Pour une poignée de films… #53

Au menu du 53ème article du blog en mode rapido : un polar 70’s un peu daté, une comédie bobo surestimée et une nouvelle version d’un classique du fantastique.

 

LES COPAINS D’EDDIE COYLE (1973) de Peter Yates

Au début des années 70, Eddie Coyle (Robert Mitchum), un truand sans envergure, vivote de magouilles et de petits trafics. Dave Foley (Richard Jordan), un agent du FBI manipulateur, lui propose un marché : balancer ses amis ou filer droit en prison…

Au détour d’une diffusion sur le câble, j’ai pu rattraper mon retard et voir ce fameux LES COPAINS D’EDDIE COYLE, film rare voire inexistant tant à la télévision que dans de petites salles « art et essai » aux rétrospectives vintage. Avec le réalisateur de BULLITT aux commandes, Robert Mitchum en tête d’un casting solide – le fameux Eddie Coyle du titre, c’est lui – de bons acteurs (Richard Jordan, Peter Boyle…) et de nombreux retours sur le net ou dans la presse spécialisée sur l’aspect « culte » du film, les conditions étaient réunies pour passer un très bon moment de cinéma 70’s, comme je les affectionne.

C’est bien connu : quand on attend trop de quelque chose ou de quelqu’un, on risque souvent d’être (très) déçu. Or donc, LES COPAINS D’EDDIE COYLE m’a déçu. Au lieu d’un film culte qui a pris de la patine dans le sens le plus noble du terme, je n’y ai trouvé qu’un petit polar vintage, à l’image terne et au final un peu trop vite expédié à mon goût.

LES COPAINS D’EDDIE COYLE m’ait apparu comme de ces films dont on n’ose plus dire du mal, tant l’ensemble de la communauté cinéphile / cinéphage en dit du bien. Trop peut-être… Contrairement à BULLITT qui a « bien vieilli » (comprenez : qui reste attractif et dont les aspects rétro font parties du charme), ce film ci reste (trop) ancré dans une thématique minimalo-réaliste qui le dessert.

Reste un Robert Mitchum impeccable dans un rôle surprenant – un pauvre type manipulé par tout le monde – et l’ensemble du casting constitué d’acteurs solides, aujourd’hui disparus. Ajoutez à cela l’excellente BO de Dave Grusin (LES 3 JOURS DU CONDOR) pour rehausser le plat et vous aurez tout de même droit à une rareté intéressante à (re)découvrir. Mais sans plus en ce qui me concerne.


ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES (2020) de Caroline Vignal

De nos jours en France. Antoinette (Laure Calamy), une institutrice fleur-bleue, attend avec impatience l’été pour retrouver son amant Vladimir (Benjamin Lavernhe), accessoirement père d’une de ses élèves. À la dernière minute, Vladimir l’abandonne pour partir avec femme et enfant faire une randonnée dans les Cévennes. Désespérée, Antoinette décide de le rejoindre quoi qu’il en coûte… 

Sorti dans les salles en pleine pandémie et lors d’une « trêve », autorisant un retour bienvenu durant un temps trop court, ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES est devenu l’un des succès surprise d’il y a 2 ans. Encensé par la critique et l’ensemble du public, cette gentille comédie, second film d’une ex-étudiante à la Femis et grande fan d’Eric Rohmer, est vite devenue un phénomène de société, débouchant sur le César de la meilleure actrice pour la charmante Laure Calamy.

En découvrant ce « phénomène » avec du recul, j’ai pensé à cette notion : offrez un steack trop cuit (ou une courgette trop cuite pour les plus vegans d’entre vous…) à une personne affamée et elle le trouvera délicieux. Encore une fois, avant d’aller hurler dans les commentaires de ce post que je n’ai rien compris à ce « chef d’œuvre », posez-vous cette question : se pourrait-il que, dans un contexte de privation de sorties et de dépaysement, une petite comédie bobo rende tout le monde (ou presque) aussi naïf et tolérant ?

Certes, ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES se regarde. Comme un téléfilm France 3 Région, avec son scénario tenant sur un bout de papier recyclé, ses images « c’est super beau la nature, j’veux dire » et ses acteurs surjouant la moindre scène. Si Laure Calamy parvient à rendre touchante son personnage d’institutrice candide, elle agace aussi par ses « sourires tristes » appuyés. Son Antoinette n’est jamais totalement attachante, tant elle accumule tous les poncifs de l’amoureuse aveuglée par le désir, attachée à un abruti qui se joue d’elle.

C’est d’ailleurs l’un des gros défauts du film de Caroline Vignal : ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES n’est jamais sauvé par un (ou des) personnage(s) attachant(s). L’institutrice est bien idiote; son amant est un pauvre con, pensant plus avec son entrejambe qu’avec son cœur; la femme de l’amant est une hystérique trop sûre de ses acquis… et au final assez détestable; les randonneurs sont des égoïstes ou des donneurs de leçons; les parisiens sont méprisants et viennent « se distraire » en province; les « gens du terroir » n’aiment pas les parisiens… Bref, à défaut de nous proposer un « état des lieux » de la France actuelle drôle ou mordant, la réalisatrice nous offre le constat grinçant, bourré de clichés mais (trop) rarement amusant d’un pays de râleurs et d’esprits étriqués.

Bien entendu, je ne fais que partager mon avis. Rien ne vous empêche de vous faire le vôtre en suivant les « mésaventures » de cette brave amoureuse au cœur d’artichaut. Ne serait-ce que pour les belles images et pour l’âne Patrick qui s’en sort avec les honneurs…


INVISIBLE MAN (2020) de Leigh Whannell

Cecilia Kass (Elisabeth Moss) est l’épouse d’Adrian Griffin (Oliver Jackson-Cohen), un riche scientifique tyrannique et violent. Persécutée par ce pervers narcissique, elle décide une nuit de s’enfuir de chez elle avec l’aide de sa sœur Emily (Harriet Dyer). Plus tard, elle apprend que Griffin s’est finalement suicidé et qu’elle doit hériter de sa fortune selon certaines conditions, comme de ne pas commettre d’infractions. Mais progressivement, plusieurs faits étranges incitent Cecilia à penser qu’Adrian n’est pas mort et qu’il se sert de ses dernières recherches pour la rendre folle…

Depuis sa publication à la fin du XIXème siècle, le roman L’HOMME INVISIBLE de H.G. Welles à connu de nombreuses adaptations, tant au cinéma qu’à la télévision. Que ce soit la version des années 30 avec Claude Rains, la série britannique des années 60, celles des années 70 avec David McCallum ou Ben Murphy, LES AVENTURES D’UN HOMME INVISIBLE de John Carpenter ou HOLLOW MAN de Paul Verhœven, le sujet de l’invisibilité semble inépuisable.

Sa grande force tient dans son sujet universel. Comme toute bonne histoire de science-fiction, le récit d’un individu capable de se rendre invisible évoque de nombreux domaines, selon l’époque et la société abordées : les dérives de la science, la folie des hommes, la cruauté ou la bienveillance des êtres humains, la transparence d’une personnalité, etc…

INVISIBLE MAN renouvelle cette histoire en abordant le récit dans l’air du temps – hélas – d’une jeune femme martyrisée par un sinistre individu, un pervers narcissique qui la broie mentalement et physiquement. L’atout majeur vient ici essentiellement de son actrice principale. Totalement investie dans son personnage, l’excellente Elisabeth Moss (MAD MEN, LA SERVANTE ÉCARLATE…) nous touche dès les premières minutes du film.

On souffre vraiment pour elle tant l’actrice nous fait pleinement ressentir le parcours éprouvant de son personnage. Évoluant entre le thriller psychologique, le drame sociétal et l’horreur choc (certaines scènes sont éprouvantes), INVISIBLE MAN amène à la réflexion, les aspects fantastiques de l’histoire servant à réfléchir sur notre « mal foutu monde » qui peine encore à évoluer malgré tout.

Produit par Blumhouse (PARANORMAL ACTIVITY, INSIDIOUS…), société qui s’est spécialisée dans le film d’horreur à petit budget, INVISIBLE MAN se démarque par son actrice tête d’affiche, son récit prenant et ses effets spéciaux minimalistes mais efficaces. Une très bonne séance de rattrapage en ce qui me concerne, que je vous recommande vivement.

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