15 BO de John Barry

Il y a des signes troublants qui ne trompent pas. Ainsi, Johnatan Barry Prendergast naquit à York, dans le Nord de l’Angleterre, d’un père directeur d’une chaîne de cinémas et d’une mère musicienne.

Formé au piano, il s’oriente vers l’apprentissage du Jazz, courant musical adoré par son père et en vogue dans les années 50, auprès de Bill Russo et Stan Kenton. Il se produit en tant que musicien pour la première fois avec son groupe « The John Barry Seven », raccourcissant à l’occasion  ce nom  qui deviendra l’un des plus célèbres de la musique de film.

En 1962, deux ans après la bande originale de BEAT GIRL / L’AGUICHEUSE, Barry est engagé par les producteurs Albert Cubby Broccoli et Harry Saltzman pour la réorchestration d’un thème créé par Monty Norman pour un petit polar d’espionnage, coloré et novateur pour l’époque : Dr NO.

C’est le début d’une étroite collaboration avec la plus longue série de films du cinéma. Indissociable de l’immense succès des James Bond, John Barry va imprimer sa marque reconnaissable entre mille, faîte de cuivres puissants, de lyrisme et de rythmes nerveux, illustrant à merveille la légende 007.

Rapidement, dans les années 60, sa carrière décolle et deviendra internationale, Hollywood le contactant régulièrement pour d’inoubliables partitions musicales. Premier époux d’une toute jeune Jane Birkin, John Barry deviendra le père de la talentueuse et regrettée photographe Kate Barry.

Outre les films de James Bond, il va signer les bandes originales de LA POURSUITE IMPITOYABLE, IPCRESS : DANGER IMMÉDIAT, LE LION EN HIVER, MACADAM COWBOY, VIVRE LIBRE, LA ROSE ET LA FLÈCHE, KING KONG, QUELQUE PART DANS LE TEMPS, LE TROU NOIR, OUT OF AFRICA, DANSE AVEC LES LOUPS…

La télévision britannique fait également appel à lui pour L’AVENTURIER et LES MYSTÈRES D’ORSON WELLES. Mais c’est avec le générique de THE PERSUADERS / AMICALEMENT VÔTRE que Barry composera sa plus belle et célèbre partition pour le petit écran.

Détenteur de nombreux Oscars, BAFTA, Grammy et Emmy Awards, John Barry s’éteindra en 2011 des suites d’une crise cardiaque, alors que la maladie d’Alzheimer le ronge. Il nous reste ses superbes créations, toutes ces bandes originales qui l’ont fait entrer dans la légende.

Dans cette prolifique carrière, je vous propose une sélection non exhaustive, et par ordre chronologique, d’une quinzaine de ses compositions.


JAMES BOND CONTRE Dr NO (1962)

Premier opus de la saga 007 sur grand écran, cette production EON est aussi la rencontre entre John Barry et James Bond, l’agent-secret qui le fera entrer dans la légende. C’est pourtant au compositeur Monty Norman que les créateurs de la série s’adressent pour la bande originale du film. Norman part sur le tournage du film à la Jamaïque pour s’imprégner des lieux. À une musique très colorée et exotique, il ajoute un thème à Bond… en réadaptant une chanson qu’il avait écrite quelques années auparavant ! Jugé trop suave et pas assez percutant, les producteurs Saltzman et « Cubby » Broccoli demandent à John Barry de réorchestrer le thème de Norman. L’affaire donnera l’occasion de nombreux débats dans la presse spécialisée et dans le public pour déterminer qui est le véritable auteur du James Bond Theme. Mais après un procès remporté en 2001 contre un quotidien anglais, Norman est désigné comme le créateur du titre. Il en perçoit encore les droits d’auteur. Mais John Barry est définitivement associé au mythe James Bond et donnera à la saga sa légendaire sonorité musicale.


GOLDFINGER (1964)

Dr NO puis BONS BAISERS DE RUSSIE ont été des triomphes planétaires, faisant d’une modeste production d’1 million de dollars (de l’époque) une série de films attendue et lucrative. 3ème opus des productions EON, GOLDFINGER va imposer la « marque » James Bond par son scénario spectaculaire, son ennemi légendaire, ses gadgets impressionnants (la fameuse Aston Martin DB5 et son siège éjectable) et ses répliques mémorables (« Espériez-vous que je parle Goldfinger ? » « Non Monsieur Bond, j’espère que vous mourrez ! »). Avec ce film, John Barry va définitivement imposer son style, donnant à la série des Bond cette identité musicale inégalée. Colocataire du compositeur à cette époque, Michael Caine sera le témoin de la création en une nuit de la chanson titre de GOLDFINGER, sublimée par la chanteuse Shirley Bassey.


IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT (1965)

Tiré des romans d’espionnage de Len Deighton, les aventures d’Harry Palmer, espion britannique cynique incarné à l’écran par Michael Caine, connurent une trilogie au cinéma démarrant avec IPCRESS puis se poursuivant avec MES FUNÉRAILLES À BERLIN et UN CERVEAU D’UN MILLIARD DE DOLLARS. Proposé comme une alternative réaliste à James Bond, ce premier opus se dotait pourtant d’un casting emprunté aux films de 007 avec Harry Saltzman à la production, Ken Adam aux décors et John Barry pour la bande originale. Ce dernier offre ici une partition nonchalante et mystérieuse, aux sonorités évocatrices de l’Europe de l’Est – ou d’une certaine idée sonore que l’on s’en fait – et de la « Guerre Froide ».


LE KNACK… ET COMMENT L’AVOIR (1965)

Avec LE KNACK de Richard Lester, John Barry s’éloigne des productions 007 colorées et spectaculaires pour un film aux ambitions modestes, tourné en noir et blanc et témoin du « swinging london » des années 60. Sa partition jazzy et mélancolique est le reflet musical d’une certaine jeunesse ou le rock et les « mods » sont dans l’air du temps. LE KNACK est depuis devenu un classique et une œuvre référence dans la culture britannique. Le film de Richard Lester est également l’occasion d’apercevoir le trio de charme Jane Birkin, Charlotte Rampling et Jacqueline Bisset, toutes les trois au début de leurs carrières mais non créditées au casting.


VIVRE LIBRE (1966)

Avec VIVRE LIBRE (BORN FREE en VO), Barry revient à la couleur, aux grands espaces et à l’aventure. Filmé au Kenya, ce film, devenu un classique tout public, est inspiré de la vie de George et Joy Adamson, et du roman que publia cette dernière d’après leur propre expérience. Vers la fin des années 50, le coupla recueillit 3 lionceaux dont l’une, Elsa, resta auprès d’eux. Arrivée à son âge adulte, les Adamson se firent un devoir d’apprendre à Elsa à se débrouiller seule pour vivre libre. Belle référence du film d’aventures, proche par moments du documentaire, VIVRE LIBRE offre à John Barry l’occasion d’une superbe création, ample et émouvante, évoquant par moments sa future partition pour OUT OF AFRICA. VIVRE LIBRE fut en son temps, et pour son compositeur, un hit en Angleterre.


MACADAM COWBOY (1969)

Retour au réalisme urbain et désenchanté pour John Barry avec MIDNIGHT COWBOY (MACADAM COWBOY en VF) de John Schlesinger, futur réalisateur de MARATHON MAN. Avec la participation du grand joueur d’harmonica Toots Thielemans, Barry créé un score nonchalant, illustrant l’errance des deux protagonistes du film soit un jeune gigolo naif (Jon Voigt) et un petit escroc malade (Dustin Hoffman), paumés dans le New York de la fin des années 60. Classé X à sa sortie pour l’aspect sulfureux de certaines scènes, MACADAM COWBOY est un chant du cygne des traditions hollywoodiennes : le cowboy se prostitue pour survivre et son « mac » traîne une santé défaillante autant que son mal de vivre. La chanson titre du film, EVERYBODY’S TALKIN, fut un succès à sa sortie mais elle n’était pas composée par John Barry. Pour l’anecdote, le tout jeune Patrick Dewaere doubla Jon Voigt pour la VF du film après avoir doublé Dustin Hoffman pour la VF du Lauréat en 1967.


AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (1969)

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ marque un tournant dans la série des James Bond au cinéma. Sean Connery a quitté le smoking et c’est un inconnu australien, George Lazenby, qui reprend le permis de tuer et le Walther PPK pour ce nouvel opus. Le seul qu’il incarnera d’ailleurs. Et un film dont le début n’est pas accompagné d’une « title song » habituelle… Fidèle au poste de compositeur, John Barry va se surpasser, créant l’une de ses plus belles BO et certainement l’un des meilleurs scores de la série. Redéfinissant le Bond thème avec un rythme plus cadencé et pop, offrant une partition traduisant à merveille l’action et le romantisme inhabituel du film – avec l’émouvante chanson WE HAVE ALL THE TIME IN THE WORLD interprétée par Louis Amstrong – Barry va créé un morceau inoubliable pour le générique, véritable second Bond thème.


AMICALEMENT VÔTRE (The Persuaders – 1971)

Au début des années 70, John Barry s’offrira quelques marquantes « friandises » télévisuelles britanniques. Les plus âgés d’entre vous se souviennent probablement des musiques des génériques de L’AVENTURIER, avec Gene Barry et Barry Morse, ou des MYSTÈRES D’ORSON WELLES, une anthologie de thrillers présentée par le célèbre cinéaste. Mais c’est avec l’inoubliable thème du générique d’AMICALEMENT VÔTRE, et en utilisant des synthétiseurs pour la première fois, qu’il s’imposera de façon définitive dans les foyers français. Avec une sonorité particulière, martiale et mélancolique, évoquant par moments la ritournelle  d’un orgue de barbarie, ce thème illustre brillamment les parcours opposés de Brett Sinclair, le Lord anglais, et Danny Wilde, le self-made man américain. À la télévision, on n’a jamais fait mieux depuis.


La rose et la flèche (1976)

Bien avant les versions de Kevin Costner et Russell Crowe, la légende de Robin des Bois connut l’une de ses plus belles adaptations avec LA ROSE ET LA FLÈCHE ( ROBIN AND MARIAN en VO). Réalisé par Richard Lester, ce beau film, un peu oublié aujourd’hui, réunissait à l’écran Audrey Hepburn et Sean Connery dans les rôles respectifs de Lady Marianne et Robin, couple romantique et iconique. Sur la production du film, la composition musicale de Michel Legrand (choisi à l’origine pour la BO) fut jugée inadaptée. John Barry le remplaça. Il créa une belle et mélancolique partition, illustrant magnifiquement l’ultime balade sentimentale d’un couple de légende.


Le trou noir (1979)

Après le triomphe de LA GUERRE DES ÉTOILES en 1977, la science-fiction revint à la mode au cinéma. Les studios Disney mirent en chantier leur propre projet, LE TROU NOIR, inspiré par l’un des phénomènes d’astro-physique les plus impressionnants et mystérieux au monde. Sans être un simple copié / collé du film de George Lucas, LE TROU NOIR en reprenait de nombreux éléments : des scènes spectaculaires, des robots bons ou méchants, des tirs de laser… La musique du film devait être elle aussi d’un haut niveau. John Barry fut alors engagé pour créer une partition à même d’illustrer cette nouvelle épopée spatiale. Le compositeur offrit une BO de son cru, ample comme à son habitude, héroïque et angoissante comme le titre du générique le prouve.


Quelque part dans le temps (1980)

Production au modeste budget, réalisé par le franco-américain Jeannot Szwarc, QUELQUE PART DANS LE TEMPS s’est imposé depuis 40 ans comme l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Christopher Reeve y interprète, avec une bouleversante conviction, un auteur de théâtre qu’une étrange rencontre pousse à remonter le temps. Dans le passé, il tombe amoureux d’une actrice en vogue (Jane Seymour). Adaptée par Richard Matheson d’après son propre roman LE JEUNE HOMME, LA MORT ET LE TEMPS, QUELQUE PART DANS LE TEMPS offre l’occasion à John Barry de créer l’une de ses plus émouvantes et délicates compositions.


La fièvre au corps (1981)

Première réalisation du scénariste Lawrence Kasdan (L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE), LA FIÈVRE AU CORPS (BODY HEAT en VO) est un véritable hommage au film noir Hollywoodien, évoquant LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS ou GILDA. William Hurt y joue un jeune avocat manipulé par la sulfureuse séductrice Kathleen Turner, véritable révélation du film. Quelques années avant la vague de thrillers érotiques lancée par BASIC INSTINCT, SLIVER ou JADE, LA FIÈVRE AU CORPS fit parler de lui pour ses moments « intenses ». Mais le film vaut bien plus. Et la bande originale de John Barry contribue à envelopper le récit dans une ambiance trouble et inquiétante.


Out of affica (1985)

Le film de Sydney Pollack donna l’occasion à John Barry de composer l’une de ses bandes originales les plus connues du grand public. Et l’une de ses plus romantiques. Le thème principale est indissociable des premiers mots prononcés en voix off par Meryl Streep (« I had a farm in Africa… ») et le lyrisme de cette BO magnifie les images de l’Afrique, au sol ou dans les airs. Adaptation de LA FERME AFRICAINE de Karen Blixen, OUT OF AFRICA n’exclut pas certains stéréotypes. Mais on peut se laisser vite emporter par les émotions que le film transmet. L’histoire de cette femme volontaire et moderne pour l’époque, son coup de foudre pour un aventurier (Robert Redford) après un mariage malheureux et son amour pour le continent africain se retrouvent dans chaque titre de la musique de John Barry.


Danse avec les loups (1990)

John Barry créera d’autres musiques de films jusqu’à sa disparition. Mais DANSE AVEC LES LOUPS reste, à mon humble avis, son ultime chef d’œuvre. Immense succès critique et commerciale à sa sortie au début des années 90, le premier film de Kevin Costner, en tant que réalisateur, n’est pas un western comme les autres. Aventure humaine, épopée intime et spectaculaire à la fois, mêlant l’aventure grand public et la réflexion humaniste, DANSE AVEC LES LOUPS est une ode aux Nations amérindienne décimées par les colons d’Europe, venus s’approprier des terres qui ne leurs appartenaient pas. Le film retrouve l’esprit des grands espaces, magnifiés par John Ford, et rend hommage à un monde qui n’existe plus. John Barry sublime DANSE AVEC LES LOUPS par une nouvelle brillante partition, s’adaptant au classicisme voulu du film de Costner. Sa bande originale, comme souvent chez lui, nous emporte au loin et devient l’un des atouts de ce beau film, au même titre que son casting, sa photographie et son récit.

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