Revoir OUTLAND

L’histoire

Dans le futur, au sein d’une station minière installée sur une des lunes de Jupiter, une série d’accidents mortels éveille la curiosité du shérif William O’Niel (Sean Connery), le responsable de la sécurité. Bridé par Sheppard (Peter Boyle), le directeur en place, qui lui intime l’ordre de laisser tomber son enquête, O’Niel, avec l’aide du Dr Lazarus (Frances Sternaghen), la médecin-chef de la base, découvre pourtant que la compagnie minière Con Amelgate, responsable de la station, est étroitement liée aux évènements dramatiques récents…

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Le shérif est dans l’espace

Lorsque le réalisateur et scénariste Peter Hyams entreprend le tournage d’OUTLAND au début des années 80, il souhaite mettre en scène un western. Soit l’histoire d’un homme, seul contre tous, dans le contexte d’une petite bourgade en pleine frontière, éloignée de la civilisation. Quelques années plus tôt, Hyams s’était fait remarqué par un solide thriller d’anticipation, CAPRICORN ONE, surfant sur la théorie parano avançant que l’homme n’avait jamais marché sur la lune mais resitué dans le contexte d’une mission vers Mars. Dans l’entourage du metteur en scène, tout le monde l’encourage à rester dans cette voie et le dissuade de se lancer dans un western.

En effet, à cette époque, les récents échecs financiers de films comme THE LONG RIDERS de Walter Hill ou HEAVEN’S GATE de Michael Cimino n’incitent plus les producteurs à s’aventurer au far-west. Les succès phénoménals de STAR WARS et ALIEN ont remis la science-fiction au goût du jour. Après le space opéra et l’épouvante futuriste, Peter Hyams va faire de son OUTLAND un western d’anticipation, transposant le décor et les personnages dans le contexte d’une colonie minière dans l’espace.

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Ne serait-ce qu’à travers son titre, OUTLAND a tout du western. O’Niel, cow-boy solitaire droit dans ses bottes, est l’archétype du héros pur et dur. Il est le shérif face au propriétaire terrien, puissant et corrompu (ici, le directeur de la mine) et lorsque sa tête est mise à prix, 2 tueurs sont envoyés par la prochaine navette pour l’éliminer, tels les hors-la-loi venus éxécuter Gary Cooper dans LE TRAIN SIFFLERA 3 FOIS, dont OUTLAND reprend les grandes lignes (Hyams ne s’en est jamais caché).

Au delà des emprunts au western, OUTLAND doit beaucoup aux polars urbains des années 70. DIRTY HARRY, SERPICO, FRENCH CONNECTION…ces films trouvent un echo certain dans cette solide et classique histoire d’un flic épris de justice dans un contexte pourri. Retravaillé sur les conseils de Sean Connery pour apporter plus de nuances et moins d’assurance tout en restant un modèle de droiture et de courage, le personnage d’O’Niel présente toutes les caractéristiques du flic solitaire. Principale faille dans la cuirasse de cette tête brûlée : son fils et sa femme qui ne supporte plus la situation.

Le jeu impeccable de l’acteur évite bien heureusement de tomber dans les clichés du genre. En quelques répliques et séquences, le passé du personnage est planté : c’est un rebelle, un « gêneur », affecté dans un trou paumé et hostile de l’espace parcequ’il a toujours refusé d’obéir aveuglément à sa hiérarchie. La scène où Lazarus lui demande pourquoi il s’obstine à vouloir mener son enquête au péril de sa vie est un beau moment d’interprétation.

Le personnage de Lazarus est d’ailleurs un alter ego de choix et de choc pour celui d’O’Niel. Frances Sternaghen lui apporte toute sa gouaille et l’attitude désabusée nécessaire pour nous la rendre immédiatement sympathique. Ses joutes verbales avec Sean Connery font partie des grands moments du film. Le reste de la distribution, constituée d’acteurs solides à défaut d’être connus, comme James Sikking ou Kika Markham, est efficace. Avec en tête Peter Boyle, magnifiquement détestable dans le rôle du corrompu Sheppard. Là aussi, ses affrontements verbaux avec Sean Connery / O’Niel se dégustent sans modération… À signaler que le doublage du film, de grande qualité, contribue, une fois n’est pas coutume, au plaisir pris à suivre OUTLAND.

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Autre réussite de cet excellent polar futuriste : son décor et son atmosphère soigneusement travaillés. Loin du clinquant propret à la STAR TREK, OUTLAND s’appuie sur la sobriété réaliste et usagée d’ALIEN pour nous offrir un futur convainquant et oppressant. Pas de gadgets high-tech frimeurs mais une technologie fonctionnelle et pratique, assurant aux hommes le minimum nécessaire pour survivre, et une station évoquant une plateforme pétrolière.

Disposant pour l’époque d’un budget modeste en comparaison de certaines productions récentes, OUTLAND reste encore, plus de 30 ans plus tard, une référence en matière de modèles réduits et maquettes. L’utilisation majeure de décors réels à l’échelle 1 contribue grandement à son réalisme face à la surenchère de l’écran vert et des images de synthèse actuelles.

Le film fut aussi le premier à utiliser la technique de l’Intro-Vision, un procédé d’incrustation d’images composites sur plans fixes qui permit d’obtenir de superbes résultats bien avant le monopole de l’ordinateur.

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Enfin, si le film de Peter Hyams emprunte au film ALIEN son ambiance poisseuse et oppressante, jusque dans sa musique (Jerry Goldsmith est le compositeur des 2 bandes originales) et son introduction similaire, il se présente lui aussi comme une critique sociale. OUTLAND, film politique ? Je n’irais pas jusque là. Mais dans sa façon de dénoncer une société future où l’homme est considéré comme un simple rouage, manipulable jusqu’au sacrifice, face à des dirigeants corrompus, OUTLAND affiche de belles vertus humanistes que le film de Ridley Scott distillait déjà de manière sous-jacente.

Lors de sa sortie en 1981, le film n’eut pourtant pas le succès escompté. Acteur révellé par le personnage de James Bond 20 ans auparavant, mais pas encore reconnu comme une incontournable vedette, Sean Connery traversait alors une période en demi-teinte malgré sa participation à de très bons films. Son nom seul n’attirait pas les foules. LE NOM DE LA ROSE, LES INCORRUPTIBLES et INDIANA JONES n’arriveront que quelques années plus tard.

Peter Hyams poursuivit son parcours d’artisan chevronné avec plus ou moins de bonheur. LA NUIT DES JUGES, polar classique et efficace avec Michael Douglas, sortit en 1983, puis 2010, la suite du 2001 de Kubrick, en 1984, jouant avec habileté sur l’émotion et le suspense psychologique pour éviter toute comparaison inutile, restent à mes yeux ce qu’il a fait de mieux jusqu’au récent A SOUND OF THUNDER, très mauvaise adaptation d’une nouvelle de Ray Bradbury.

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Efficace et solide polar futuriste, quelque peu oublié ou considéré à tort comme dépassé par une génération abreuvée d’images de synthèse et de montages épilleptiques, OUTLAND mérite pourtant d’être redécouvert et apprécié à sa juste valeur. Avant qu’un producteur paresseux ne décide d’en faire un remake…

OUTLAND (1981) de Peter Hyams.
Avec Sean Connery, Frances Sternaghen, Peter Boyle, Kika Markham, James Sikking…
Scénario : Peter Hyams. Musique : Jerry Goldsmith.

Crédits photos : © Warner Bros

N’arrivant pas à me décider quant à l’extrait à vous présenter, j’ai décidé… de vous en offrir 2 ! Soit l’intro « Aliennante » à souhait et une course-poursuite haletante qui renouvelle le genre. Enjoy 🙂

BONUS 1

BONUS 2

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8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Voilà qui donne très très envie 🙂 C’est encore un de ces films qui ne passe jamais à la TV. Ce serait bien que ARTE fasse un cycle SF pour que je puisse combler mes lacunes 😉

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    1. En tous cas, il ne passe plus sur les chaînes publiques ou TNT depuis longtemps :-/
      ARTE pourrait effectivement le passer dans un cycle SF ou Sean Connery… Sinon, je pense que tu peux encore le trouver facilement en DVD… C’est un excellent film, Sean Connery y est royal. L’histoire est classique mais bien menée… et la fin, très westernienne, est jubilatoire 🙂

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      1. niolynes dit :

        Un petit message rapide parce que dodo, il est tard (et je suis crevé -_-). J’adore ce film, aussi après l’avoir trouvé en dvd j’eus un choc : la colorimétrie du disque zone 2 de Warner était trop sombre. La superbe ouverture du film que tu as mis ici Alain, passait donc pour l’exemple à la trappe car …on ne voyait presque rien ! Tandis que mon enregistrement VHS restait lui, clair et osons le dire, encore plus beau presque que le dvd warner ! Alors Warner atteint de MGM-tisme (rapport aux éditions MGM zone 2 de Woody Allen qui vont du bien au dégueu –crimes et délits, immense film, est massacré par l’image hiddeuse de la compression pixellisée de l’ancienne édition 😦 ) ?
        Le blu-ray d’Outside restitue les tonalitées du film un peu mieux heureusement. Bref Potz, méfie toi du dvd distribué dans nos contrées, c’est un piège. Curieusement 2010 en dvd et blu-ray n’a aucun problème visuel. 🙂

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  2. niolynes dit :

    OUTLAND, pas Outside ! Le second c’est David Bowie (chef d’oeuvre aussi perso, hein 🙂 ).
    Houlà, je tiens plus debout, je tiens plus sur le clavier ! 😮

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    1. No problemo Nio ! Et merci pour toutes ces précisions nocturnes 😉
      J’ai lu par-ci par-là que le blu-ray était ce qui existait de mieux pour le moment en ce qui concerne OUTLAND… sans atteindre pour autant le prix d’excellence ! Warner est souvent pingre en ce qui concerne les éditions vidéos de ses films. À quand une édition spéciale d’OUTLAND avec la qualité qui s’impose et les bonus de rigueur ? On peut toujours rêver…

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      1. niolynes dit :

        Ah oui Warner, carton rouge.
        Je ne veux pas trop chipoter mais ce sont les seuls qi ne sous-titrent pas leurs commentaires audios, l’aberration… Alors comment je fais pour « lire » ce qu’a dit Philip.K.Dick quelques semaines avant sa mort dans un entretien exclusif avec Ridley Scott sur l’un des DVDs de l’édition ultime (le coffret 5 disques) de Blade Runner, hein ? Et puis leurs premières éditions DVD avec les boîtes cartonnées, merci bien. Bon, n’importe quelle Potz le dira, je n’aurais pas dû prêter mon dvd de 2001 l’odyssée de l’espace à un « ami », le film me revient avec le boîtier carton un peu plié et le DVD qui ne tient plus sur le support, un peu comme ces cds qui s’en vont de leur boîtier parce que le cercle de support en plastique est cassé. Saint Kubrick pardonne-les, ils ne savent pas ce qu’ils font. 🙂

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  3. niolynes dit :

    Bon sinon que dire de plus à cette belle chronique ? Tu te fais plaisir Alain et ça fait plaisir à lire, surtout quand on aime le film. L’avantage de la VHS et d’un papa un peu cinéphile c’est que même s’il a déjà vu le film et rechigne à le voir, il ne refusait rien au curieux que j’étais (sauf L’exorciste vu trop tardivement et qui du coup ne m’a jamais fait peur. Comme quoi, il faut parfois braver les interdits parentaux).

    Ce qui fait que j’avais mes week-ends VHS plus jeune avant d’embrayer vers le DVDs avec au début des années 2000, un « Rencontres du troisième type » ou Blood the last vampire » pas chers pris chez le marchand de journeaux avec leurs fascicules (collection « les plus grands films de science-fiction » pour l’un –déjà je l’avais en VHS le Spielberg mais j’en suis fan, les « meilleurs mangas en vidéo » pour l’autre). C’étaient mes premiers DVDs que je cachais soigneusement dans le tiroir de la commode de ma chambre car nous n’avions pas encore de lecteur mais j’avais dans l’idée de commencer une petite collection en cachette, histoire de ne pas être dépourvu quand la bise fut venue. J’ai tout de suite pensé à plusieurs DVDs de choix dès que j’eu ces films sur ce nouveau support et Outland m’est venu directement d’emblée en mémoire. Mais ce ne fut pas avant un certain moment… Par chance, le magnétoscope était encore branché ces dernières années donc les shoots de vidéo par intraveineuse ont aidé jusqu’à un certain point. Là depuis deux ans et le fait que je commence vraiment à investir sur la blu-ray, ça devient dur de revenir à la VHS sur un écran géant. Enfin ça dépend de la qualité de la vhs… 😉

    Je n’ai jamais parlé d’Outland sur mon blog, sauf à propos de MOON, le film du fiston à Bowie qui regorge de belles références notamment ce film. Une erreur à corriger un jour…

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    1. Merci Nio ! C’est vrai, je me suis fait plaisir et j’en avais besoin 🙂 Et puis il y a des films qui méritent vraiment une seconde chance, comme OUTLAND ou BRAINSTORM dont j’ai fait la chronique il y a quelques temps…

      J’ai vu MOON moi aussi et j’aime beaucoup, malgré une fin un peu vite expédiée à mon goût… Un vrai scandale que le film ne soit jamais sorti en salles chez nous ! SOURCE CODE, du même Duncan Jones, est très bon lui aussi…

      Pour les VHS, j’en ai encore plein à la maison 😀
      Je viens d’une famille très cinéphile et on parlait tous à table des films qu’on avait vu la veille au cinéma ou à la télé… Avant même la VHS, mon papa avait acheté un projecteur et une toile à dérouler. Et il nous passait des cartoon ou des extraits de films en Super 8. J’ai découvert 20 000 LIEUES SOUS LES MERS et LES CANONS DE NAVARONE à 5/6 ans grâce à cela ! Ça m’émeut encore d’en parler, c’était magique… même si ça me fait passer pour un dinosaure 😀 J’en ferais peut-être une chronique un jour…

      Pour les VHS, c’était de la folie quand c’est arrivé ! On louait des dizaines de films sur le week end et c’est grâce à la VHS que j’ai découvert JAWS et ALIEN la première fois (interdiction aux moins de 13 ans oblige).

      Je me suis mis au blu-ray depuis 2/3 ans. Je rachète les films que j’adore à la pièce ou en coffret… Du bonheur même si pour certains la différence avec les DVD n’est pas super flagrante (moins flagrante je trouve qu’entre les VHS et les DVD). Mais bon, quand je deviendrai riche et célèbre, j’investirai dans du matériel très haut de gamme, c’est sûr 😉

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