5 raisons de (re)voir EXPERIMENT IN TERROR

Le début des années 60 est une époque où l’usage du noir et blanc réunit plusieurs thrillers et/ou films d’épouvante qui marqueront – et marquent encore – l’histoire du 7ème art. Des œuvres comme PSYCHOSE, LA MAISON DU DIABLE, LES NERFS À VIF ou LES INNOCENTS demeurent encore des références.

Quelque peu oublié aujourd’hui, EXPERIMENT IN TERROR (ALLO BRIGADE SPÉCIALE en VF) est une pépite du film noir qui mérite d’appartenir à cette liste.

Voilà déjà 5 raisons de (re)découvrir ce classique.


POUR SON RÉCIT PRÉCURSEUR

Avant toute chose, permettez-moi d’oublier le titre français du film, ALLO BRIGADE SPÉCIALE, le cantonnant un peu trop à mon goût dans la catégorie des séries B policières. EXPERIMENT IN TERROR est bien plus explicite sur le contenu du récit, plus juste quant à la protagoniste principal plongée dans un véritable cauchemar. Et plus prometteur sur ce qui attend le spectateur : un bon thriller pour qui aime frissonner au cinéma.

L’histoire commence à San Francisco, au début des années 60. Kelly Sherwood (Lee Remick) est une jeune employée de banque, vivant avec sa sœur de 16 ans Toby (Stefanie Powers). Un soir, en rentrant d’une sortie et alors que sa sœur dort chez une amie, un inconnu l’agresse dans son garage. Très menaçant, l’homme à la voix essoufflée lui pose un ultimatum : dérober 100 000 dollars à la banque qui l’emploie sous peine d’être toutes les deux assassinées elle et sa sœur !

Kelly parvient malgré tout à prévenir le FBI où l’inspecteur Ripley (Glenn Ford) met en place un système de protection autour des 2 sœurs, tout en enquêtant pour retrouver le déséquilibré…

À une époque où la couleur sur grand écran est devenu une habitude, évocateur de grand spectacle et d’évasion, Blake Edwards revient au noir et blanc, polar oblige. Film noir à l’ambiance étouffante dès les premiers moments, le cinéaste plonge les spectateurs dans un cauchemar éveillé avec un récit au cordeau, devenu un modèle pour de nombreux films à venir dans les 60 années qui suivront.

Mettant volontairement de côté l’abondance de détails sur les personnages et les lieux de l’histoire, Edwards pose les bases du scénario en très peu de temps. Peu importe d’où viennent Toby et son mystérieux agresseur, l’essentiel est dans l’affrontement qui les « unit » pour le pire.

De même nous n’en saurons jamais plus sur l’enquêteur Ripley au sang-froid constant. Le fil du récit nous le présente pourtant comme un flic humain mais distant à la fois. Si une attirance peut se deviner entre lui et Kelly, il n’est pas question ici d’une romance entre deux moments d’angoisse pure.

L’usage du téléphone, tel un instrument de torture psychologique, sera pris pour modèle par de nombreux thrillers et films d’épouvante, comme la série des SCREAM de Wes Craven par exemple, ou même PEUR SUR LA VILLE de Henri Verneuil.

L’idée est d’offrir des sommets de suspense au public, sans prendre de chemins détournés et inutiles. Et le pari est réussi.


POUR BLAKE EDWARDS

Pour trop de monde, le nom de Blake Edwards est synonyme de comédie. Des bijoux comme LA PANTHÈRE ROSE en 1963 puis LA PARTY en 1968 l’ont irrémédiablement associé à ce genre trop souvent dévalué et pourtant éternellement lié au 7ème art.

Le cinéaste reconnut, lors d’interviews, que les classiques de Chaplin, Buster Keaton ou Laurel et Hardy l’aidèrent à survivre d’une enfance triste et douloureuse. Et c’est en ce sens qu’il chercha continuellement à leur rendre hommage au détour de scènes devenues à leur tour des références de la comédie burlesque.

Mais ce serait un peu vite oublier que Blake Edwards a pratiqué d’autres genres. Comme le drame avec LE JOUR DU VIN ET DES ROSES. Ou le western avec DEUX HOMMES DANS L’OUEST. Et le polar.

Créateur de la série PETER GUNN pour la télévision – dont tout le monde connaît le célèbre thème musical repris dans THE BLUES BROTHERS – Edwards va rendre hommage aux films noirs des années 40/50 avec EXPERIMENT IN TERROR.

Beauté du noir et blanc, acteurs convainquant et mise-en-scène sobre mais efficace, Edwards met en place avec habileté ces éléments pour offrir au public une parfaite « expérience de terreur ». Un vrai thriller.


POUR SON CASTING

EXPERIMENT IN TERROR ne serait pas un thriller efficace sans un casting tout aussi efficace. Portant littéralement le film sur ses épaules, Lee Remick parvient à insuffler à son personnage la force et la fragilité nécessaire à la crédibilité de son personnage.

Il n’est bien sûr pas question d’en faire une héroïne « badass » comme nous avons régulièrement coutume d’en voir aujourd’hui. Mais son personnage, malgré le cauchemar qu’elle traverse, n’en demeure pas moins une femme forte, décidée à se battre quoi qu’il en coûte.

Face à elle, le flegme de Glenn Ford est idéal pour son personnage du détective Ripley. Si l’acteur est aujourd’hui connu pour ses personnages de western – dont le fameux 3H10 POUR YUMA – il fut révélé face à Rita Hayworth dans GILDA et se fit connaître en professeur courageux dans GRAINE DE VIOLENCE. Loin de la surenchère, et sans présenter les allures d’un colosse, son jeu posé est parfait pour inspirer aux spectateurs la même confiance et le sentiment de sécurité que Kelly / Lee Remick est sensée ressentir.

La surprise d’EXPERIMENT IN TERROR vient toutefois de son « bad guy », interprété avec intensité par Ross Martin. Les plus vieux d’entre vous se souviennent essentiellement de l’acteur pour son interprétation d’Artemus Gordon, le comparse de James West dans la série LES MYSTÈRES DE L’OUEST. Loin de ce personnage léger et sympathique, son rôle dans EXPERIMENT IN TERROR est des plus inquiétant et repoussant, prouvant que l’acteur avait un jeu bien plus étendu.


POUR LA BO DE HENRY MANCINI

Là aussi, on associe irrémédiablement le compositeur Henry Mancini à la BO de LA PANTHÈRE ROSE, sa création la plus célèbre. Mais s’il a poursuivi son association avec Blake Edwards sur les autres films de la série ou sur LA PARTY, Mancini est également l’auteur du PETER GUNN THEME et de la BO de DIAMANTS SUR CANAPÉ.

On lui doit aussi les musiques de HATARI!, CHARADE, TRANSAMERICA EXPRESS ou LIFEFORCE. Le talentueux compositeur n’était pas qu’un habile musicien d’easy listening ou de jazz. Il pouvait aborder bien d’autres univers cinématographique.

Pour EXPERIMENT IN TERROR, il a créé une musique sombre et mystérieuse, se fondant sans mal dans la photographie noir et blanc du film et ses scènes nocturnes. Avec cette prenante BO, Henry Mancini venait appuyer le climat de peur voulu par Blake Edwards.


POUR SA PHOTO NOIR & BLANC

EXPERIMENT IN TERROR ne serait pas ce qu’il est sans Philip Lathrop. Directeur de la photographie sur de nombreux films de Blake Edwards comme LA PANTHÈRE ROSE ou DIAMANTS SUR CANAPÉ, il travailla également sur la série tv PETER GUNN et fut cadreur sur LA SOIF DU MAL d’Orson Welles.

On lui doit la photo de SEULS SONT LES INDOMPTÉS, LE KID DE CINCINNATI, LE POINT DE NON-RETOUR ou ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX. Dans les années 70, il participa à plusieurs films catastrophes comme TREMBLEMENTS DE TERRE ou 747 EN PÉRIL.

Pour EXPERIMENT IN TERREUR, Lathrop plonge les spectateurs dans un noir et blanc puissant et angoissant, accentuant, lors des scènes nocturnes, les traits des visages exprimant soit la peur soit la folie, augmentant le malaise ressenti lors des gros plans sur le visage du déséquilibré, comme la compassion et l’identification que l’on éprouve pour Kelly / Lee Remick.

Appliquant avec grand talent les « recettes » du film noir tel que le souhaitais Blake Edwards, Philip Lathrop accentue l’impact de scènes fortes telles celle du garage en début de film, la terrible « séquence des mannequins » ou celle du bar de nuit par exemple. Un atout précieux qui contribue incontestablement à la réussite du film.


EXPERIMENT IN TERROR (ALLO BRIGADE SPÉCIALE en VF) de Blake Edwards (1962)
Avec Lee Remick, Glenn Ford, Ross Martin, Stefanie Powers, Clifton James…
Scénario : Mildred et Gordon Gordon, d’après leur roman « Operation Terror ».
Musique : Henry Mancini.

Crédits photos : Columbia Pictures.


Bande-annonce

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