Séance de rattrapage : BRICK

L’histoire

De nos jours, en Californie. Brendan (Joseph Gordon-Levitt) est un lycéen à part, dans tous les sens du terme. Mutique, détaché des autres élèves de son école, il reçoit un jour le mystérieux appel téléphonique d’Emily (Emilie de Ravin), son ex petite amie dont il est toujours épris. Celle-ci semble effrayée mais ne lui fait aucune révélations avant de raccrocher puis de disparaître. Brendan cherche à comprendre…

 

Film noir au lycée

Un parcours de cinéphile, ce sont avant tout des rencontres… Bon, d’accord, je ne vais pas vous faire un remake d’Otis / Edouard Baer dans ASTÉRIX : MISSION CLÉOPÂTRE. Toutefois, les faits sont là : lorsque l’on est un mordu de cinéma, un « movie freak », l’un des petits bonheurs du quotidien tient dans la découverte, immédiate ou tardive, d’une pépite ou d’une belle séance de rattrapage.

BRICK est l’un de ces petits plaisirs sur le tard. Sorti il y a près de 15 ans, le film est le premier long-métrage de Rian Johnson, talentueux cinéaste de LOOPER et À COUTEAUX TIRÉS, trop vite « brûlé » sur l’autel virtuel de fans avides de haine 2.0 après la réalisation de STAR WARS VIII : LES DERNIERS JEDIS.

Que l’on aime (c’est mon cas) ou pas le parcours de Johnson, il est certain que son cinéma ne laisse pas indifférent. Ainsi, BRICK, s’il est apprécié, a provoqué un rejet violent de nombreux spectateurs et spectatrices de notre riante contrée, n’y voyant qu’un film étrange et totalement irréaliste.

Pour leur répondre vite et bien avant de les envoyer se délecter devant les œuvres exigeantes de Christophe Honoré ou Xavier Dolan, je leur dirais qu’ils et elles ont doublement raison.

BRICK est une œuvre étrange et irréaliste. Il ne faut y déceler aucune tentative d’expliquer le mal-être de jeunes gens dépressifs, ni celle d’un docu-fiction sur la jeunesse perdue des années 2000.

Le film de Rian Johnson doit se voir comme un exercice de style, un polar « hard-boiled » chez les teenagers. Sans pousser le délire aussi loin qu’Alan Parker et son BUGSY MALONE – une transposition littérale d’un film de gangsters des années 30 interprétée par des enfants – BRICK a le parfum des romans policiers de Dashiel Hammett dans l’esprit du FAUCON MALTAIS.

Visuellement soigné, contemplatif avec de brusques fulgurances, mélancolique, mystérieux et même comique dans le traitement de certains personnages, le film se suit telle l’enquête d’un détective privé (ici, le jeune Brendan) découvrant, au fur et à mesure de ses investigations, un univers trouble constitué de personnages attirants ou repoussants.

Pour le plus grand plaisir des amateurs de polars, tout y est. Emily, l’ex de Brendan, est la victime par qui tout commence. The Pin (Lukas Haas) est l’intrigant caïd « gothique » du coin. Tugger (Noah Fleiss) est « l’homme de main » brutale et incontrôlable de The Pin. Laura (Nora Zehetner) est la mystérieuse femme fatale. Trueman (Richard Roundtree), l’assistant du proviseur, est le flic roublard du récit. The Brain (Matt O’Leary) est l’indic, toujours informé des rumeurs et secrets de l’école…

Un véritable polar noir, à peine caché derrière les apparences d’un film d’adolescents. Dès les premières scènes, on pense au David Lynch de BLUE VELVET et MULHOLAND DRIVE où chaque plan prend un double – voire triple ou quadruple – sens.

Pour être franc avec vous, je reconnais volontiers que BRICK – pour la brique d’herbe disparue et source principale de toutes les convoitises et d’affrontements violents – peut déconcerter. Je peux comprendre que le film ne plaise pas du tout et laisse dubitatifs ceux et celles qui vont le découvrir ou l’on déjà découvert.

Moi-même, j’ai été tenté, après les quelques premières minutes du film, de ne pas aller plus loin. Démarrant par une scène « forte », touchante mais morbide, BRICK est un OFNI (Objet Filmique Non Identifié) qui peut provoquer le rejet comme il peut tout aussi bien séduire.

Encore une fois, et au risque de me répéter, ce premier coup de maître de Rian Johnson doit s’interpréter comme une brillante transposition d’un univers (le film noir) dans un autre (le teenage movie), une œuvre esthétique et unique dans un univers cinématographique de suites, remakes, reboots et autres prequels.

Laissez-vous attirer par cette œuvre à part. Quant à ceux et celles qui l’ont trouvé absurde ou incompréhensible, offrez leur un ticket pour une bonne grosse comédie ou un drame exigeant bien de chez nous. Leur imagination étroite vous en sera reconnaissante.

 

BRICK (2006) de Rian Johnson.
Avec Joseph Gordon-Levitt, Nora Zehetner, Lukas Haas, Matt O’Leary, Émilie de Ravin, Noah Fleiss, Richard Roundtree, Meagan Good…
Scénario : Rian Johnson. Musique : Nathan Johnson.

Crédits photos : © Focus Features

 

BANDE-ANNONCE

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