Coup de cœur pour WHIPLASH

L’histoire

De nos jours, à New-York. Andrew Neiman (Miles Teller) est un apprenti musicien, jeune batteur solitaire dévoué à son art. Élève à la prestigieuse école Shaffer, il est choisi par Terence Fletcher (J.K. Simmons), un prof cruel et perfectionniste jusqu’au sadisme, pour intégrer sa classe. Entre Neiman et Fletcher, un redoutable affrontement psychologique et physique commence…

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De la musique, du sang et des larmes

Il y a des séances de rattrapage d’une nécessité absolue. J’avais manqué WHIPLASH lors de sa sortie en salles, en décembre dernier, malgré une forte envie de le voir et ma passion pour le jazz. Alors que le film fut plébiscité par la planète entière, je craignais juste d’être amèrement déçu, comme c’est hélas souvent le cas lorsque l’on vous répète à longueur de temps « il faut que tu vois ce film ! ».

Bref, c’est avec une certaine nervosité que je commençais à regarder WHIPLASH, espérant être emballé… 1h30 plus tard, subjugué par tant de maestria, je regardais l’impressionnante scène finale, ému et galvanisé. Pas besoin de vous faire un dessin, le deuxième film de Damien Chazelle est un vrai bijou de cinéma !

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L’histoire en elle-même est classique. WHIPLASH nous parle d’un apprentissage extrême, révélé dans la douleur. La maîtrise d’un art – ici, la musique – se fait dans l’acharnement, le sang et les larmes. Et le dépassement de soi a un prix.

Mais Damien Chazelle réussit à nous impliquer dès les premières images. Et cette implication est au centre même du récit. L’implication de ses personnages principaux, transcendés en bien ou en mal par la musique. Celle d’Andrew, dévoré par son désir de devenir le meilleur. Et celle de Fletcher, redoutable « sergent instructeur » dont l’ambition est de révéler de nouveaux talents, quitte à les humilier et les détruire.

Plus proche du thriller et du film noir que de la comédie musicale, l’histoire va au-delà du simple récit initiatique. Empruntant son titre à un standard du saxophoniste Hank Levy, WHIPLASH (le « coup de fouet ») évoque l’entraînement et l’ascension d’un sportif. Avec ses images aux tonalités sombres, sa lumière chaude et dorée, son montage nerveux et ses gros plans furtifs pour mieux évoquer les efforts douloureux, le film rejoint les classiques que sont RAGING BULL ou MILLION DOLLAR BABY.

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C’est indéniable : WHIPLASH évoque le film de boxe. Le choix du visage encore poupin mais cassé de l’épatant Miles Teller n’est certainement pas innocent. Le jeune acteur – vu dans PROJET X et DIVERGENTE, et bientôt à l’affiche des 4 FANTASTIQUES – se glisse avec talent dans le rôle d’Andrew, lui apportant l’énergie, l’innocence et la volonté nécessaires pour rendre son personnage crédible et vivant dès son apparition à l’écran.

On entend souvent parler de rôles « physiques », de « films faits dans l’urgence » et de « comédiens qui donnent leurs tripes ». Miles Teller transcende ces clichés tant son interprétation s’avère bluffante. Son apparence encore peu connue (du moins, en ce qui me concerne) permet une identification immédiate. Dès lors, on ne peut que « vivre » ce qu’Andrew endure, joies et souffrances mêlées, réussites et échecs jusqu’au moment d’apothéose finale.

MILES TELLER Character(s): Andrew Neyman Film 'WHIPLASH' (2014) Directed By DAMIEN CHAZELLE 16 January 2014 SAM45964 Allstar Collection/BLUMHOUSE PRODUCTIONS **WARNING** This Photograph is for editorial use only and is the copyright of BLUMHOUSE PRODUCTIONS and/or the Photographer assigned by the Film or Production Company & can only be reproduced by publications in conjunction with the promotion of the above Film. A Mandatory Credit To BLUMHOUSE PRODUCTIONS is required. The Photographer should also be credited when known. No commercial use can be granted without written authority from the Film Company. 1111z@yx

Mais WHIPLASH ne serait pas un chef-d’œuvre sans la phénoménale performance de J.K. Simmons. Révélé par le personnage irascible de J.J Jameson  dans la trilogie SPIDERMAN de Sam Raimi, père compréhensif dans JUNO, cet éternel second rôle trouve dans le personnage de Fletcher le rôle de sa vie.

Monstre de cruauté évoquant le sergent Hartman de FULL METAL JACKET, Terence Fletcher s’inscrit immédiatement dans cette lignée de personnages obscurs que l’on aime détester. Et Simmons lui apporte toute sa démesure et son immense talent. Mieux vaut tard que jamais même si on s’en doutait déjà.

Son jeu évite cependant le manichéisme du sale type trop évident. Alternant les coups de gueule gourmands avec des moments d’émotion et de douleurs rentrées, il invite Andrew – comme le spectateur – à le haïr, lui pardonner pour mieux s’en méfier dans la scène suivante. J.K. Simmons personnifie Fletcher avec folie et pudeur, confirmant son oscar mérité pour le rôle.

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Le duel Simmons / Teller est au cour du récit, sacrifiant quelque peu les belles participations des autres acteurs comme Melissa Benoist, rayonnante dans le rôle de Nicole, la petite amie, et Paul Reiser dans celui de Jim Neiman, père aimant et effacé.

C’est d’ailleurs un père de substitution que vient probablement chercher le personnage d’Andrew. Fletcher, avec sa recherche de la perfection absolue, devient le mentor redouté et vénéré que cherche secrètement le jeune homme, en manque de modèle face à un père ayant abandonné ses aspirations d’écrivain pour donner des cours dans un lycée. La quête artistique est aussi celle de la reconnaissance et de l’affirmation de soi.

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Œuvre intimiste et exaltée, WHIPLASH est une belle réussite comme le cinéma en offre peu de nos jours. S’éloignant des blockbusters décérébrés actuels, tout en évitant les pièges inhérents aux films d’auteurs, le film de Damien Chazelle s’impose comme un futur grand classique, tatouant de son énergie le cœur et l’esprit.

WHIPLASH (2014) de Damien Chazelle.
Avec J.K. Simmons, Miles Teller, Paul Reiser, Melissa Benoist…
Scénario : Damien Chazelle, d’après son propre scénario du court métrage Whiplash (2013).
Photographie : Sharone Meir. Musique : Justin Hurwitz avec des standards de Hank Levy, Duke Ellington…

Crédits photos : © Sony Pictures

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Tu es tellement emballé que tu me donnes envie de tout laisser tomber et de me jeter sur le DVD 😀 Il faudra vraiment que je prenne le temps de le voir celui-là !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui Potzi, plus qu’un emballement c’est un vrai coup de cœur ! Le genre de film qui te redonne de l’espoir tout court… et de l’espoir dans la qualité des nouveaux films ! Je m’engage peut-être mais je pense sincèrement que cela devrait te plaire aussi 🙂

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      1. potzina dit :

        Je reviens vers toi parce que je l’ai regardé hier soir et je comprends à présent ton enthousiasme. Quel beau film ! J’ai adoré 🙂 Simplement un petit bémol concernant la fin, très bien filmée et tout ça, mais le fait qu’en fin de compte on nous dise que ça en valait la peine, ça me chiffonne. C’est un point de vue personnel, je respecte l’avis du réal’ mais je ne crois pas qu’il faille pousser les gens à bout pour obtenir d’eux quelque chose de bon. C’est peut-être mon côté maman-poule qui s’exprime 😉 Il n’en demeure pas moins que c’est un excellent film qui m’a donnée des frissons et des angoisses terribles. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde 🙂

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      2. Ça me fait plaisir que cela t’ait plu ma Potzi ! Après, pour la fin, tu as raison. Ça ne m’avait pas frappé sur le moment mais il y a effectivement une ambiguité qui peut gêner… Pour ma part, je crois qu’on peut aussi y voir ceci : Andrew est « entré en musique » comme on entre en religion et la fin nous montre qu’il se dépasse pour lui et non pour Fletcher. Il a cherché dans cet « instructeur » un modèle qu’il n’a pas trouvé chez son propre père. Les dernières scènes nous montrent qu’il s’affranchit enfin de son vrai père (il refuse de le suivre en coulisses) et de son père / mentor Fletcher. D’une certaine façon, la cruauté de Fletcher lui a servi de révélateur mais, en même temps, Andrew est intraitable avec lui-même. Au point d’être cruel aussi avec son entourage (voire sa copine qu’il éjecte durement…). Alors oui, Fletcher le pousse à bout et c’est extrêmement discutable. Mais Andrew n’a besoin de personne pour se pousser à bout lui-même, même s’il n’apparaît pas aussi intransigeant (la scène d’intro où il s’entraîne seul, son isolement plus ou moins volontaire proche de l’autisme)… Voilà pour mon interprétation.

        C’est vrai qu’il y a des limites à ne pas franchir dans l’enseignement, quel que soit la matière. Sans atteindre le degrés de sadisme de Fletcher, je dois reconnaître qu’il m’est arrivé d’être dur avec certains élèves de graphisme. Parce que cela m’énerve de voir combien certains s’en moquent et ne prenne pas conscience qu’il s’agit d’un travail, et non d’un hobby. Je te rassure, je ne vais pas aussi loin que Fletcher dans le film 😉

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      3. potzina dit :

        Je n’avais pas du tout vu les choses sous cet angle ! C’est très intéressant et pertinent ce que tu dis. C’est tout à fait vrai qu’Andrew n’a besoin de personne pour dépasser ses limites. En y repensant la scène de l’accident de voiture est très révélatrice 🙂

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      4. Oui, tout à fait ! Elle est terrible cette scène de l’accident, on croit vraiment qu’il va y rester… À ce niveau, c’est une obsession qui frise la folie. Andrew est un fou talentueux et Fletcher l’a senti dès leur première rencontre. Il le pousse dans ses retranchements parce qu’il sait (ou se doute fortement) qu’Andrew n’a pas besoin de lui pour pousser très loin le curseur 🙂

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