SF : 5 classiques des années 70

Si les années 60 représentent souvent une décennie optimiste et d’espoir à de nombreux niveaux – et cela malgré des évènements dramatiques et tensions multiples – la période qui suivit apparaît bien plus sombre. Les années 70 marquent le début d’espoirs déçus et d’un réalisme plus cru dans le domaine de l’art en général.

Dans le cinéma hollywoodien, l’esprit trouble et contestataire de cette époque se ressent à travers une tonalité générale plus noire – TAXI DRIVER, VOYAGE AU BOUTDE L’ENFER, POINT LIMITE ZÉRO, CONVERSATION SECRÈTE… – et par un renouveau général.

Martin Scorsese et Robert De Niro sur le tournage de TAXI DRIVER en 1976

Le Western classique a vécu ses dernières grandes heures profondément modifié par l’avènement des films transalpins. C’est la période des road-movies – L’ÉPOUVANTAIL, LE CANARDEUR… – des films indépendants et des films catastrophes – AIRPORT, TREMBLEMENT DE TERRE, LA TOUR INFERNALE… – comme un reflet amer de l’époque.

Les films d’horreur – avec LA COLLINE A DES YEUX, L’EXORCISTE ou MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE – prennent eux aussi ce virage décisif vers un cinéma de genre brutal et politiquement engagé, révélant un aspect social beaucoup moins présent auparavant.

William Friedkin sur le tournage de L’EXORCISTE en 1973

La science-fiction et l’anticipation des années 70 se teintent de messages préventifs sur des lendemains qui déchantent, véritables sonneries d’alarme quant à un avenir incertain et inquiétant avant l’optimisme triomphant de STAR WARS. Retour sur 5 films de SF parmi les classiques des années 70.

 

SILENT RUNNING de Douglas Trumbull (1972)

Premier film d’anticipation à évoquer le désastre écologique vers lequel cours notre monde, SILENT RUNNING – distribué également en France sous le titre ET LA TERRE SURVIVRA – est le premier film de Douglas Trumbull, superviseur des effets spéciaux de 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick.

Le film se déroule dans le futur, après qu’une catastrophe ait dévasté la faune terrestre. À bord d’un immense vaisseau spatial, équipé de serres regroupant les dernières espèces végétales de la Terre, l’équipage reçoit l’ordre de se débarrasser des serres pour des raisons économiques. Seul à refuser cette mission, le botaniste Freeman Lowell (Bruce Dern) se débarrasse du reste de l’équipage et s’empare du vaisseau avec l’aide des droïdes de maintenance…

Récit à la fois pessimiste et militant, SILENT RUNNING a surpris à sa sortie – surprend encore aujourd’hui – pour ses côtés extrémistes. L’époque est à la rébellion et à la contestation. Et Trumbull, aidé au scénario par Steven Bochco (HILL STREET BLUES) et Michael Cimino (futur cinéaste de VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER), et sur une BO de Joan Baez, livre une ode à la beauté massacrée de notre planète.

Si les sfx sont aujourd’hui datés, ils impressionnèrent George Lucas qui demanda à Douglas Trumbull de venir travailler sur un petit projet de science-fiction qu’il souhaitait mettre en scène. Trumbull déclina mais lui recommanda deux de ses techniciens, John Dykstra et Richard Edlund, futurs co-fondateurs de ILM sur LA GUERRE DES ÉTOILES.

Film socialement engagé, SILENT RUNNING reste encore visionnaire à notre époque pour son récit et s’inscrit comme l’un des films phares de la SF des années 70.

 MONDWEST de Michael Crichton (1973)

Bien avant la série tv WESTWORLD, il y eut le film WESTWORLD ou MONDWEST dans sa version française. Le film qui inspira la récente série HBO fut réalisé et scénarisé par Michael Crichton, l’auteur de JURASSIC PARK qui se base également sur une histoire de parc d’attractions futuriste échappant à tout contrôle.

Dans MONDWEST, le récit se déroule dans un futur proche – les années 80 puisque le film date de 1973 – où un site touristique accueille des clients fortunés pour leur permettre de revivre les époques du Far-West, de la Rome Antique et du Moyen Âge. À l’aide de décors de cinéma et de robots imitant l’homme à la perfection, le parc est révolutionnaire. Mais un dysfonctionnement entraîne la révolte des androïdes et une série d’accidents mortels…

Dans un rôle évoquant le futur TERMINATOR de James Cameron, Yul Brynner repris le costume de son personnage dans LES 7 MERCENAIRES, tout en portant de redoutables lentilles de contact métallisées. N’ayant que quelques lignes de dialogue, son interprétation d’un robot tueur froid et indestructible marqua le public.

MONDWEST fut l’un des tous premiers films a utilisé quelques « trucages » informatiques au cours d’une séquence sensée représenter la vision pixellisée du robot tueur. Devenu culte avec le temps, MONDWEST eut une suite, FUTUREWORLD / LES RESCAPÉS DU FUTUR, en 1976. Et un premier projet de déclinaison télé fut un temps envisagé au début des années 80.

 

SOLEIL VERT de Richard Fleischer (1973)

Avec SOLEIL VERT, le réalisateur Richard Fleischer (20 000 LIEUES SOUS LES MERS, LES VIKINGS, L’ÉTRANGLEUR DE BOSTON…) nous plonge dans un futur… sans avenir ! En 2022, la surpopulation, la pollution et la famine dominent le monde.

La colère des foules est réglé dans la violence : à l’aide de pelleteuses et de bennes, les forces de l’ordre embarquent les manifestants comme autant de marionnettes désarticulées pendant que les plus riches vivent en haut de tours ultra modernes et confortables.

Une multinationale, la Soylent Industries, a fait fortune en vendant des tablettes nutritives colorées, sensées répondre aux carences des populations. Mais alors qu’une nouvelle tablette, la Soylent Green (le Soleil Vert en VF), est mise en vente, l’un des dirigeants de la Soylent est assassiné chez lui à New York

Frank Thorn (Charlton Heston), flic de la « Grande Pomme », est chargé de l’enquête et découvre un secret monstrueux derrière ce mystérieux crime…

Si SOLEIL VERT s’est présentée comme une œuvre de SF ambitieuse et choquante à sa sortie, elle apparaît, par endroits, d’une glaçante prémonition, alors que deux ans seulement nous séparent de l’année 2022 et que notre monde accumulent les désordres en tous genres.

Inspiré d’un roman de l’auteur américain de science-fiction Harry Harrison, le film a marqué les esprits pour ses nombreux moments chocs : les séquences d’émeutes, la scène ou Thorn / Charlton Heston et son colocataire Sol Roth / Edward G. Robinson partagent un morceau de viande, celle ou Sol choisit de mourir dans un centre d’euthanasie…

La force du film de Fleischer est de ne pas abuser d’un décorum clinquant pour représenter l’avenir. D’un pessimisme redoutable par son objectivité – la séquence d’introduction présente la triste évolution de notre société en quelques clichés réels et évocateurs – SOLEIL VERT s’est imposé en près de 50 ans comme un grand classique de l’anticipation.

 

ROLLERBALL de Norman Jewison (1975)

En 2018, les gouvernements du monde ont été remplacés par de grands cartels industriels, regroupés en différentes appartenances : l’alimentation, la communication, le logement… Ces groupes organisent des tournois sportifs d’un nouveau genre ultra-violent et dénué de véritables règles, le Rollerball, associant plusieurs domaines comme le football américain ou le hockey sur glace.

Jonathan (James Caan), l’un des meilleurs joueurs de Rollerball, devient de plus en plus populaire auprès du public. Son succès devient gênant pour les instances au pouvoir…

ROLLERBALL fait partie de ces œuvres cinématographiques visionnaires qui marquèrent leur époque. À sa sortie en 1975, le film de Norman Jewison (DANS LA CHALEUR DE LA NUIT, L’AFFAIRE THOMAS CROWN…) est considéré comme le plus violent jamais distribué.

Inspiré de la nouvelle ROLLER BALL MURDERS de William Harrison, ROLLERBALL demeure éprouvant dans sa présentation du jeu en question. Annonciateur des dérives excessives de nombreux sports, véritable retour aux jeux du cirque de la Rome antique pour un public avide de cruauté, le film dénonce une société régie par des multinationales manipulant les foules.

Comme d’autres films d’anticipation des années 70, ROLLERBALL prend un angle étrangement prémonitoire, annonciateur de notre époque. Les grands groupes économiques ont une toute puissance inquiétante et l’univers du sport a maintes fois dépassé la ligne rouge en matière de violence excessive.

Un remake du film fut réalisé en 2002. Malgré John McTiernan à la barre (PREDATOR, DIE HARD…) son échec commercial et artistique n’a pas fait oublier la force et l’impact du film de 1975…

 

L’ÂGE DE CRISTAL de Michael Anderson (1976)

En 2276, après une guerre dévastatrice, les humains vivent dans des villes protégées par des dômes de verre. La maladie, la pauvreté et la famine ont laissé la place à une société basée sur le confort et l’oisiveté.

Mais ce monde aux apparences idylliques n’est pas si rose : lorsqu’ils ont atteint l’âge de 30 ans, les citoyens de la Cité des Dômes doivent participer à un étrange rituel où ils sont exterminés pour mieux renaître. Un monstrueux mensonge pour éviter la surpopulation !

Logan 5 (Michael York), un policier du futur appelé « Limier », fait la rencontre de Jessica 6 (Jenny Agutter), une jeune femme appartenant à un groupe de « fugitifs » cherchant à s’échapper de la cité. Tous les deux vont tenter de fuir vers l’extérieur de la cité…

Lorsque l’on parle de L’ÂGE DE CRISTAL aujourd’hui, les plus âgés se souviennent de la série TV. Mais à l’origine, il y a un film, lui-même tiré du roman de science-fiction LOGAN’S RUN de William F. Nolan et George Clayton Johnson.

Si le film, sorti un an avant STAR WARS, a quelque peu vieilli aujourd’hui, principalement pour ses costumes – Ah ! Les mini mini-jupes des femmes au 23ème siècle… –  et ses décors, son sujet fait toujours froid dans le dos.

Proposant un avenir où les apparences heureuses cachent une société proche d’une secte, le récit interpelle encore par l’horreur qu’il décrit.

Dans un monde où les rides sont synonymes de mort, L’ÂGE DE CRISTAL peut également se voir comme une ode à la vie et au droit de vieillir. Curieuse plongée en abime pour un Hollywood qui a toujours privilégié la jeunesse…

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