TAGLINES : du moisi dans l’accroche

En cette période difficile, les mesures confuses de notre riante contrée, assorties de slogans cocasses – pour rappel « Dedans avec les miens. Dehors en citoyen » – m’ont donné envie de retrouver quelques taglines de films parmi les plus involontairement drôles.

Vous voyez sûrement de quoi je parle. De ces petites phrases généralement placées en haut des affiches de films, présentes pour attirer, intriguer, résumer le film en une « sentence » lapidaire et au final le « vendre » tel un produit.

Si certaines d’entre elles sont des plus efficaces – comme « Dans l’espace, personne ne vous entend crier » pour ALIEN – d’autres prêtent à rire ou à sourire. Demonstration par l’exemple avec une sélection de 10 accroches parmi les plus moisies.


1 – « Pour sauver sa peau, il doit d’abord mourir. »
(LE CONTRAT – 1986)

Sorti en 1986 et réalisé par le britannique John Irvin (LE FANTÔME DE MILBURN, HAMBURGER HILL), LE CONTRAT (RAW DEAL en VO) est la première incursion d’Arnold Schwarzenegger dans un genre autre que l’Heroic Fantasy ou la Science Fiction.

Dans ce film, il est un ex-agent du FBI, se faisant passer pour mort et ainsi venger incognito un de ses collègues. À l’origine, Arnie avait accepter de tourner RAW DEAL, produit par Dino De Laurentiis, afin de clôturer définitivement le contrat qui le liait au producteur italien.

Ce dernier avait obliger l’ex-culturiste à jouer dans CONAN LE DESTRUCTEUR, suite bas de gamme de CONAN LE BARBARE, et Schwarzy désirait passer à des projets qui ne soient plus des obligations. Au final, loin d’être un chef d’œuvre, LE CONTRAT / RAW DEAL ne fut pas un succès critique ou public. Mais il eut une seconde carrière en location VHS. Très rarement diffusé à la télévision, le film reste une « perle » à sa façon pour l’accroche de son affiche française. Elle a au moins le mérite de vendre la marchandise, soit une bonne grosse série B bien bourrine mais distrayante.


2 – « Ne chasse pas ce que tu ne peux pas tuer. »
(CHASSE À L’HOMME – 1993)

Dans CHASSE À L’HOMME / HARD TARGET de John Woo, Jean-Claude Van Damme est Chance Boudereaux, un ancien marine qui vient en aide à Natasha Binder (Yancy Butler) pour retrouver son père à la Nouvelle Orléans. Son enquête l’amène à découvrir une entreprise illégale de chasse, ayant pour cible des sans-abris et mené par les redoutables Emil Fouchon (Lance Henriksen) et Pil van Cleaf (Arnold Vosloo)…

Vaguement inspiré des CHASSES DU COMTE ZAROFF, CHASSE À L’HOMME marque la 1ère réalisation américaine du hong-kongais John Woo, réalisateur encensé il y a une trentaine d’années pour ses polars stylisés comme UNE BALLE DANS LA TÊTE ou LE SYNDICAT DU CRIME. Une fois à Hollywood, Woo ne fut plus maître de ses œuvres et enchaîna plusieurs polars « outrés » comme VOLTE-FACE ou MISSION IMPOSSIBLE 2, entre ralentis à répétition et vols de colombes.

À la même époque, sans pleinement jouer dans la « cour des grands » (Schwarzenegger et Stallone) du film d’action testostéroné, Van Damme commençait à se faire une place au soleil en participant à des films plus « ambitieux » en matière de budget et de distribution. Pourtant, HARD TARGET impressionne encore pour ses dialogues idiots, ces noms de personnages involontairement drôles et son accroche sentencieuse qui nous fait comprendre combien le Van Damme est indestructible. Be aware and be careful !


3 – « L’amour, quand c’est trop fort, ça peut faire peur. Très peur. »
(LIAISON FATALE – 1987)

En pleine époque du polar érotique, dont le fleuron du genre reste BASIC INSTINCT, LIAISON FATALE peut se voir comme une nouvelle interprétation du précurseur UN FRISSON DANS LA NUIT / PLAY MISTY FOR ME 16 ans plus tôt.

Réalisé par Adrian Lynn, britannique venu de la pub et remarqué pour 9 SEMAINES ET 1/2, LIAISON FATALE est le récit d’un adultère qui vire au cauchemar. Resté seul à New York pendant quelques temps, l’avocat Dan Gallagher (Michael Douglas), marié et père de famille, a une aventure avec l’éditrice Alexandra Forrest (Glenn Close). Mais lorsqu’il la quitte, celle-ci fait tout pour s’accrocher, allant même jusqu’à passer le lapin familial à la casserole !

Gros succès public à sa sortie, LIAISON FATALE fut interprété comme une fable sur la crainte du SIDA, signifiant en substance que l’adultère était réellement devenu un péché mortel ! Sans aller jusque là, le film révéla Glenn Close et l’abonna aux rôles de garces dangereuses. Quant à Michael Douglas, il devint l’acteur d’usage lorsqu’il était question de filmer des ébats mouvementés – oui là, tout de suite, sur le plan de travail, entre le grille-pain et le micro-ondes qu’on envoie valser par terre !! – en enchaînant plusieurs films où thriller et sexe faisaient bon ménage.

Avec le recul, LIAISON FATALE et son accroche tout en finesse sont les témoins d’une époque. Le personnage hystérique de Glenn Close apparaît aujourd’hui comme la véritable victime de l’histoire face à un homme lâche et faible. Reste que le film fit réfléchir beaucoup d’hommes volages et d’amateurs de civet de lapin.


4 – « Il revient et il n’est pas content…»
(KING KONG II – 1986)

En 1976, lorsque le nabab italien Dino De Laurentiis – encore lui – se mit en tête de surfer sur la vague du film catastrophe en produisant un remake de KING KONG, le film fit grand bruit. Mais pas vraiment pour les bonnes raisons, avec son gorille animatronique géant incapable de fonctionner !

Avec le recul et sans être si mauvais, le film eut au moins le mérite de faire découvrir Jessica Lange. Et de m’impressionner lorsque, tout gamin, je le découvris sur grand écran…

10 ans plus tard, le Kong fit son retour et affichait une bouille ronchon : « Il revient et il n’est pas content…» nous affirmait-on au cas où la photo d’identité du grand singe vénère n’était pas assez explicite ! C’était quoi cette fois son problème ? Un divorce californien avec sa blonde ? Une brique Lego géante glissée sous ses pieds ? Une banane pas assez mûre ?

Non non, juste quelques problèmes de cœur, au propre comme au figuré. Après s’être fait greffer une immense pile cardiaque, voilà-t-il pas qu’on lui fait une transfusion de sang venant d’une gorille géante, dénichée dans la jungle de Bornéo.

Les deux poilus tombent amoureux et prennent la clé des champs sous les yeux d’une Linda Hamilton en mode « scientifique compréhensive » entre deux Terminator… Suite tardive et inutile, KING KONG II ne tint pas l’affiche  très longtemps. Il conserve toutefois une place de choix au rayon des nanars.


5 – « Quand il remplit les verres, il renverse les cœurs. »
(COCKTAIL, 1988)

Bienvenue dans l’ère Tom Cruise 1.0. Celle des années 80 où, tel un VRP de l’American Way Of Life, le Tom Pouce d’Hollywood vantait les vertus de la libre entreprise et du jet de compet’ sur porte-avions.

Dans COCKTAIL, après sa sortie de l’armée, il veut financer ses études et déniche pour cela un job provisoire en tant que barman. Mais le jeunot ambitieux manie les verres avec brio. Repéré par un vieux briscar du bar (Bryan Brown) qui devient son mentor, il va découvrir que ses talents touchent aussi la gente féminine…

Images sucrées, BO estivale et bluette sans intêret, COCKTAIL est typiquement ancré sans la décennie pop et toc des 80’s. Mais il fut un gros succès commercial à sa sortie, doublé de belles recettes en VHS et dans les bacs à disques.

Avec le recul, le film passerait volontiers pour une parodie filmée à la truelle par un Roger Donaldson (LA MUTANTE) bon faiseur mais « yes man » sans réelle touche personnelle. Sponsorisé comme à son habitude par Ray Bans, Cruise nous fait admirer son râtelier bi-fluoré et prend des pauses de jeune tombeur. Car comme le promet l’affiche, « il remplit les verres et renverse les cœurs ». Et non l’inverse.


6 – « En cas d’urgence, faîtes le 4. »
(LES 4 FANTASTIQUES, 2005)

Tiré du comics Marvel de 1961, LES 4 FANTASTIQUES fut distribué quelques années avant la déferlante triomphale de films inspirés du Marvelverse et produit par la « maison aux idées ».

L’histoire d’origine suit 4 scientifiques dotés d’étranges pouvoirs aprës avoir été touchés par des rayons cosmiques lors d’une expédition spatiale. Curieusement, ce titre phare dans l’univers de la BD américaine ne fut jamais un succès cinématographique.

En 1994, une production fauchée fut tournée mais jamais distribuée, dans le seul but de conserver les droits. Puis, en 2015, une nouvelle adaptation avec un autre casting connut un retentissant échec critique et commercial. Mais pour en revenir à cette version de 2005 réalisé par Tim Story, cinéaste d’un mémorable remake new-yorkais du TAXI de Besson, son accueil plutôt tiède n’empêcha pas la même équipe de produire une suite deux ans plus tard, LES 4 FANTASTIQUES ET LE SURFEUR D’ARGENT.

Plus intéressante quant au récit introduisant l’iconique personnage du Silver Surfer, cette suite connut encore moins de succès et sonna le glas d’une franchise, avant le piètre reboot de 2015. Une curiosité pour ces deux films : Chris Evans, jouant ici Johnny Storm la Torche Humaine, sera l’interprète un peu plus tard du CAPTAIN AMERICA dans la série de films récents des studios Marvel. Rien ne se perd, tout se recycle.


7 – « Prenez l’escalier ! Prenez l’escalier ! Par pitié, prenez l’escalier !»
(L’ASCENSEUR, 1983)

L’accroche de L’ASCENSEUR avait-elle pour mission de concourir au titre de la tagline la plus stupide de l’histoire du cinéma ? Avec son titre on ne peut plus clair et cette injonction qui insiste lourdement, on aura compris qu’il se passe de drôles de choses dans l’ascenseur en question !

Budget cheap et récit tenant sur un post-it, cette curiosité du néerlandais Dick Maas fut pourtant un succès surprise à sa sortie en salles, après avoir obtenu le Grand Prix du Festival d’Avoriaz en janvier 1984.

L’histoire se déroule à Amsterdam, dans un building de bureaux où une série d’accidents mortels ont eu lieu dans l’ascenseur high tech. Héros improbable de cette histoire qui ne l’est pas moins, un réparateur en ascenseurs (!) va s’improviser détective et découvrir que la société du « monte charge » a équipé la bête d’un micro-processeur à base de composants organiques, expliquant ses dérives meurtrières ! Ben voyons…

Succès commercial surprise, L’ASCENSEUR connut même de belles heures en VHS dans les vidéoclubs des années 80. Quant à son réalisateur, il en fit un remake en 2001, L’ASCENSEUR : NIVEAU 2 avec Naomi Watts au casting. Ce qui ne l’empêcha pas de passer inaperçu.


8 – « Pour cette mission, son nom de code sera : Choc Nourrice »
(BABY SITTOR, 2005)

Au début des années 2000, après avoir enchaîné les rôles de gros bras burinés dans divers productions d’action ou de SF comme PITCH BLACK, XXX ou LES CHRONIQUES DE RIDDICK, Vin Diesel, l’homme à la tête de Treets, attrape le même virus contracté par Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger avant lui : celui du « je suis un acteur, bordel, je peux tout jouer ! »

Ces deux derniers s’étaient diversifiés dans les années 90 à travers quelques comédies pas franchement convaincantes comme JUMEAU, ARRÊTES OU MA MÈRE VA TIRER ou UN FLIC À LA MATERNELLE, cherchant à élargir leur public et à prouver qu’ils n’étaient pas que des « brutes ».

Vin Diesel choisit donc de suivre la même voie et passe à un autre carburant (oui, bon…) avec ce BABY-SITTOR, production Disney où, membre des navy seals, il est chargé de protéger la famille d’un scientifique inventeur d’un système d’armement hautement perfectionné et convoité. Imposant une discipline militaire aux enfants du scientifique, il finira par se rapprocher d’eux et de leur nounou dont il tombera amoureux.

Scénario anémique mais succès surprise pour ce BABY-SITTOR dans le monde, dont la « colossale » tagline ne fit pas vraiment rire pour les bonnes raisons. Le Vin revint pourtant à ses premiers amours en démarrant la franchise FAST AND FURIOUS avec le carton que l’on connaît. On peut le préférer lorsqu’il fait les voix de Groot dans LES GARDIENS DE LA GALAXIE ou du GÉANT DE FER…


9 – « Ils n’auraient pas du le jeter à l’eau s’ils ne voulaient pas qu’il fasse de vague. »
(PIÈGE EN EAUX TROUBLES, 1993)

Avec une telle accroche sur l’affiche et Bruce Willis en tête de casting, on était en droit d’attendre une comédie à la BOIRE ET DÉBOIRES, l’un des premiers films au cinéma de l’ex barman avant DIE HARD. Mais en fait non.

PIÈGE EN EAUX TROUBLES – maladroite manière de surfer sur le succès de PIÈGE DE CRISTAL avec une adaptation du titre original STRIKING DISTANCE – est un polar où Willis, appartenant à une famille de flics, joue les losers redresseurs de torts.

Relégué à la patrouille fluviale de Pittsburg, détesté de ses collègues qui lui ont mis sur le dos la fuite d’un tueur en série et le meurtre de son père officier respecté de la police, le Bruce noie son blues dans l’alcool. V’là t-y pas qu’une jeune collègue au long pif (Sarah Jessica Parker) lui est imposée et qu’une série de crimes le replonge dans son passé !

Petit polar sans grande ambition si ce n’est celle de maintenir un semblant de suspense jusqu’au dénouement final à la Scoubidou, ce PIÈGE EN EAUX TROUBLES peut se vanter de posséder l’une des accroches les moins inspirées du genre. Que d’eau, que d’eau…


10 – « Ils combattent la haine… par passion de la vie »
(DELTA FORCE, 1986)

Impossible dans cette liste non exhaustive d’écarter un film de Chuck Norris (et non pas Choc Nourrice, voir plus haut), même si je sais d’avance que certains et certaines d’entre vous me reprocheront d’avoir oublier tel ou tel film pour sa tagline absurde. Ce sera peut-être pour un second chapitre…

Comme je le disais en introduction, la filmographie de Chuck Norris est une mine d’or pour qui a soif de nanardise, de coupes mulets, de répliques chocs et de scènes improbables. DELTA FORCE est l’une des pépites de cette caverne aux trésors.

Réalisé en personne par Menahem Golan, l’un des pontes de la fameuse société de production Canon, célèbre dans les années 80 pour avoir mis à l’affiche quelques perles de la bourrinade décomplexée en s’appuyant sur les acteurs phares du genre – Van Damme, Steven Seagal et cie – DELTA FORCE se présente ni plus moins comme l’ultime solution face au terrorisme.

Devant la vermine du monde, on appelle le Chuck et son chef Lee Marvin à peine dégrisé d’une longue cuite, en mode « je viens payer mes arriérés d’impôts, ne faîtes pas attention à moi ». Ajoutez à cela Robert Vaughn (LES 7 MERCENAIRES), Hannah Shygulla l’égérie de Fassbinder et le regretté Robert Forster, sorti du TROU NOIR et de L’INCROYABLE ALLIGATOR avant de refaire surface dans JACKIE BROWN, improbable interprète d’Abdul (!) le chef des terroristes. Vous aurez une petite idée du résultat.

Cerise sur le kouglof, DELTA FORCE masque son propos belliqueux derrière une affiche à l’accroche involontairement comique. En gros, ce commando de justiciers dégomment à tout va parce qu’ils kiffent la life ! Parole !

Distribué à l’époque dans les salles sans avoir bousculé l’opinion publique, il n’est pas sûr que diffusé de nos jours DELTA FORCE ne suscite moults controverses et polémiques de réseaux sociaux…

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