5 raisons de revoir MUD

Alors que MIDNIGHT SPECIAL, son dernier film, sort le 16 mars sur les écrans, j’ai eu envie d’évoquer le cinéaste Jeff Nichols à travers son œuvre précédente et l’un de mes films préférés : MUD, récit d’apprentissage et superbe conte contemporain. Il y a tant de raisons de voir et revoir ce film magnifique. En voilà déjà 5 !


Pour son récit initiatique

MUD (la boue, la glaise en VF) se déroule de nos jours aux États-Unis, sur les bords du Mississippi. Ellis (Tye Sheridan) et Neckbone (Jacob Lofland ), 2 adolescents, passent l’été à découvrir le fleuve. Un jour, en explorant  un îlot isolé, il rencontre “Mud” (Matthew McConaughey), un vagabond qui sympathise avec eux. Armé, semblant se cacher de la police et d’individus dangereux à sa poursuite, Mud demande aux 2 garçons de l’aider à réparer un bateau. Il a pour projet de retrouver Juniper (Reese Witherspoon), son amour de jeunesse, et de s’enfuir avec elle. Mais Ellis et Neckbone peuvent-ils lui faire confiance ?…

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Les bords du Mississippi, 2 jeunes ados au cœur du récit, des aventures qui les mèneront progressivement vers l’âge adulte… MUD fait bien sûr référence aux romans de Mark Twain et à ses 2 héros Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Mais au-delà du clin d’œil, le film de Jeff Nichols est un récit initiatique contemporain. Une balade dans l’Amérique profonde, loin des paillettes Hollywoodiennes et de l’élitisme New-Yorkais avec pour personnages principaux 2 jeunes garçons en quête de repères, dans un monde où les adultes sont les moins raisonnables.

Le monde d’Ellis et Neckbone est bien loin du rêve américain. Neckbone vit dans une casse / déchèterie avec son oncle. Ce dernier explore les fonds du fleuve Mississippi pour en extraire d’éventuels “trésors” lui permettant de (sur)vivre. Pour surmonter un univers abrupt, Neckbone “roule des mécaniques”, jouant les petits mecs comme beaucoup d’adolescent de son âge.

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Quant à Ellis, le plus sensible des 2 ados, il habite dans une petite maison sur pilotis entre un père pêcheur et une mère serveuse de snack-bar. Voyant ses parents se déchirer, à 2 doigts de la rupture, il idéalise Mud  et en fait son héros, un adulte qui n’a pas renoncé à ses rêves de gosse. Mais Ellis va découvrir que le monde des adultes n’est pas aussi “simple” que celui de l’enfance. Il comprendra que devenir adulte amène à des compromis, des mensonges et des amours brisés.

Le personnage de Mud, éternel enfant dans un corps d’adulte par son idéalisme à toutes épreuves, devient un guide pour les 2 enfants. Un passeur entre l’enfance et l’âge adulte. Charismatique, il les manipule sans vraiment les trahir. Mais indirectement, il leur apprend que la perte de l’innocence fait partie intégrante de la vie d’un être humain.

Pour Matthew McConaughey

Le film de Jeff Nichols marque une étape importante dans la filmographie de Matthew McConaughey. Habitué des rôles anecdotiques où il mettait en avant son apparence physique plutôt que ses talents d’acteur, McConaughey s’enfonçait progressivement dans une pente descendante, abonné des bluettes sans intêret.

Après des débuts dans des séries B voire Z, les années 90 lui offrent de belles opportunités avec des participations à des films comme CONTACT de Robert Zemeckis ou AMISTAD de Steven Spielberg. Puis les comédies romantiques (UN MARIAGE TROP PARFAIT, COMMENT SE FAIRE LARGUER EN 10 LEÇONS ?) et les films d’aventure sans intêret (SAHARA) entraînent l’acteur vers le bas.

Les années 2010 vont lui permettre de revenir en force grâce à des rôles plus complexes et des films marquants. On le voit ainsi dans le très bon thriller LA DEFENSE LINCOLN, KILLER JOE de William Friedkin, MAGIC MIKE de Steven Soderbergh, PAPERBoy et MUD où son implication attire à nouveau l’intêret de la presse spécialisée et du public.

L’Oscar de la meilleure interprétation pour DALLAS BUYER CLUB en 2014 – et pour laquelle il perdit 20 kilos – puis ses rôles successifs dans INTERSTELLAR, LE LOUP DE WALL STREET et la série tv TRUE DETECTIVE en font aujourd’hui un acteur de premier plan, capable de tout jouer.

Son interprétation, proche de la fameuse Méthode de l’Actor Studio, tout en intériorité, charme à la fois candide et inquiétant et animalité, prouve qu’il n’est jamais trop tard pour être révélé. À l’approche de la cinquantaine, Matthew McConaughey est indéniablement un grand acteur.

Pour Jeff Nichols et son univers

En seulement 3 films (SHOTGUN STORIES, TAKE SHELTER et MUD), le jeune cinéaste Jeff Nichols s’est imposé dans un univers très fermé comme un véritable auteur. À savoir, un metteur-en-scène avec son propre univers qu’il développe de projet en projet.

Venant d’un milieu modeste, Nichols évoque, à travers ses œuvres, les gens “ordinaires”, coincés entre l’immensité de la nature, la violence humaine et les rouages destructeurs de la société actuelle. Il se dit influencé par le cinéma de Terence Malick et John Ford et cela se ressent dans MUD.

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La nature fait partie intégrante de MUD. Comme un personnage à part entière, elle révèle les forces et les faiblesses des hommes, témoin impassible de leur quête de bonheur, de leur envie de vivre par delà les règles. Jeff Nichols la magnifie  par l’usage d’une photographie favorisant les grands angles et d’une lumière naturelle incitant à la contemplation.

C’est toujours réducteur de jouer le jeu des comparaisons mais il est sûr que l’on retrouve, dans cette belle façon d’aborder le cinéma, le meilleur de Terence Malick. Par son choix d’évoquer des gens comme vous et moi confrontés à des situations hors normes, Nichols rappelle aussi le cinéma de Spielberg… lui-même grand admirateur de John Ford qui écrasait ses héros sous l’immensité des décors naturels. Une boucle est bouclé !

La carrière de Jeff Nichols ne fait que commencer. Mais cette façon d’aborder le quotidien en le sublimant par l’image, de mêler avec sensibilité la beauté du monde et la noirceur de l’humanité pourrait bien être l’une de ses grandes forces. Un auteur à suivre, c’est certain !

Pour la justesse de ses jeunes acteurs

MUD ne serait pas ce qu’il est sans les brillantes interprétations de Jacob Lofland et Tye Sheridan. On ne le répétera jamais assez, l’équilibre d’un film incluant de jeunes acteurs tient souvent à la justesse de leur jeu. Ils peuvent tomber dans un excès de cabotinage, à trop vouloir faire comme les grands. Ou verser dans un manque de naturel à suivre à la lettre de mauvaises indications d’interprétation.

Toutefois, il faut reconnaître que ces cas sont plutôt rares. Et les exemples de films  réussis grâce à la pertinence de comédiens en herbe, des 400 COUPS à E.T., en passant par L’EFFRONTÉE ou STAND BY ME, sont nombreux.

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MUD ne fait pas exception à la règle et si le film nous interpelle autant, c’est en grande partie du à la sincérité de ses jeunes acteurs. Avec une mention spéciale à Tye Sheridan. Nuancé et crédible dans le rôle d’Ellis, déchiré par la tension progressive entre ses parents, il cherche à “réparer” cette situation qui lui est insupportable. Mêlant ses propres émois (son attirance pour une “grande” du collège), la vie de ses parents et la relation compliqué de Mud et Juniper, Ellis vivra ses premières déceptions d’adulte de façons brutales.

Tye Sheridan, decouvert dans THE TREE OF LIFE de Terence Malick (tiens, tiens…),  a été vu depuis dans JOE aux côtés de Nicolas Cage et DARK PLACES. On devrait le retrouver dans le rôle du jeune Cyclope dans le prochain X MEN : APOCALYPSE. En attendant, MUD confirmait ses indéniables qualités d’interprète.

Pour cette ambiance entre réalisme et onirisme

MUD parvient à nous emporter au loin dès ses premières images. Emprunt d’une poésie certaine malgré son réalisme, le film de Jeff Nichols réussit à toucher le plus large public grâce à son récit universel.

Film initiatique, certes, mais aussi film d’aventures, drame sentimental mâtiné de western, MUD révèle ce que le cinéma américain a de plus merveilleux lorsqu’il magnifie une histoire simple mais forte. Évoquant les œuvres de Kerouac, Steinbeck ou John Fante, le film évolue dans une véritable ode à la nature tout en nous rappelant combien toute vie a son lot de drames.

Cela n’engage que moi mais MUD m’a fait penser à LA BALLADE DE JIM, la chanson d’Alain Souchon. « Jimmy, les filles pour le cœur, comme l’alcool et les revolvers, c’est sauter en l’air, tomber par terre”. Le film de Jeff Nichols semble lui aussi nous dire que ce qui nous donne des ailes d’ange nous fait également tomber de haut…

Film intimiste et sensible, sauvage et tendre, fataliste mais se terminant sur une belle note d’optimisme, MUD est un grand et beau film, preuve que le cinéma d’auteur et le cinéma américain sont parfois loin des clichés dans lesquels on les enferme à tort.

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MUD (2012) de Jeff Nichols.
Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon, Michael Shannon, Sam Shepard, Joe Don Baker…
Scénario : Jeff Nichols. Photographie : Adam Stone. Musique : David Wingo.

Crédits photos : © Everest Entertainment et FilmNation Entertainment


BANDE-ANNONCE

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. potzina dit :

    Quel beau billet, bravo mon Huggy ! Je n’ai pas vu le film, d’ailleurs je n’ai vu aucun film de Nichols. Ce n’est pas que le sujet ne m’intéresse pas mais il faut faire des choix 🙂 Celui là je l’ajoute tout de suite à ma liste de films à voir 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ma Potzi ! Je te le conseille, tu devrais aimer je pense… Une belle histoire simple pour un grand beau film (c’est pas très français mais on s’comprend !)

      J'aime

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