Revoir LE PRIVÉ

l’histoire

Au début des années 70, le détective privé Philip Marlowe (Elliott Gould) reçoit la visite d’un de ses amis, Terry Lennox (Jim Bouton). Blessé au visage et aux mains, ce dernier lui avoue s’être disputé avec sa femme et lui demande de le conduire à la frontière mexicaine. Au nom de l’amitié, Marlowe s’exécute. Mais à son retour, le privé est interpellé par la police : la femme de Lennox a été retrouvée assassinée…

humour désEnchanté et Polar noir sous le soleil

Quand il s’attaque à l’adaptation d’un classique de Raymond Chandler, pape du polar hard boiled, Robert Altman sort d’une suite d’échecs. Malgré le succès de MASH, récompensé d’une Palme d’Or à Cannes en 1970, ses films BREWSTER McCLOUD ou le néo western JOHN McCABE n’ont attiré ni les foules ni les faveurs de la critique.

Il choisit de s’atteler à l’adaptation contemporaine du roman THE LONG GOODBYE – qui est aussi le titre original du film – et impose Elliott Gould qu’il avait déjà dirigé dans MASH. Mais loin de retrouver l’engouement public et critique, LE PRIVÉ reçoit à sa sortie un accueil des plus tièdes. Ce à quoi personne ne s’attendait vraiment, c’est qu’Altman souhaitait proposer sa version décalé du héros viril de Chandler.

Loin de l’image du détective dur-à-cuir imposé par Humphrey Bogart, le privé selon Robert Altman est un homme désenchanté et ironique, dépassé par les bouleversements moraux et sociaux des années 70, attaché à sa vieille Lincoln Continental 1948 et à son chat pour qui, d’ailleurs, il se lève à 3h du matin pour lui acheter sa pâté préférée !

Le Marlowe selon Altman, magnifiquement interprété avec nonchalance et humour par Elliott Gould (MASH, CAPRICORN ONE, OCEAN’S ELEVEN, FRIENDS…), est un chic type solitaire, amusé mais peu intéressé par ses voisines « new-âge » accros au Yoga et au space-cake. Fidèle en amitié et sans à priori sur ses contemporains (‘It’s ok with me » est sa réplique fétiche), la clope éternellement vissé à la bouche, il va être bousculé – au propre comme au figuré – par une série d’évènements qui l’amèneront à renier ses principes.

Le Marlowe d’Altman n’est pas pour autant un passéiste, accroché à des valeurs démodés. C’est un observateur, un témoin d’une époque pas si bénie que ça. Au delà de son aspect léger, LE PRIVÉ se présente comme une critique acerbe de ce début des années 70, libertaire et foutraque.

Le cinéaste ne s’érige pas en défenseur de la moral mais nous décrit en substance un univers bien sombre sous le soleil éclatant de la Californie. Les quartiers huppés abritent d’étranges individus, les flics se comportent comme des bruts, les truands sont autant allumés que violents et les cliniques privées sont dirigées par d’inquiétants escrocs.

Dans ce microcosme où la couleur de l’argent est plus importante que tout, Marlowe apparaît comme le dernier repère du passé. Porté sur des valeurs simples, l’affaire sordide dans laquelle il va se trouver mêlé malgré lui le poussera dans ses ultimes retranchements au cours d’un final surprenant…

Soutenu par la superbe photographie de Vilmos Zsigmond (RENCONTRES DU 3ème TYPE, VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, OBSESSION, BLOW OUT…) et par la BO jazzy de John Williams, juste avant qu’il n’entame sa fructueuse collaboration avec Steven Spielberg, LE PRIVÉ est une très bonne séance de rattrapage qui, au fil du temps, est remonté dans l’estime collective. Et ça n’est que justice !

Adapté par la brillante Leigh Brackett, scénariste sur RIO BRAVO et L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, la trame du PRIVÉ prouve l’intemporalité de l’œuvre de Raymond Chandler. Une occasion de comprendre que le polar peut offrir également un regard perçant sur la société.

Avec le recul du temps, on peut facilement imaginer que le petit monde d’Hollywood n’a probablement pas digéré la critique sous-jacente de son univers, véhiculée par le film. D’où son rejet critique lors de sa sortie.

Bénéficiant d’une ressortie estivale soignée avec une nouvelle copie visuelle et sonore, LE PRIVÉ de Robert Altman est à voir et à revoir. Un immanquable de ce début d’été !


LE PRIVÉ (1973) de Robert Altman.
Avec Elliott Gould, Nina Van Pallandt, Sterling Hayden, Mark Rydell, Henry Gibson, David Arkin…
Et dans des participations fugaces (et parfois muettes) David Carradine et Arnold Schwarzenegger !
Scénario : Leigh Brackett, d’après le roman de Raymond Chandler.
Musique : John Williams.

Crédits photos : © United Artists


BANDE-ANNONCE
EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Publicités

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. rp1989 dit :

    Je ne l’ai pas vu mais entendu pas mal de bien du réalisateur :).

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, Robert Altman fait parti des grands réalisateurs américains. Ces films sont souvent critiques envers l’Amérique et réinterprètent les classiques comme le Western, le film de guerre ou le polar. je te conseille MASH si tu ne l’as pas vu et The Player qui se passe dans les milieux du cinéma…

      Aimé par 1 personne

  2. manU dit :

    Vu il y a si longtemps que je le reverrai avec grand plaisir !

    Aimé par 1 personne

    1. Je te le recommande Manu, ça devrait te plaire de le revoir. Il a plutôt bien vieilli 😉

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s