Pour une poignée de films… #49

Au menu de ces 49èmes chroniques expresso : un beau film « bluesy » au trio d’acteurs 5 étoiles, la version ratée d’une série tv des années 70 et une balourde tentative d’adaptation live d’un chef d’œuvre de l’animation.

 

SUSIE ET LES BAKER BOYS (1989) de Steven Kloves

Jack et Frank Baker (Jeff et Beau Bridges) sont deux pianistes qui courent le cachet en enchaînant les contrats dans les bars, restaurants et hôtels des États-Unis. Ex enfants stars, le succès n’est hélas plus au rendez-vous. Afin de remonter la pente, ils décident d’engager une chanteuse. Entre en scène Susie Diamond (Michelle Pfeiffer), jeune femme cash et trash à la voix d’or…

Réalisé et distribué il y a plus de trente ans, SUSIE ET LES BAKER BOYS est une tardive mais agréable séance de découverte en ce qui me concerne. Un film au sujet adulte, classique dans le fond – un triangle amoureux – mais s’appuyant sur un beau trio d’acteurs attachants.

On dirait aujourd’hui que cette comédie douce amère de Steven Kloves a des aspects « meta » pour la mise en abîme de son récit. Soit deux frères artistes depuis des années, vivant mal une traversée du désert après des années de succès, incarnés à l’écran par les frères Jeff et Beau Bridges.

Sans aller jusqu’à affirmer qu’il y a une part de vérité entre l’histoire et le vécu des deux acteurs, ces liens du sang donnent au film une touche de sincérité bienvenue. Magnifié par la présence sensuelle et séductrice de Michelle Pfeiffer, « élément perturbateur » annonçant le renouveau et le baissé de rideau des frangins pianistes, SUSIE ET LES BAKER BOYS nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps le cinéma américain pouvait produire de beaux films s’adressant aux adultes sans verser dans l’étude de mœurs ennuyeuse, les héros d’un quotidien trop parfait ou le reboot fainéant sur fond vert.

Baigné dans une belle musique jazzy, SUSIE ET LES BAKER BOYS s’est bonifié avec le temps, comme un bon vin qui attendait d’être dégusté pour sortir de l’oubli. À voir ou revoir sans modération.


NIGHTMARE ISLAND (2020) de Jeff Wadlow

Perdu dans le Pacifique, un immense complexe hôtelier sur une île aux apparences paradisiaques proposent à ses clients d’assouvir de façon réaliste leurs fantasmes les plus improbables. L’hôte des lieux, M. Roarke (Michael Peña), accueille de nouveaux vacanciers qui découvrent très vite le prix à payer pour vivre leurs rêves…

Entre série et anthologie, L’ÎLE FANTASTIQUE est devenu avec le temps l’un des programmes télévisés les plus célèbres des années 70. Mettant en vedette Ricardo Montalban et Hervé Villechaize dans les rôles de M. Roarke et de son assistant Tattoo, la série présentait, à chaque épisode, son lot de « guest stars » célèbres venus participer, le temps d’un chapitre, aux récits du jour. Soit, de riches clients désireux d’exaucer leurs rêves les plus chers et prenant conscience des conséquences de leurs désirs…

La série tv se voulait à la fois distrayante avec des touches de thriller, de romance, de drame et de comédie. Durant 7 ans, entre 1977 et 1984, elle marqua les mémoires de nombreux téléspectateurs – le personnage de Tattoo pointant du doigt l’avion des nouveaux arrivants en s’écriant « L’avion ! L’avion ! » – sans atteindre le culte d’autres programmes de l’époque (mais ça n’est que mon humble avis).

Mais voilà, à Hollywood, il y a toujours des imbéciles heureux, rachitiques du bulbe et avides d’argent facile pour se lancer dans des idées stupides. Comme d’adapter pour le cinéma les séries tv vintage : PERDUS DANS L’ESPACE, STARSKY & HUTCH, 21 JUMP STREET, MAVERICK… Si certaines adaptations sont réussies, la majorité d’entre elles sont des échecs annoncés.

Pourquoi, en effet, faire d’une série à succès d’il y a 40 ans un blockbuster pour le public d’aujourd’hui ? Le double risque, sans cadeau Bonux, et de déplaire aux fans de la première heure tout en ne suscitant aucun intérêt du public actuel qui ne connaît rien du matériau de base et s’en moque totalement !

Avec NIGHTMARE ISLAND (titre français du film… si si si si si !), l’idée est donc de «transformer» le paradis étrange et fantastique d’origine en île de tous les cauchemars ! Exit le mystère, bonjour l’horreur pour teenagers qui ne fait pas peur !

L’une des mauvaises idées de ce mauvais film est d’avoir choisi le débonnaire Michael Peña pour reprendre le personnage incarné avec prestance par Ricardo Montalban. Là où ce dernier insufflait une dose d’étrangeté et de machiavélisme dans le personnage de M. Roarke – Dieu ou Diable ? – Peña reste une erreur de casting.

Si le début intrigue et promet du mystère, la suite de ce mauvais NIGHTMARE ISLAND s’étire beaucoup trop en longueur pour susciter l’interêt ou l’effroi. Avec une conclusion à la Scooby-Doo et un ultime (et inutile) clin d’œil à la série d’origine, le film s’embourbe dans le «n’importe quoi». Au point que l’on souhaite juste qu’aucun protagoniste n’en sorte vivant. À fuir.


GHOST IN THE SHELL (2017) de Rupert Sanders

Dans le futur, à une époque où les greffes cybernétiques sur les humains sont devenues monnaie courante, le Major Mira Killian / Kusanagi (Scarlett Johansson), dont le cerveau a été placé dans un corps artificiel, est à la tête d’un groupe d’intervention de police, la Section 9, officiant lors de cas extrêmes. Faisant face à un mystérieux cyber terroriste pouvant contrôler les esprits à distance, elle découvre la réalité sur son passé oublié…

Remake « occidentalisé » du film d’animation japonais GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii en 1995, lui-même inspiré du manga GHOST IN THE SHELL de Masamune Shirow en 1989, cette version live s’était attirée les foudres des fans et geeks de la planète à sa sortie il y a 3 ans.

Produite en partie par Spielberg via les sociétés Amblin et Dreamworks et réalisé par le cinéaste de BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR, cette adaptation n’apporte rien de plus à la saga GITS, comprenant plusieurs films et séries d’animations, de jeux vidéos et, bien sûr, de suites sous la forme illustrée.

Reproduisant parfois au détail près la célèbre version d’Oshii, le film, plutôt soigné visuellement, ne suscite aucune émotion ni réaction malgré l’implication de la belle Scarlett Johansson. Ce qui, paradoxalement, en fait conjointement sa réussite visuelle et son inutilité.

Tout au plus, ce GITS permet une réception moins hermétique que le splendide film d’Oshii, chef d’œuvre hypnotique parfois difficile à pleinement appréhender pour qui n’est pas dans de « bonnes conditions » au moment de sa vision.

Mais le résultat final est une nouvelle preuve, si nécessaire, de l’absurdité et du manque réel d’effort des multiples remakes et autres reboots composant une grande partie des productions cinématographiques récentes.

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