Pour une poignée de films… #50

Rebondissements et faux-semblants au menu de ce 50ème numéro des chroniques en mode expresso, avec 3 œuvres bien différentes les unes des autres, mais toutes sous le signe de l’intrigue policière et du suspense : un méconnu thriller matiné d’espionnage, un « film noir » sous le soleil de la Floride et un « whodunit » à la française.


Meurtres en cascade de Jonathan Demme (1979)

Agent secret œuvrant dans une mystérieuse agence pour le compte des États-Unis, Harry Hannan (Roy Scheider) reste traumatisé par la mort de sa femme dont il se sent responsable. Après un séjour hospitalier, il tente progressivement de se remettre lorsque la réception d’un message en hébreu lui fasse craindre pour sa propre vie…

Avant de se faire un nom dans les années 90 avec LE SILENCE DES AGNEAUX puis PHILADELPHIA, le cinéaste Jonathan Demme démarra timidement sa carrière 20 ans plus tôt. Il réalisa même un épisode la série COLUMBO avec Louis Jourdan aux côtés de Peter Falk.

En 1979, il va tourner LAST EMBRACE avec Roy Scheider et Janet Margolin. Pourquoi ce titre fut adapté en France par MEURTRES EN CASCADE ? Les mystères de la « traduction » de certains noms de films étrangers dans notre joyeuse contrée m’échapperont toujours…

Peut-être qu’une « ultime étreinte » prendrait de curieuses connotations chez certains spectateurs et spectatrices lubriques. Et que le fait d’inclure le mot « meurtres » pour désigner le film était plus évocateur de ses aspects « thriller ». Quoi qu’il en soit, les anonymes de la traduction devaient avoir le sens de l’humour puisque MEURTRES EN CASCADE se déroule en partie sur le site des chutes du Niagara !

Curiosité que ce 5ème film de Jonathan Demme qui commence comme un film d’espionnage, teinté de drame, pour évoluer vers l’intrigue policière à suspense. Demme paye ici son tribut à Alfred Hitchcock en évoquant VERTIGO, 5ème COLONNE voire LA MORT AUX TROUSSES pour les scènes finales.

Mais malgré un casting solide, mené par le toujours excellent Roy Scheider, MEURTRES EN CASCADE est un curieux film, naviguant maladroitement entre deux genres. On passe ainsi du film d’espionnage au thriller, avec un fond de vengeance à travers le temps. Ce dernier élément, peu crédible, tend à rendre confus le récit et fragilise le personnage interprétée par la belle Janet Margolin.

Ajoutez à cela un score décalé, signé pourtant du grand Miklós Rózsa (LA MAISON DU Dr EDWARDES, QUAND LA VILLE DORT, C’ÉTAIT DEMAIN, LES CADAVRES NE PORTENT PAS DE COSTARDS…) mais trop ancré dans les années 40/50, et vous aurait un aperçu du sentiment mitigé que procure MEURTRES EN CASCADE.

Reste la curiosité d’y (re)découvrir Christopher Walken dans l’un de ses premiers films ou Jack Napier (RAMBO 2) et John Glover (GREMLINS 2), habitués des « seconds couteaux » du cinéma. Jonathan Demme faisait ici ses classes et prouvera son talent une dizaine d’années plus tard.


Palmetto de Volker Schlöndorff (1998)

Harry Barber (Woody Harrelson), écrivain et journaliste raté, sort de 2 ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis. Il rejoint sa compagne Nina (Gina Gershon), une artiste plasticienne, à Palmetto, petite cité balnéaire de Floride réputée pour son fort taux de corruption. En quête d’un emploi, il est contacté par la riche et sulfureuse Rhea Malroux (Elizabeth Shue) qui lui propose un job dangereux mais lucratif…

Représentant du nouveau cinéma allemand des années 60 et 70, le cinéaste Volker Schlöndorff s’est fait connaître avec des films majeurs comme L’HONNEUR PERDU DE KATHARINA BLUM, LE TAMBOUR ou son adaptation d’UN AMOUR DE SWANN. Aux États-Unis, il réalise, entre autres, LA MORT D’UN COMMIS VOYAGEUR avec Dustin Hoffmann et John Malkovich ou COLÈRE EN LOUISIANE avec Holly Hunter et Richard Widmark.

Avec PALMETTO, « film noir » au nom de biscuit sucré, il s’attaque à l’adaptation de JUST ANOTHER SUCKER, un polar de James Hadley Chase, grand spécialiste du genre.

Inédit dans les salles françaises, PALMETTO ne succombe pas aux facilités de casting. Entendez par là que les acteurs choisis n’interprètent pas des personnages dans lesquels on a l’habitude de les voir. Ainsi, Woody Harrelson (LARRY FLINT, NATURAL BORN KILLER, TRUE DETECTIVES…) – régulièrement cantonné aux rôles de voyous, sales types et autres caractères peu recommandables – joue ici l’anti-héros du récit. Soit, un brave type, un peu naïf faible et malchanceux sur qui le mauvais sort s’acharne.

Elizabeth Shue (RETOUR VERS LE FUTUR 2 et 3, LEAVING LAS VEGAS…) campe ici une blonde fatale, manipulatrice et vénéneuse, trop sexy pour être honnête. Face à elle, la brune Gina Gershon (BOUND, SHOWGIRLS…) interprète la compagne amoureuse du héros, attentionné et compréhensive.

Évoluant dans une ambiance évoquant les années 50 – décors, costumes… – mais se déroulant bien à l’époque de sa production (les années 90), le film de Schlondorff réussit le beau doublé de rester intemporel tout en évoquant les polars hollywoodiens classiques.

Sans atteindre des sommets, PALMETTO est une bonne production du genre. Un film noir qui respecte les codes de ce style de film, polar aux multiples rebondissements pas vraiment crédibles mais qui suscitent l’intérêt pour accrocher le public jusqu’au mot fin.


Les traducteurs de Régis Roinsard (2019)

Alors que le dernier tome de la saga littéraire française à succès DEDALUS va être publié, son éditeur Éric Angstrom (Lambert Wilson) réunit les 9 traducteurs du roman en langues étrangères dans un immense et luxueux bunker high-tech, afin qu’aucune fuite ne puisse se produire. Mais un mystérieux hacker parvient à publier les premières pages du livre sur le net et réclame une forte somme à Angstrom pour ne pas diffuser la suite…

Quand le cinéma français ose sortir de ses éternelles – et pénibles – catégories d’usage et à destination de la ménagère de moins de 50 ans adepte de TF1 ou de ses boboitudes auteurisan-gonflantes à destination des parisiens et des spectateurs de Quotidien, il y a parfois de bonnes surprises. Comme LE CHANT DU LOUP sorti il y a deux ans.

Sans atteindre les qualités de ce dernier, LES TRADUCTEURS a le mérite de proposer un sujet original. Toutefois, plusieurs défauts ne permettent pas au film de Régis Roinsard (POPULAIRE) d’être pleinement réussi.

En lui-même, le scénario du film ne démérite pas. Démarrant tel un thriller psychologique pour se poursuivre comme un suspense digne d’Agatha Christie, LES TRADUCTEURS se conclue, dans son dernier quart, sur un twist que l’on sentait venir mais qui permet une approche différente du récit.

Derrière une histoire de vengeance, le film s’offre une (légère) critique de notre époque, où les « nécessités » commerciales du merchandising font trop souvent oublier le plaisir premier qu’offre la littérature.

On pense à des sagas littéraires à succès comme MILLENIUM ou HARRY POTTER, dont on oublie parfois les qualités et les défauts derrière les phénomènes de société qu’elles sont devenues.

Ce qui fonctionne difficilement dans LES TRADUCTEURS tient hélas dans son casting international. Si le fait de choisir un acteur ou une actrice appartenant à la nationalité de chaque personnage était une évidence, l’égalité de l’interprétation n’est pas au diapason. Et donne un sentiment général de surjeu.

Quelques acteurs peu ou pas connus en France sont toutefois d’agréables surprises – Alex Lawther, Manolis Mavromatakis… – mais la majorité d’entre eux se distingue par le manque évident de nuances dans leur interprétation. Limite d’un casting international peut-être ? C’est souvent le cas au cinéma…

Si Olga Kurylenko roule un peu trop des yeux pour semer le doute sur son personnage, la palme de l’excès revient à Lambert Wilson. Dans son rôle détestable d’éditeur ambitieux et cynique, l’acteur nous ressert des tics déjà vu dans les mauvaises suites de MATRIX (RELOADED ou REVOLUTIONS, je ne sais plus, vous rectifierez de vous même…) ou dans d’autres productions récentes.

On a (trop) envie de le noyer dans la piscine de son bunker, non pour être parvenu à saisir la cruauté de son personnage mais pour cette façon trop théâtrale de l’interpréter. Essai intéressant donc, mais résultant peu concluant.

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