Revoir INDIANA JONES ET LA DERNIÈRE CROISADE

Après le triomphe des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE et le succès en demi-teintes d’INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT, George Lucas et Steven Spielberg décident de revenir aux « fondamentaux » pour clore ce qu’ils pensent encore être une trilogie. De l’action toujours, du suspense encore… et beaucoup plus de comédie et de légèreté pour une DERNIÈRE CROISADE adulée de tous mais comportant plusieurs faiblesses.

 

Moins de châtiments et plus d’humour

L’accueil mitigé d’INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT reste encore en travers de la gorge de Steven Spielberg et George Lucas. Le film a été un succès. Mais ses nombreux aspects sombres mettront plusieurs années avant d’être digérés par le public et la critique.

Après la sortie du TEMPLE MAUDIT en 1984, Spielberg surprend en orientant sa carrière vers plus de sérieux et de réalisme avec LA COULEUR POURPRE et EMPIRE DU SOLEIL, tout en poursuivant ses productions de blockbusters comme GREMLINS, LES GOONIES ou L’AVENTURE INTÉRIEURE avec plus ou moins de bonheur. Il produira même une anthologie tv de prestige, AMAZING STORIES, fortement inspirée de THE TWILIGHT ZONE / LA QUATRIÈME DIMENSION. Mais la série est un échec commerciale, se faisant allègrement doublée par MAC GYVER au niveau des audiences !

Steven Spielberg, Harrison Ford et Sean Connery durant le tournage…

Lucas, de son côté, peine à retrouver l’engouement du public en tant que producteur, après le triomphe planétaire de sa trilogie STAR WARS. Le bancal HOWARD THE DUCK est un flop artistique et public. Quant au sympathique TUCKER de Francis Ford Coppola avec Jeff Bridges, il ne trouve pas son public malgré de bonnes critiques.

Une fois encore, le personnage d’Indiana Jones apparaît comme une « bouée » de sauvetage pour tirer les deux compères d’une « mauvaise passe ». Chris Columbus – scénariste de GREMLINS, LES GOONIES et LE SECRET DE LA PYRAMIDE puis futur réalisateur de MAMAN, J’AI RATÉ L’AVION et HARRY POTTER À L’ÉCOLE DES SORCIERS – propose un premier script autour de la légende du « Roi Singe ». Mais son récit ne convainc pas Spielberg et sera refusé.

Sur le tournage du film à Venise…

À l’initiative de George Lucas, le mythe du Saint Graal est alors choisi. L’histoire de ces nouvelles aventures d’Indy sera alors confié à Jeffrey Boam (DEAD ZONE, L’AVENTURE INTÉRIEURE, L’ARME FATALE 2 et 3…), aidé (sans être crédité) du célèbre dramaturge Tom Stoppard, scénariste sur BRAZIL, EMPIRE DU SOLEIL et SHAKESPEARE IN LOVE.

 

La famille Jones contre les nazis

L’action de ce 3ème volet des aventures d’Indiana Jones (Harrison Ford) se déroule en 1938, après une introduction en 1912, dans la jeunesse de l’archéologue, expliquant certaines origines du personnage. Toujours en quête d’artefacts religieux, Hitler et les nazis ont enlevé Henry Jones Sr (Sean Connery), le propre père d’Indy, pour les aider à retrouver le Saint Graal censé représenter la coupe du dernier repas du Christ.

Découverte dans les égouts de Venise…

Bien qu’en froid avec son père, Indiana Jones part à Venise afin de le retrouver, aidé de Marcus Brody (Denholm Elliott) et de Sallah (John Rhys Davies), ses fidèles amis déjà présents deux ans plus tôt dans la recherche de l’Arche d’Alliance.

Henry Jones Sr et Indiana : conflit de générations…

À cette quête du Graal se mêle, plus intime, celle du père, à la fois source de frustration pour Indy à cause de sa sévérité et d’admiration pour avoir fait de lui ce qu’il est devenu. LA DERNIÈRE CROISADE du titre prend ainsi un double sens, identifiable après avoir vu le film.

 

Le fils de James Bond

C’est aujourd’hui connu de tous ou presque. À l’origine d’Indiana Jones, il y a James Bond. Steven Spielberg a toujours rêvé de réaliser un film du célèbre agent-secret anglais. Mais la règle des créateurs de la saga cinématographique 007 veut qu’un cinéaste de cette franchise soit britannique. Après le refus ferme d’EON, George Lucas proposa au père d’E.T. les aventures d’un archéologue aventurier inspiré des serials de leur enfance.

Lorsqu’il fut question de confronter Indy à son père pour ce 3ème film, quoi de plus logique que de proposer le rôle d’Henry Jones Sr à Sean Connery, premier acteur à avoir interpréter James Bond au cinéma ?

L’obsession d’Henry Jones Sr pour le Saint Graal lui a fait oublier qu’il avait un fils…

On ne présente plus – ou brièvement – l’acteur d’origine écossaise. Après une série de petits jobs et un titre de Monsieur Univers, puis une succession de petits rôles au cinéma dans les années 50, Sean Connery est révélé en 1962 par ce qui est encore, à l’époque, un modeste film d’espionnage et d’aventures : JAMES BOND CONTRE Dr NO.

6 James Bond plus tard – sans compter JAMAIS PLUS JAMAIS en 1983 – Sean Connery connaît une petite traversée du désert – malgré d’excellents films comme OUTLAND ou 5 JOURS CE PRINTEMPS LÀ – jusqu’en 1987 avec le succès des INCORRUPTIBLES et l’obtention d’un Oscar du meilleur second rôle.

Retrouvailles compliquées pour les Jones…

L’acteur va enchaîner les rôles de mentor comme dans LA DERNIÈRE CROISADE où il joue le père « rat de bibliothèque » d’Indiana Jones… alors que 12 ans seulement le séparent d’Harrison Ford ! Pour interpréter Henry Jones Sr, Sean Connery modifia les traits de caractère initialement prévus pour lui apporter plus de fantaisie et d’humour.

Le casting du film comprend d’autres références à la saga Bond. Ainsi, l’irlandaise Alison Doody fut l’une des James Bond girls de DANGEREUSEMENT VÔTRE en 1985. Après LA DERNIÈRE CROISADE, on a pu la voir dans la mini série tv ALLAN QUATERMAIN ET LA PIERRE DES ANCÊTRES aux côtés de Patrick Swayze.

Denholm Elliott, Harrison Ford et Alison Doody

Interprète de Sallah déjà présent dans LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, le britannique John Rhys-Davies joua le rôle de Leonid Pushkin dans TUER N’EST PAS JOUER, 1er des deux James Bond interprété par Timothy Dalton. Il est également connu pour incarner Gimli dans la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX de Peter Jackson.

John Rhys-Davies, Sean Connery et Harrison Ford

Vu à la télévision dans CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, Dr WHO ou COSMOS 1999 comme au cinéma dans TERREUR SUR LE BRITANNIC ou L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, le britannique Julian Glover interpréta le rôle de Kristatos dans RIEN QUE POUR VOS YEUX.

Julian Glover est le fourbe Walter Donovan

Britannique lui aussi, et déjà présent dans le rôle de Marcus Brody dans LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, Denholm Elliott a joué à la télévision dans AMICALEMENT VÔTRE comme au cinéma dans LA ROSE ET LA FLÈCHE, LES SÉDUCTEURS ou CHAMBRE AVEC VUE.

River Phœnix, excellent Indiana Jones adolescent…

Disparu prématurément en 1993, River Phœnix interpréta le fils d’Harrison Ford dans MOSQUITO COAST de Peter Weir. On avait pu mesurer son talent dans EXPLORERS, STAND BY ME ou MY OWN PRIVATE IDAHO.

Michael Byrne et Alison Doody

L’anglais Michael Byrne interprète ici le Colonel Vogel. Il tourna dans LA GRANDE MENACE avec Lino Ventura puis, entre autres, dans le James Bond DEMAIN NE MEURT JAMAIS, LA SOMME DE TOUTES LES PEURS et GANGS OF NEW YORK.

Kevork Malikyan et Harrison Ford

Acteur anglo-arménien, Kevork Malikyan est Kazim, l’un des gardiens des secrets du Graal. Il a joué entre autres dans SPHINX, LE VOL DU PHŒNIX et TAKEN 2 pour le cinéma, et dans CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, Dr WHO et LES AVENTURES DU JEUNE INDIANA JONES pour la télévision.

 

Tournage et références

Comme pour les deux premiers volets de la saga, INDIANA JONES ET LA DERNIÈRE CROISADE a connu un tournage internationale : dans l’Utah aux États-Unis, à Venise, et sur le site de Pétra en Jordanie pour la dernière partie du film.

À noter que la fin du film peut se voir comme une référence à l’album COKE EN STOCK des aventures de Tintin…

Indiana Jones sur les traces de Tintin…

Les scènes de poursuites avec le char d’assaut furent, quant à elles, tournées dans le désert de Tabernas dans la région d’Almeria en Espagne. De nombreux films européens – dont la grande majorité des westerns spaghettis – y furent réalisés. Plusieurs sites de décors westerns, bien que laissés à l’abandon, sont encore présents.

Quand Indy se prend pour Ben Hur, il est en bien mauvaise posture !

Les scènes intérieures furent tournées aux studios anglais de Shepperton. Un immense plateau abrita le décor du temple de la fin du film. Il était surélevé pour permettre les mouvements et effets de « cassure » du sol lorsque l’édifice s’écroule sur les personnages principaux.

Lors du passage dans les égouts de Venise, au début du film, un clin d’œil est fait aux AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, accompagné d’un court extrait de la BO du 1er film.

Quand Indy sort des égouts de Venise… qui n’existent pas dans la réalité !

Cette même séquence demanda l’utilisation de véritables rats blancs teints et dressés, ainsi que de rats mécaniques quand les tunnels prennent feu.

 

Indy, ses secrets et ses voix françaises

L’une des meilleurs idées de LA DERNIÈRE CROISADE est d’ouvrir le film en révélant quelques secrets sur Indiana Jones. Au cours d’une course poursuite autour d’un artefact sacré, le jeune Indy tombe dans une fausse remplie de serpents (d’où son aversion), se blesse au menton en maniant un fouet pour la 1ère fois face à un lion – une cicatrice bien réelle sur le menton d’Harrison Ford, due à un accident de voiture – et « gagne », pour sa pugnacité, un chapeau aux larges bords qui ne le quittera jamais (ou presque) dans ses futures aventures…

Le jeune Indiana Jones face à son futur ?

LA DERNIÈRE CROISADE marque une nouveauté quant au doublage français de la série des Indiana Jones. Après l’excellent doublage effectué par Claude Giraud sur les AVENTURIERS… et la VF de Francis Lax pour LE TEMPLE MAUDIT (comme pour la trilogie STAR WARS), Harrison Ford est cette fois doublé par le franco-canadien Richard Darbois.

Ce dernier fut déjà la voix française de Ford sur BLADE RUNNER, WITNESS ou WORKING GIRL. Après LA DERNIÈRE CROISADE, il sera le doubleur VF régulier d’Harrison Ford, tout en prêtant sa voix à d’autres acteurs américains comme Jeff Goldblum, Danny Glover, Richard Gere, Ed Harris, Mickey Rourke, Dustin Hoffman, Michael Ironside…

Claude Giraud, Francis Lax et Richard Darbois : 3 voix françaises pour un aventurier…

Dans le film, Sean Connery est quant à lui doublé, pour la VF, par le comédien Jean-Claude Michel qui lui prêta son timbre de voix si reconnaissable jusqu’à sa disparition en 1999. Il fut ainsi la voix française de l’acteur écossais sur PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE, OUTLAND, HIGHLANDER, LES INCORRUPTIBLES, FAMILY BUSINESS ou SOLEIL LEVANT.

Jean-Claude Michel fut également la voix régulière de Clint Eastwood (DIRTY HARRY, MAGNUM FORCE, CHASSEUR BLANC CŒUR NOIR…), Charlton Heston ou Leslie Nielsen.

 

Le meilleur Indiana Jones ?

Plus de 30 ans après sa sortie, LA DERNIÈRE CROISADE est encore considéré comme le meilleur Indiana Jones de la saga, voire de la trilogie si l’on met de côté LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL. Cela n’engage que moi, je tiens à le signaler, mais malgré ses nombreuses qualités, ce 3ème volet n’est certainement pas le meilleur film de la série.

Elsa Schneider (Alison Doody) et Walter Donovan (Julian Glover) sont proches du but…

Certes, le retour à plus de légèreté par rapport au TEMPLE MAUDIT et à un esprit plus proche des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE rendent le film attachant, et en font un divertissement réussi.

L’alchimie du duo Sean Connery / Harrison Ford demeure encore aujourd’hui l’atout principal du film pour de nombreux fans. Mais c’est toutefois oublier la faiblesse de certaines séquences, comme la poursuite « Grande Vadrouillesque » en side-car malgré tout le respect que j’ai pour la magnifique comédie de Gérard Oury.

« Non tu m’entends, je ne lancerais pas de citrouilles !! »

Le personnage d’Elsa Schneider (Alison Doody) apparaît bien fade comparé à ceux de Willie Scott (Kate Capshaw) et Marion Ravenwood (Karen Allen).

La présence finale d’un chevalier des Croisades, affaibli par les années, trébuchant quand il est censé défendre le Graal, prend la tournure d’un gag des Monty Python, quelque peu déplacé et ridicule comparé aux séquences finales des deux précédents films.

Dans LA DERNIÈRE CROISADE, les chevaliers sont très fatigués…

La bande originale de John Williams paraît moins inspiré que celles des deux premiers films et ne marque pas autant l’esprit et la mémoire que celles des AVENTURIERS… et LE TEMPLE MAUDIT. L’effet de surprise en moins probablement…

Mais que dire de la majorité des sfx pourtant signés ILM ? Ainsi, les scènes sur la plage entre l’avion allemand, Indiana et son père paraissent avoir été bâclées. Tout comme la chute du tank dans le ravin dissimule (très) mal l’usage d’un modèle réduit… Je l’avais déjà évoqué sur ce blog mais l’équipe d’ILM reconnaîtra plus tard elle-même la piètre qualité des effets spéciaux de LA DERNIÈRE CROISADE, quand certains évoqueront des sfx volontairement « artisanaux ».

 

Succès et récompenses

Au delà de ses quelques faiblesses, INDIANA JONES ET LA DERNIÈRE CROISADE est un énorme succès, devenant le 1er film du box office de l’année 1989 et attirant plus de 6 millions de spectateurs en France, proche des entrées des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE avec plus d’1 million de spectateurs par rapport au TEMPLE MAUDIT.

Indy succombera-t-il lui aussi à « l’envoutement » du Graal ?

Après le déséquilibre du 2ème film, jugé trop sombre, la grande part de comédie de ce 3ème opus est encore loin de faire l’unanimité, même si cette tonalité a plu en majorité au public.

Certains diront probablement que j’ai une rancune personnelle contre LA DERNIÈRE CROISADE. Ça n’est pas le cas malgré mes nombreuses réserves…

Il est temps de reprendre la route au soleil couchant…

C’est un fait, il n’est pas mon Indiana Jones préféré. Mais c’est un film que j’apprécie beaucoup que je revois avec énormément de plaisir pour ce qu’il procure en divertissement, action et aventures. À vrai dire, LA DERNIÈRE CROISADE offre une parfaite conclusion à ce qui aurait du rester une trilogie. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

INDIANA JONES ET LA DERNIÈRE CROISADE (1989) de Steven Spielberg.
Avec Harrison Ford, Sean Connery, Alison Doody, Julian Glover, Denholm Elliott, Michael Byrne…
Scénario : Jeffrey Boam et Tom Stoppard d’après une histoire de George Lucas et Menno Meyjes.
Musique : John Williams.

Crédits photos : Universal Pictures / Lucasfilm / Disney Pictures

 

Bande-annonce

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