TRUST NO ONE : 3 thrillers paranos des années 70

Assassinats de JFK et de Martin Luther King, interminable guerre du Vietnam, scandale du Watergate… À la suite de cette série d’évènements dramatiques, les années 70 vont donner l’occasion au cinéma américain d’exorciser les doutes et les craintes de l’Amérique par le biais de thrillers politiques anxiogènes et paranoïaques.

Portés par des acteurs et des réalisateurs renommés, ces polars paranos marqueront la critique et le public pour s’imposer, avec le temps, comme de véritables classiques du 7ème art.

Retour sur 3 grands films – revus récemment à l’occasion d’une rétrospective – à voir et revoir sans modération… après avoir vérifié que vous n’êtes ni sur écoute, ni suivi dans la rue !

 

À CAUSE D’UN ASSASSINAT 1974) d’Alan J. Pakula

Le journaliste Joe Frady (Warren Beatty) fait partie des personnes ayant assisté à l’assassinat d’un sénateur démocrate au cours d’une conférence de presse. Mais au cours des 3 années qui suivent, ces témoins meurent les uns après les autres. Persuadé d’un complot, Frady cherche la vérité…

Probablement le moins connu des 3 films de cet article, À CAUSE D’UN ASSASSINAT n’en demeure pas moins l’un des plus représentatifs de cette époque de remise en question et de paranoïa traversée par l’Amérique des années 70.

Retranscription à peine dissimulé de l’assassinat du président Kennedy 11 ans plus tôt, le film d’Alan J. Pakula – réalisateur de KLUTE et des HOMMES DU PRÉSIDENT – évoque l’idée d’une organisation, capable de conditionner des quidams sélectionnés pour leur marginalité afin d’en faire des tueurs.

Cette société secrète, du nom de Parallax, donne d’ailleurs son nom au titre original du film : THE PARALLAX VIEW. Bien plus subtile et évocateur que son « adaptation » française, THE PARALLAX VIEW évoque aussi la notion de point de vue, de regard selon sa propre position et selon la position de ce que l’on observe.

Soit, dans le cas du film de Pakula, la conclusion sur ce qui AURAIT été vu par les témoins présents lors du meurtre du sénateur. Et implicitement sur ce que les personnes présentes lors de l’assassinat de JFK pensent avoir vu.

Ainsi, le réalisateur et Warren Beatty nous impliquent dès le début du film, jouant sur la propre notion de cinéma et de « mise-en-scène » pour nous rendre acteurs et témoins du récit proposé, jusqu’au dénouement glacial.

Curieusement, À CAUSE D’UN ASSASSINAT reçu le prix de la critique en 1975… au Festival du Film Fantastique d’Avoriaz ! Un choix à attribuer aux troublantes séquences de conditionnement de la société Parallax, sans doute.

 

CONVERSATION SECRÈTE (1974) de Francis Ford Coppola

À San Francisco, Harry Caul (Gene Hackman) est un expert en filature et mise sur écoute. Secret et solitaire, il est mandaté par un mystérieux client pour espionner un couple (Cindy Williams et Frederic Forrest). Mais en analysant ses enregistrements quotidiens, il réalise que les jeunes gens sont en danger…

Sorti la même année que le film d’Alan J. Pakula, CONVERSATION SECRÈTE / THE CONVERSATION obtint la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1974. Francis Coppola le réalisa entre les deux premiers volets du PARRAIN.

Œuvre minimaliste, sans effets inutiles mais très envoutante, CONVERSATION SECRÈTE trouve ses origines au milieu des années 60. Coppola est alors impressionné par la technologie en matière d’écoute longue distance. Influencé par le BLOW UP de Michelangelo Antonioni, il met en place un thriller psychologique centré sur le son… et sur ce que l’on croit entendre.

Son projet repoussé, le cinéaste ne pourra le réaliser de façon indépendante qu’après le succès international du PARRAIN. Le hasard fera que son film sortira en pleine affaire du Watergate, donnant à l’actualité et au scandale que ces écoutes illégales suscitèrent une forte résonance.

Admirablement porté par le jeu précis et intérieur de Gene Hackman, CONVERSATION SECRÈTE parvient à capter l’attention par la forte impression de suspicion qu’il instaure, jusqu’au rebondissement ultime.

À noter, aux côtés de Gene Hackman, la présence d’Harrison Ford, fraîchement sorti du tournage d’AMERICAN GRAFFITI et peu de temps avant celui de LA GUERRE DES ÉTOILES, dans un rôle ambigu et marquant bien que secondaire.

 

LES TROIS JOURS DU CONDOR (1975) de Sidney Pollack

Sous le nom de code de « Condor », Joseph Turner (Robert Redford) travaille à New York pour le compte d’un organisme affilié à la CIA et chargé d’analyser quotidiennement tout nouvel écrit, roman ou magazine, publié dans le monde. Ayant repéré et signalé l’existence d’un réseau clandestin au cours d’une de ses lectures, Turner découvre un jour les membres de son équipe froidement assassinés…

Inspiré du roman SIX DAYS OF THE CONDOR de James Grady, ce film de Sydney Pollack est certainement le plus « glamour » des 3 films cités ici, en grande partie grâce à son duo vedette constitué de Robert Redford et Faye Dunaway.

Mais LES TROIS JOURS DU CONDOR reste cependant un excellent thriller politique, sobre et prenant, critique directe des actions secrètes d’un gouvernement dont les récents agissements, en ce milieu des années 70, ont provoqué le dégoût d’une bonne partie de la population américaine.

Digne d’un polar Hitchcockien où le personnage principal se retrouve seul contre tous pour rechercher la vérité et se sortir d’un piège inéluctable, le film de Pollack parvient lui aussi à nous impliquer jusqu’à la fin ouverte du récit.

Aux côtés de Redford et Dunaway, Cliff Robertson incarne à merveille un responsable de « l’Agence » hautement détestable. Quant à Max Von Sydow, calme et faussement bienveillant, il parvient, sans effets racoleurs, à rendre très inquiétant son personnage de tueur à gages méthodique.

Se déroulant essentiellement à New York, LES TROIS JOURS DU CONDOR prend avec le recul, et aux détours de quelques plans et dialogues, une saissante connection avec les dramatiques évènements du 11 septembre 2001. De son côté, James Grady développa d’autres romans reprenant le personnage du « Condor », sans autres projets d’adaptations cinématographiques malgré le succès critique et commercial du film de Sydney Pollack.

 

Pour  conclure ce détour vers le thriller paranoïaque des années 70, quelques ajouts à voir ou revoir en complément des trois films cités.

– LES HOMMES DU PRÉSIDENT : Réalisé en 1976 par Alan J. Pakula, réalisateur d’À CAUSE D’UN ASSASSINAT, et avec Dustin Hoffman et Robert Redford en têtes d’affiche, ce classique relate des faits réels puisque basé sur l’enquête journalistique qui conduisit à la démission de Richard Nixon après le scandale du Watergate.

– LA THÉORIE DES DOMINOS : Le dernier film du réalisateur / scénariste / producteur Stanley Kramer (JUGEMENT À NUREMBERG, DEVINE QUI VIENT DINER…) avec à nouveau Gene Hackman dans le rôle d’un ancien sniper au Vietnam, engagé à sa sortie de prison pour un « contrat » dangereux… La chronique de ce classique et efficace thriller politique est disponible sur le blog.

–  I COMME ICARE : Sorti en 1979, un film français que l’on doit au célèbre Henri Verneuil (UN SINGE EN HIVER, LE CLAN DES SICILIENS, LE CASSE, PEUR SUR LA VILLE…) avec Yves Montand, impeccable en juge d’instruction chargé d’enquêter sur l’assassinat du président d’un pays imaginaire. Toutes ressemblances…

–  LE JUGE FAYARD DIT LE SHÉRIFF : Autre classique du cinéma français des années 70, réalisé par Yves Boisset qui se spécialisera souvent dans des films engagés aux résonances socio-politiques (RAS, UN CONDÉ, DUPONT LAJOIE, LA FEMME FLIC, ESPION LÈVE-TOI…). Incarné par un remarquable Patrick Deweare, très investi dans son rôle, le film est une évocation à peine romancée de l’assassinat du juge Renaud en 1976.

–  CAPRICORN ONE : Excellent thriller d’anticipation, réalisé en 1978 par Peter Hyams (OUTLAND, LA NUIT DES JUGES…) et basé sur l’idée que l’Homme n’a jamais marché sur la Lune. Dans le film, la première mission humaine vers Mars est soudainement annulée pour des raisons techniques. Pour conserver les futures budgets alloués, une mise-en-scène prend le relais, mettant en danger les astronautes de la mission. Avec Elliott Gould (MASH, LE PRIVÉ…) et James Brolin (MONDWEST, AMITYVILLE…).

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Que du bon !
    Belle idée que de marier Pakula à Boisset dans le lignage du cinéma parano des années 70.

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    1. princecranoir dit :

      Et je n’ai pas tout vu : parallax view notamment.

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