Pour une poignée de films… #3

Nouvelle poignée de films pour cette 3ème revue rapido. Avec dans l’ordre chronologique une découverte sympathique mais datée, de l’espionnite franchouillarde au parfum vintage et une comédie-hommage culte au concept jubilatoire.

PIÈGE À MINUIT (1960) de David Miller

En 1960, à Londres, un soir de brouillard. Alors qu’elle traverse un parc pour rentrer chez elle, la jeune épouse américaine (Doris Day) d’un puissant banquier de la City (Rex Harrison) est interpellée et menacée par une étrange voix déformée, comme surgit du néant. Dans son entourage, personne ne prête attention à ses dires. Mais les menaces, téléphoniques cette fois, se font de plus en plus pressantes…

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Enregistré au détour d’un passage sur Arte, PIÈGE À MINUIT m’intriguait pour son parfum Hitchcockien (très) appuyé. Doris Day en héroïne tourmentée, John Gavin qui tourna dans PSYCHOSE la même année, le « so british » John Williams (à ne pas confondre avec le célèbre compositeur des BO de Spielberg) dans un rôle de policier flegmatique rappelant ouvertement ses personnages déjà tenus dans LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT et LA MAIN AU COLLET, le charme vintage des 60’s… Sans parler d’une copie éhontée du style de Sir Alfred (ça n’est pas le cas), le film de David Miller, outre ses acteurs empruntés au maître du suspense, fait immanquablement penser à un film d’Hitchcock. À son désavantage.

Non pas que le film soit dénué d’intérêt. PIÈGE À MINUIT a l’attrait des productions des années 60, un peu suranné mais solide et soigné, rappelant aussi par endroits les Blake Edwards de la grande époque, soutenu par quelques seconds rôles marquants (avec entre autres Roddy McDowall dans le rôle poisseux d’un fils à maman trop gâté…) et une trame policière intriguante à défaut d’être très originale. C’est peut-être là, du côté de l’histoire et de son traitement, que le film ne tient pas vraiment ses promesses. Probablement parce qu’aujourd’hui ce genre de scénario sent le déjà vu. Et surtout parce qu’il manque la patte d’un grand réalisateur pour rendre inoubliable cette machination somme toute assez prévisible.

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Rex Harrison et Doris Day trinquent dans PIÈGE À MINUIT.

Autre inconvénient de taille : le choix de Doris Day pour incarner l’héroïne aux abois. Trop sage, trop « américaine bon teint de l’ère Eisenhower » pour que l’on se prenne à s’intéresser réellement au drame qui la submerge. L’actrice surjoue l’effroi durant une bonne partie du film, tant et si bien que certaines scènes (comme celle de l’ascenseur) tombe à plat. Pourtant, PIÈGE À MINUIT décolle dans son dernier tiers et, si l’on avait deviné l’issue depuis déjà un bon moment, le climax du film demeure prenant.

PIÈGE À MINUIT s’avère un suspense vintage honorable mais assez daté dans l’ensemble. Alfred Hitchcock l’aurait probablement placé à de plus hauts niveaux.

BANDE ANNONCE :

 

ATOUT CŒUR À TOKYO POUR OSS 117 (1966) de Michel Boisrond

Hubert Bonisseur de la Bath (Frederik Stafford), alias OSS 117, enquête au Japon sur la mystérieuse destruction d’une base militaire. Eva Wilson (Marina Vlady), une jeune femme travaillant à l’ambassade américaine, va le mettre sur la piste des responsables…

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Pour Colin Drake, Marina Vlady et Frederik Stafford, le jeu en vaut la chandelle.

Bien avant les excellentes réinterprétations de Michel Hazanavicius et Jean Dujardin en mode parodique, l’espion à la française OSS 117, créé par Jean Bruce dans une série inépuisable de romans aux titres ludiques (FURIA À BAHIA, BANCO À BANGKOK, PÉRIL À LILLE… euh, non, là je m’égare !) donna lieu à plusieurs adaptations cinématographiques dès les années 50. Avec le succès des 007, les producteurs décidèrent de donner à l’agent au nom si compliqué des airs de Sean Connery. Frederick Stafford, un représentant commercial d’origine autrichienne, fut donc choisi pour son physique Bondien et athlétique. Après l’Amérique du Sud et Bahia, il tourna son second opus situé au Japon, 1 an avant la sortie d’ON NE VIT QUE DEUX FOIS.

Souvent considéré comme le meilleur épisode de la série pré-Dujardin, ATOUT CŒUR À TOKYO… reste agréable à suivre. C’est léger et macho comme un James Bond période Sean Conney mais le film ne se prend ouvertement pas au sérieux, ce qui lui évite de sombrer dans le ridicule. Frederick Stafford s’en sort plutôt honorablement, apportant au personnage ce qu’il faut de décontraction et d’assurance pour être crédible dans le rôle. Face à lui, Marina Vlady est l’atout charme slave du film et Henri Serre (JULES ET JIM), aux faux airs de Martin Landau, est idéal dans un rôle ambigu.

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À l’écoute de son boss (Billy Kearns), OSS 117 (Frederik Stafford) : un peu de Sean, beaucoup de Connery.

Bien sûr, là aussi, le film est daté et certaines absurdités (Jacques Legras en japonais, caricatural et aussi crédible que Depardieu en danseuse-étoile !) piquent aux yeux dans le contexte moderne. Quelques dialogues paraissent involontairement drôles, malgré le ton humoristique et décontracté voulu par la production. Ainsi, dans une scène où Hubert / Stafford vient de cacher un micro sur Eva / Marina Vlady, il lui dit, content de lui : « Vraiment, vous portez la pile comme personne ! » On se dit qu’Hazanavicius et ses scénaristes n’ont pas du chercher si loin pour leurs pastiches !

Au delà de ces éléments bien ancrés dans la culture des années 60, on se surprend pourtant à trouver au film une patine très plaisante. Plusieurs scènes font d’ailleurs penser à un Bond de l’époque. Amusant de constater que les 2 séries semblent avoir jouer régulièrement, et chacune leur tour, au jeu de « l’emprunt » plus ou moins volontaire (voir ce lien qui répertorie les similitudes entre les 2 univers) . Car si OSS 117 apparaît souvent comme le suiveur de 007, le personnage de Jean Bruce est apparu en littérature et au cinéma bien avant celui de Fleming (1949 et 1957 pour OSS contre 1954 et 1962 pour 007).

Revoir le film aujourd’hui nécessite bien sûr de le replacer dans le contexte de l’époque. Certains y verront du nanar mais ATOUT CŒUR À TOKYO… se déguste surtout comme une madeleine délicieusement kitsch et légère dans une période estivale à la météo déprimante. Disposant pour l’époque d’un budget bien inférieure à son collègue britannique, cette aventure d’OSS 117 tient pourtant la comparaison et se redécouvre avec plaisir.

EXTRAIT :

 

LES CADAVRES NE PORTENT PAS DE COSTARD (1982) de Carl Reiner

À Los Angeles, au début des années 40. Le détective privé Rigby Reardon (Steve Martin) est engagé par la sublime Juliet Forrest (Rachel Ward) pour retrouver son père, scientifique renommé et créateur de fromages ! Au cours de ses investigations, Reardon met à jour un complot diabolique…

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Attention comédie culte ! LES CADAVRES NE PORTENT PAS DE COSTARD est devenu au fil du temps une référence incontournable de la parodie et du détournement loufoque, influençant sans aucun doute les créateurs de la fameuse CLASSE AMÉRICAINE. L’idée géniale de Carl Reiner (producteur, réalisateur et acteur vu entre autres dans la trilogie OCEAN avec George Clooney, et accessoirement père de Rob Reiner) est d’emprunter des extraits des plus célèbres films noirs hollywoodiens et, par un habile montage, permettre aux acteurs de 1982 (que sont Rachel Ward et Steve Martin) de donner la réplique aux acteurs des années 40 (entre autres : Kirk Douglas, Ava Gardner, Cary Grant, Burt Lancaster, Veronica Lake…).

Autour de ce postulat, le récit est mis en place, variation burlesque faîte de « non sens » et de références aux codes du polar et du roman de détective « hard boiled » à la Mike Hammer. Jouant avec le plus grand sérieux les situations les plus délirantes (la fameuse allergie au mot « femme de ménage », par exemple), Steve Martin et Rachel « Rhaaaaa » Ward excellent à jouer les poncifs du genre (le privé dur-à-cuir contre la femme fatale), se fondant sans effort dans le « décor nostalgique » du film.

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Quand Rigby Reardon (Steve Martin) a la langue chargée, il emploie les grands moyens…

Car si le film est bien évidemment une comédie, c’est aussi un magnifique hommage à une glorieuse époque. Le soin apporté à l’image (superbe noir et blanc), à la reconstitution des décors, à la musique et aux costumes (avec respectivement Miklos Rozsa et Edith Head dont ce sera le dernier film) en est la preuve constante et flagrante : derrière la pochade burlesque se cache une belle déclaration d’amour au cinéma et à ces acteurs mythiques, participant involontairement aux enquêtes du privé Reardon.

Diffusé de façon irrégulière sur les chaînes du câble, on peut encore facilement trouver LES CADAVRES NE PORTENT PAS DE COSTARD en DVD  à un prix abordable.

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La superbe Rachel Ward, brune piquante du début des années 80…

BANDE ANNONCE :

Crédits photos : © Gaumont / Universal Pictures.

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