt pour l’œuvre de Rod Serling.

LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM a sans conteste été le « déclencheur » d’une nouvelle vague TWILIGHT ZONE qui ne s’est jamais éteinte depuis.

 

Pour le plaisir d’avoir peur et de réfléchir

À l’origine, Rod Serling créa la série TWILIGHT ZONE dans le but de faire réfléchir les téléspectateurs derrière chaque épisode. Une façon d’associer frissons et réflexions, d’évoquer le racisme, la peur de l’inconnu, le regard des autres… par le biais de petites fables divertissantes.

LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM poursuit le concept et offre également plusieurs occasions de réfléchir et philosopher, au delà du divertissement. Comme pour la série originale, il n’est pas question de trouver un justificatif à ces histoires fantastiques.

Lorsque la série fut initiée dans les années 50 / 60, certains sujets ne pouvaient être évoqués à la télévision. Si les mœurs avaient évolué dans les années 80, la notion du récit à message restait toujours d’actualité.

Et elle le demeure encore aujourd’hui, prouvant l’intemporalité de la TWILIGHT ZONE.

LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM donne ainsi matière à réfléchir. Par delà le simple plaisir d’avoir peur, d’être emporter par la force de récits fantastiques, il nous est demandé en substance de nous poser les bonnes questions sur l’existence et sur le monde qui nous entoure.

 

LA QUATRIÈME DIMENSION, LE FILM (1983) de John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller.
Avec Dan Aykroyd, Albert Brooks, Vic Morrow, Scatman Crothers, Kathleen Quinlan, Kevin McCarthy, John Lithgow, Larry Cedar (la créature du dernier épisode)…
Scénario : John Landis, George Clayton Johnson, Richard Matheson, Melissa Mathison, Jerome Bixby et Robert Garland.
D’après la série télévisée Twilight Zone créée par Rod Serling. Musique : Jerry Goldsmith.

Crédits photos : © Warner Bros Pictures / Columbia Pictures

 

Bande-annonce

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